LA MORT D*ÉM1LE ZOLA
A son naturalisme littéraire s'unissait un matérialisme de la pensée qui lui fermait les portes du Temple. Son injustice à l'endroit du protestantisme a été grande, et un misérable pamphlet, lancé naguère dans le public sous le titre de Catéchisme antiprotestant, a mis en vedette, sur sa couverture, ces paroles du grand écrivain : « La France serait perdue le jour où elle se laisserait conquérir par le protestantisme. » Hélas, il s'agissait bien moins de prophétiser ce que serait l'avenir de la France, que de se souvenir de la faute commise lorsqu'elle repoussa la Réforme. Malgré les éloges prodigués par ses admirateurs, l'œuvre de Zola, rivale de celle de Balzac, n'aurait pas donné la gloire à son nom. Si aujourd'hui ce nom est inséparable de l'histoire de la France, c'est que l'homme fut plus grand que l'écrivain.
Lorsque la mort de Zola fut annoncée, tous les souvenirs du passé devinrent vivants, car chacun revécut ces jours de douleur et de honte où sa grande voix se fît entendre pour l'héroïque défense de la justice. Maintenant que la tempête s'éloigne, l'admiration grandit dans les âmes. Il aimait virilement sa patrie celui qui, pour obtenir la réparation d'une injustice, alla au-devant de haines sans nom et de menaces criminelles.
Contre lui s'élevait la coalition des intérêts menacés et se déchaînait la meute des calomniateurs, le contraignant à la plus douloureuse des défenses, car il dut venger la mémoire de son père, objet des outrages les plus \tvd\çtve^.
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Pour sauver un homme, à lui inconnu, au mépris de sa vie, Zola se lança dans une effroyable bataille. Cornély a eu raison de dire que jamais acte ne fut plus chrétien que celui de cet athée qui accomplissait la loi divine : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » La raillerie n'est pas permise en présence d'un tel dévouement. Il n'y a qu'une voix, dans le monde de la pensée, pour reconnaître, dans l'acte de Zola, l'une des manifestations les plus admirables du courage civique.
Les années passeront et son œuvre littéraire connaîtra Toubli, mais le souvenir de son œuvre rédemptrice ne périra, point.
La lumière a depuis longtemps dépassé l'horizon, et nous savons que, si entière justice n'a pas encore été rendue à celui que défendit Zola, l'infâme accusation qui le fit martyr a vécu. N'était-ce pas hier qu'un magistrat éminent, l'ancien procureur général de la Cour de cassation, M. Manau, dans une lettre rendue publique, proclamait nettement l'innocence du capitaine Dreyfus? Qui donc de ceux qui prétendent douter encore, ne se sentirait troublé en préseiïce d'un tel témoignage ?
On a osé écrire que Zola était mort vaincu, non, il n'en est pas ainsi, et la seule présence de Dreyfus derrière son cercueil marque, non une défaite, mais unç victoire. Nous ne sommes plus au temps des tourmentes alors que tout était irritation, colère, violence, car l'heure des réflexions, qui précède l'heure de la définitive jus-
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tice, est venue. Les calomnies tombent, l'injure devient ridicule et les menaces s'évanouissent. Alors qu'un peuple immense conduisait Zola à sa dernière demeure, le souvenir du Palais de Justice livré à une foule hurlante, menaçant de mort le grand écrivain, saisissait fortement l'esprit, marquant ainsi l'abîme qui sépare le présent du passé.
Quel chemin parcouru ! Mais à Tentrée de ce chemin qui conduisait à la justice s'est trouvé Zola, et l'histoire ne l'oubliera pas. Avoir eu la conscience lumineuse du devoir, dans la plus grande crise morale qu'ait traversée la France depuis la Révolution, c'est là sa gloire et sa gloire la plus pure. Nous croirions manquer à cette justice qu'il a défendue, si, ne voulant pas oublier les attaques qu'il dirigea contre nos croyances, nous nous refusions à reconnaître en lui un serviteur d'une sainte cause. Rien n'a plus grandi le nom de Voltaire, malgré ses impiétés, que la défense de Calas ; rien ne grandira plus le nom de Zola, malgré la brutalité de son réalisme, que la défense de Dreyfus.
Revue chrétienne (28 octobre 1902).
304 LA REPRISE DE l'aFFAIRË
La Reprise de L'Affaire.
<c L'incident est clos p , avait dit le général de Galiffet, avec une rondeur toute militaire, au lendemain du procès de Rennes, mais il n'en est pas d'une nation comme d'un régiment, et nombreux étaient ceux qui déclaraient que, ni la grâce du condamné, ni l'amnistie des coupables ne pourraient faire le silence sur le passé. Si les questions de personnes avaient disparu, la question de justice demeurait.
Là est tout le débat ; on a beaucoup parlé de l'honneur de l'armée, mais plus nécessaire encore l'honneur de la justice. Car on peut, en quelque manière, admettre un peuple sans armée mais que serait un peuple sans justice ! Un principe sacré a été atteint ; ainsi s'explique l'inquiétude douloureuse qui pèse toujours sur la nation. Que Ton ne cherche pas d'autres raisons à cette agitation continue des esprits, car vouloir prétendre qu'avant tout les partis cherchent à exploiter politiquement l'AfTaire, c'est inventer un prétexte pour justifier l'indifYérence et l'absentéisme. Volontairement et involontairement, partisans et adversaires ne peuvent accepter le silence, en vain les habiles ou du moins ceux qui se croient tels prétendent-ils l'organiser, il suffît de Ja moindre occasiow T^o\iT\e.TQmçre. La vérité