‹ Vers la justiceChapitre 8 sur 100 · PRÉFACE XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIII

d'une simplicité, d'une droiture^ d'une force ejcceptionnelles^ en même temps qu'un esprit d'une solidité et d'une lucidité bien rares. Penser que notre armée était à jamais privée des services de chefs tels que Picquart et Dreyfus était une cruelle amertume. Mais penser que notre armée produit et possède de tels hommes consolait de bien des désillusions. Et c'était aussi une joie de voir à côté d^ Alfred Dreyfus cette autre figure de héros énergique et tendre, son frère Mathieu^ et une femme incomparable^ et toute une famille qui, dans les plus horribles angoisses^ n'avait pas eu une défaillance.

Nous avions encore une autre compensation à nos tristesses.

Si nous avions combattu avec tant d'ardeur, c'est que nous ne combattions pas seulement pour un homme, si digne quil fût de pitié et d'admi^ ration ; c'est que nous combattions pour une cause supérieure de justice, nous combattions pour la patrie. Nous voulions laver le drapeau de notre armée de la tache qui le souillait^ relever la France du déshonneur que cette iniquité faisait retomber sur elle, l'arracher aux puissances du mal aux^ quelles elle était en proie, au triple fanatisme chauvin, anti-sémite et clérical. Malgré le déplo^ rable verdict de Rennes, malgré l'amnistie, notre espoir ne fut pas tout à fait déçu. Un souffle de réforme passa sur le pays. La Ligue des Droits de l'Homme, créée pour poursuivre la revision du procès Dreyfus^ était devenue une puissance qui se mettait au service de tous les opprimés, de toutes

Page 1