‹ Vers la justiceChapitre 97 sur 100 · LA REPRISE DE L*AFFAÏRË · texte numérisé non relu

LA REPRISE DE L*AFFAÏRË

est là, fîère, menaçante, réclamant impérieusement son heure.

Jamais Tesprit de parti n'a dicté nos paroles au cours de T Affaire. Nous sommes dans les mêmes sentiments à l'heure où elle est reprise à la suite du discours prononcé par M. Jaurès à la Chambre des députés, dans les séances des 6 et 7 avril dernier. Fidèle à la courageuse attitude qu'il montra dès les premiers jours, justifiant son intervention par la calomnie sans cesse répétée qui prétend faire des révisionnistes le parti de l'étranger, l'orateur a déclaré que la lumière devrait être faite, afin de confondre une accusation aussi odieuse. C'est alors que, prenant vigoureusement l'offensive, il a montré la presse cléricale, et natiohaliste ne cessant, depuis le procès de Rennes, d'affirmer l'existence d'un bordereau, celui-ci le véritable original, annoté de la propre main de l'empereur d'Allemagne et désignant nominativement Dreyfus, afin de pouvoir affirmer que toute tentative de réhabilitation du condamné pourrait déchaîner la guerre. Que cette pièce ultra-fausse existe, qui donc peut en douter aujourd'hui ? Il est permis de se désoler en constatant l'existence d'une mentalité si imparfaite qu'elle donne une valeur à un document aussi odieux qu'il est ridicule. Comment oublier, en effet, qu'il fallut au général Mercier de longs jours d'hésitation avant de décider l'arrestation du capitaine Dreyfus ? Mais ce bordereau impérial n'était-il pas en sa possession et le nom de Dreyfus ne s'y trou\a.\\.-\\ ^^'s» ^xs.

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toutes lettres, et dès lors comment expliquer son incertitude si grande que l'affaire fut sur le point d'être classée (i).

Ce n'était donc pas assez du faux, si honteusement célèbre, du colonel Henry, qu'il fallût encore en forger un autre, qui pendant des années a fait et fait encore ténébreusement son œuvre de mensonge ? Pour tout homme droit est-il acceptable qu'une pareille situation se prolonge, une enquête judiciaire ne s'impose-t-elle pas, et la vérité ne doit-elle pas être faite sur de pareils agissements ?

Depuis, la lettre de M. Ferlet de Bourbonne à M. Jaurès est venue confirmer l'existence du faux bordereau ; les citations des journaux /a Croix, du' 21 septembre 1899, et de la Vérité, du 17 octobre 1899, révèlent la possession par le général Mercier de cette pièce criminelle : « Le général Mercier, est-il écrit, possède une des photographies du dit bordereau, sept autres personnes en possèdent un exemplaire. » De qui donc ces journaux cléricaux tenaient-ils ce renseignement si précis ? Et comment ne pas considérer comme un devoir impérieux de savoir si, oui ou non, cette pièce n'a pas été communiquée aux juges de Rennes ?

Mais la vérité n'est-elle pas apparue désormais invincible dans la lettre du prince de Munster, que vient de faire connaître M. Joseph Reinach?

(1) Sur ce point spécial, M. Raoul Allier, dans sa savante étude sur le bordereau annoté, a montré jusqu'à l'évidence, la fausseté de ce préleivàu Aocum^wl.

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