LA REVISION
tains journaux veulent limiter à un seul crime, Tabominable conduite du colonel, la réalité montre qu on se trouve en présence d'une campagne criminelle qui s'est étendue à d'autres actes non moins graves
Si, à notre extrême douleur, des officiers ont manqué à leur devoir, la plus sévère des puni* tiens doit les atteindre ; chercher à les innocenter serait la dernière des fautes à commettre. C'est ici qu'on est en droit de dire que l'honneur de Tarmée exige, et de la manière la plus impérieuse, que justice soit faite. «
Il est vrai que, par une perversion incroyable de sens moral, nous voyons certains écrivains tenter Tapothéose du colonel Henry.
On ose à peine croire que les paroles qui suivent aient pu être écrites :
« En attendant que la justice lui rende les honneurs publics quMl a bien mérités, les Français ont voué un culte domestique à ce bon citoyen, à ce brave soldat, à ce serviteur héroïque des grands intérêts de l'Etat. Colonel, il n'est pas une goutte de votre sang précieux qui ne fume encore partout où palpite le cœur de la nation. »
Et cependant il en est ainsi, et c'est la vieille Gazette de France qui a eu le déshonneur de les insérer. Elles sont extraites d'un long article d'un écrivain, apte du reste à la défense des causes les plus détestables, et nommer M. Charles J Maurras, n'est pour étonner personne.
Qu'il est triste de retrouver, à deux sièclei de distance, ce même esprit criminel qui agitai la Ligue, alors qu'on exaltait dans les rues d
Paris, l'assassin du roi de France, et que la litanie impie sortait des lèvres des misérables t Saint Jacques Clément, ora. pro nobis.
Ce sont là, du reste, de vaines tentatives, car le jour où Henry serait réhabilité, il n'y aurait plus de France, et le misérable aurait-il obéi à des ordres criminels, il n'en resterait pas moins un grand coupable. Il n^ & pas d'armée sans justice comme il n'y a pas de patrie sans justice (1). Signal (8 septembre 1898).
Le bureau des renseignements.
On a pu lire dans les journaux l'information Suivante :
Nous pouvons annoncer qu'une des premières réformes <]ui sera effectuée par le minisire de la guerre sera la «réorganisation du bureau des renseignements.
(1) M. Dnimont ne voulut pas se laisser dépasser par M. IVf aurras et il écrivit ; « Athènes avait élevé sur l'Agora vine statue à Lœna la courtisane qui s'était coupé la langue pour ne pas trahir dans les tourments le secret de la conspiration d'Harmodius et d'Aristogiton.
Paris, après avoir fait justice de la bande des cosmopolites, tiendra à immortaliser dans le marbre ou ie bronza le vieux soldat qui s'est coupé le cou pour avoir voulu que la France gardât ses secrets militaires ».
La coutisane rachète une vie de désordre par un acte €i'héroïsme. Le vieux soldat flétrit une vie honorable par \in crime odieux, ainsi tout les sépare, hors cela la comparaison est admirable ! On sait, du reste, que le projet ^'élever un monument au faussaire fut lancé et que même xin comité annonça que un concours était ouvert entre les artistes français dans ce but.
Le nouveau ministre de la guerre a été chargé d'étudier un projet, mais il est d'ores et déjà entendu que ce projet aura pour principal objet de mettre les officiers d'étatmajor en dehors de besognes de police qui sont actuellement opérées par le bureau des renseignements de la rue Saint-Dominique.
Nulle réforme ne paraîtra plus justifiée, car une tâche, aussi difficile et parfois aussi répugnante, ne saurait être confiée à des officiers que rien ne prépare à cette œuvre policière. On ne saurait méconnaître qu'ils sont exposés à des erreurs et que les plus habiles peuvent se tromper.
Car en un temps, où gagner facilement de l'argent est la tentation des tentations, comment les faussaires n'auraient-ils pas l'esprit en éveil alors qu'ils savent qu'il existe un bureau où ils pourront essayer de vendre, et à un prix des plus rémunérateurs, leurs infâmes produits s'ils sont assez adroits pour leur donner les marques de Tauthenticité. Ils se trouvent même dans une situation privilégiée car ils présentent des pièces dont on a le plus grand intérêt à croire qu'elles sont authentiques. Il leur est donc loisible d'agir en conséquence, et ces misérables ont pour eux l'habitude du crime contre les honnêtes gens qui cherchent la certitude du crime.
Et cela est si vrai que des hommes comme MM, de Boisdeffre, de Pellieux, Gonse, Cavaignac ont pu être abominablement trompés par Henry qui avait tout intérêt à produire des pièces qui devaient, en prouvant sans réplique, que le
colonel Picquart était coupable, de faire classer r Affaire.
Le crime du colonel Henry, versant lui-même, dans les dossiers des pièces fausses, commande la revision la plus attentive de toute la documentation du procès de 1894.
Il est vrai que Ton affirme que d'autres pièces sont si décisives, si authentiques que le douté sur la culpabilité n'est pas admissible. M. Cavaignac partage ce sentiment et la Libre Parole déclare ce matin que le général Zurlinden s'est rangé à cette manière de voir et que, dès lors, la revision ne se fera pas.
Il y a des fuites au ministère de la guerre, voilà le fait initial. Survient le bordereau, qui est attribué à Dreyfus et sur lequel on le condamne. Je n'ai jamais connu d'autres pièces, dit, sous la foi du serment, M® Démange, et jamais cette parole n'a été contredite. Mais il y a d'autres pièces, dit-on et M. Cavaignac les déclare authentiques, soit: mais, elles doivent être examinées car M. Cavaignac ne peut être substitué à la justice.
Tous les adversaires se débattent contre ce
raisonnement qui force les esprits. Et les vior
lents en arrivent à ce point qu'il ne leur en coûte
pas d'évoquer le spectre de la guerre. A les
en tendre la revision provoquerait, sur Theure,
le plus redoutable des conflits et ils disent cela
^u lendemain du jour où l'empereur de Russie,
notre allié, provoque une conférence pacifique.
Mais à qui veulent-ils en faire accTOiT^i'^ CiOTa^