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LE COLONEL DU PATY DE CLAM

tout dire, qu'on cherche, on trouvera. Je déclare simplement que le commandant du Pa.ty de Clam, chargé d'instruire raffaire Dreyfus, comme officier judiciaire, est, dans l'ordre des dates et des responsabilités, le premier coupable de l'effroyable erreur judiciaire qui a été commise. »

Or, comment séparer celui qui vient d'être frappé à propos de l'affaire Erterhazy, de celui qui fut l'adversaire le plus décidé du capitaine Dreyfus ? Les deux affaires ont entre elles des liens si étroits qu'il n'est au pouvoir de personne de les rendre étrangères l'une à l'autre.

La disgrâce du colonel Du Paty de Clam autorise toutes les suspicions, et ce n'est rien préjizger que de penser que l'homme, dont la conduite a été condamnée si sévèrement à propos de l'affaire Esterhazy, a pu se rendre coupable d'erreurs graves dans l'instruction du procès Dreyfus.

Il y a là encore une déduction qui s'impose à l'esprit et si c'est une vérité que tout doute doit profiter à l'accusé, l'on reconnaîtra qu'un fait liouveau vient de se produire, ajouté à d'autres, ^ui milite en faveur de la revision.

Il n'est pas possible que de telles considérations ne finissent par remporter. Que l'on veuille bien revenir à quelques jours en arrière ®t rtiesurer la portée des événements ; le faux du Colonel Henry découvert, son suicide, la démission du général de Boisdeffre, Esterhazy mis en réforme, Du Paty de Clam mis en disponibilité. Quelle responsabilité a assumé devant Thistoii^e le général Billot, et quelle responsabilité

non moins grande pèse sur le général Mercier laissant instruire un procès aussi dangereux alors qu'il n'avait à Torigine d'autre preuve que le bordereau.

On a le sentiment qu'il y a eu au début je ne sais quel affreux mensonge qui a fait naître à l'envi les mensonges pour aboutir à l'épouvantable faux du colonel Henry qui devait en clore définitivement la criminelle série, mais qui, découvert, les a laissés tous pressentir. Telle est^ la cruelle obsession qui pèse sur notre pays et^ dont il faut qu'il soit délivré.

Signai (15 septembre 1898).

Difficultés.

Il ne nous est pas possible de ne pas faire men — tion d'une polémique menaçant de devenir ar— — " dente, dont l'origine est due à une interventions du président de la République dans le débat sou^ — levé au conseil des ministres par la question de^ la revision.

Nous n'aimons pas à nous avancer sur la îom^ de récits que nous ne pouvons contrôler. Des pa- — rôles mêmes de M. Félix Faure, on ne sait rier^de précis, le seul fait qui paraît acquis au débat ,^ c'est qu'il est opposé à la revison.

Et ici, il est nécessaire de ne pas aventure*^ quelque jugement hasardé. M. le président de Isl République peut être opposé à ce que la revision

se fasse dans les conditions actuelles, estimant gue c'est trop demander à un soldat de mettre en cause un camarade d'armes comme le général Mercier.

Car il ne faut pas perdre de vue que la revision ne se fera pas sur la question de Tinnocence ou de la culpabilité de Dreyfus.

Cette question d'innocence ou de culpabilité ne pourra être décidée que par le procès de revision lui-même, mais si le procès s'engage à nouveau, d.'une manière fatale se révélera le fait si grave de la communication de pièces secrètes au conseil de guerre, en dehors de Taccusé et de son défenseur. Or aujourd'hui nul doute n'existe à ce sujet.

S'il en est ainsi comment oublier qu'il y a là une forfaiture prévue et punie par le code pénal, au sujet de laquelle les juges peuvent être pris à partie par l'intéressé ou son représentant légal pour fraude soit dans le cours de l'instruction, soit lors du jugement.

Si donc cette faute a été commise, il est évident <jue la punition doit atteindre le coupable.

En vain dira-t-on Dreyfus coupable, il n'a pas été légalement condamné et chacun a remarqué que M. Cavaignac a seulement affirmé qu'il avait été justement condamné.

La question, même en admettant la culpabilité <iu capitaine Dreyfus, reste entière.

Il y a eu violation patente d'un droit sacré de la défense, un homme a été condamné sans avoir été appelé à discuter l'accusation poTlée eotto^

lui. Et ceci suffirait à expliquer comme à justifier \^^

la grande lutte soutenue jusqu'à ce jour pour aboutir à la revision.

Mais si cette revision est ordonnée il est impossible que le général Mercier ne soit pas mis en cause, car il était alors ministre de la guerre et nul n'ignore avec quelle ardeur il s'est jeté dans la lutte, et comment, avant même que le jugement du conseil de guerre ne fût rendu, il dénonçait la culpabilité certaine de l'accusé (1).

Ces faits sont trop récents pour être tombés dans l'oubli et toutes leurs conséquences sont appelées à se produire (2).

Dès lors, que le général Zurlinden les prévoyant se soit prononcé contre la revision, il n'y a pas lieu d'en marquer un trop vif étonnement. Etranger à cette malheureuse affaire il peut trouver^ étrange que ce soit à lui de la terminer en entrante en lutte ouverte contre des camarades d'armes.- Il a pu, il est vrai, frapper, mais d'une manières légère, un subordonné comme M. Du Paty des Clam, il n'en va pas de même alors qu'il s'agit d'un commandant de corps d'armée.

Que le président de la République se soit asso

(1) Mercier avait déclaré à un rédacteur du Figaro^ « qu'i" —SI avait des preuves criantes de la trahison de Dreyfus ».

Figaro (29 nov. 1894>.

(2) Elles se produisirent plus tard. Le 8 juin 1899, M. Le- -^bret, ministre de la Justice, adressa une lettre au Présiden^^Mt de la Chambre des Députés, pour lui demander de saisi— ^Hr le Parlement d'une demande de mise en accusation d' u général Mercier, demande qui fut écartée à la suite li i^e

rintervention de M. Kibol.

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