A LA COIYIIYIISSION DE L'ARMÉE
La commission de l'armée se réunit le 23 janvier pour s'occuper d'une motion soulevée par M. de Pontbriand, député royaliste de la Loire-Inférieure.
M. de Pontbriand demandait à la commission de voter un ordre du jour de blâme contre M. Joseph Reinach, parce que ce dernier avait fait suivre son nom de sa qualité de membre de la commission de l'armée dans une lettre adressée par lui au ministre de la guerre à propos de l'affaire Dreyfus et publiée par les journaux.
La commission écarta la rédaction de M. de Pontbriand et adopta le texte suivant proposé par M. Perrier (de la Savoie) :
« La commission, regrettant que M. Reinach se soit servi )» de son titre de membre de la commission de l'armée pour » écrire au ministre de la guerre une lettre publiée par les » journaux concernant l'affaire Dreyfus, et déclinant à cet » égard toute solidarité avec l'auteur de cette lettre, passe » à l'ordre du jour. »
M. Joseph Reinach adressa aussitôt à M. Mézières, président de la commission de l'armée, la lettre suivante :
Paris, 23 janvier 1898.
Monsieur le président^
Je suis informé du vote qui a été émis à mon sujet par la commission de l'armée sans que j'eusse été d'ailleurs avisé par l'ordre du jour.
Je ne me suis jamais servi de mon titre de membre de la commission de l'armée pour recommander au ministre de la guerre un ami ou un client.
Je m'en suis servi pour plaider auprès de lui, selon une éloquente formule, la cause de cette dame voilée, la Justice.
En vous adressant ma démission de membre de la commission de l'armée, je vous prie d'agréer, monsieur le Président, l'assurance de ma plus haute considération.
Joseph Reinach.