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Sur les rapports d'Esferliazj- ot de Sclnvarzkoppon

tater. Celte conslalation est encore de la lumière, en attendant que cette lumière s'étende sur le ciel en nappes plus éblouissantes encore.

Les agences officielles ne se taisaient pas quand le capitaine Dreyfus était accusé d'avoir vendu des documents aux puissances de la Triplice,

Nous avons, sous les yeux, la collection, si singulièrement instructive, de la Libre Parole d'alors.

Le 12 novembre, démenti de l'Allemagne; le major de Schwarzkoppen déclare qu'il n'a jamais été en relation directe ou indirecte avec le capitaine Dreyfus.

Le JS novembre, démenti non moins catégorique de l'Italie.

Le 14 novembre, démenti non moins formel de l'Autriche.

Et qui contesterait la valeur de ces démentis?

Même en temps de guerre, les officiers tiennent pour bonnes et valables les paroles que leur engagent leurs ennemis.

Et ce ne sera pas Esterhazy, qui écrivait si superbement, en octobre 1897, au ministre de la Guerre, qu'il jetterait son gant à la face de l'empereur d'Allemagne?

Oîi est le gant ?

Ainsi se fait la lumière, lentement, graduellement, mais d'autant plus forte, et elle continuera à se faire.

Elle se fera sur tout, sur les pièces secrètes, sur celle qui ne s'applique ni à Estherazy ni à Dreyfus, — c'est « ce canaille.. » — sur celles qui ne s'appliquent pas à Dreyfus, — et sur tout le reste.

Ce qu'il importait de constater aujourd'hui, nous

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l'avons constaté. A chaque jour sa tâche. La tache d'aujourd'hui, c'était cette constatation.

« Je jure, s'écriait Zola, que Dreyfus est innocent 1 »

Faire reconnaître, proclamer, consacrer cette innocence, c'est la tâche que se sont proposée des hommes qui n'ont pas l'habitude de reculer, de trembler devant quoi que ce soit.

Cette innocence sera établie pour l'honneur de l'armée, pour l'honneur de la France.

Car l'honneur d'un peuple ne consiste pas à s'obstiner dans une abominable erreur qui a été commise de bonne foi par des officiers égarés ou trompés.

L'honneur consiste à réparer l'erreur, à ne pas transformer une erreur individuelle en un crime social.

L'erreur va être réparée, ce crime social ne sera pas commis.

L'HONNEUR DE L'ARIKIÉE.

12 avril 1898.

A Monsieur le Ministre de la Guerre.

Monsieur le Ministre,

L'un de vos journaux officieux, celui que dirige ce juif que M. Ajalbert appelle « un catholique de la main gauche », le Gaulois, a imprimé samedi les lignes suivantes :

« Le ministre de la guerre avait essayé d'indiquer au Conseil de guerre le parti qu'il serait satisfait de lui voir prendre. »

(( Essayer d'indiquer au Conseil de guerre », c'est, monsieur le Ministre, un euphémisme délicieux.

M. Henri Rochefort avait été plus brutal : il avait dit nettement que vous aviez fait donner l'ordre au Conseil de guerre de ne pas poursuivre Zola.

Le Gaulois, qui dit la même chose avec plus de grâce, résumait ainsi l'indication ou l'ordre qui c'manait de votre ministère :

« Qu'importent de nouvelles poursuites, puisque » nous vous donnons satisfaction en vous offrant la » possibilité de faire radier M. Zola de la Légion » d'honneur? avait murmuré le ministre à l'oreille des » membres du Conseil. »

Ainsi, voici quelle était votre solution :

1° Ne pas poursuivre Zola en Cour d'assises;

2° Le déférer au Conseil supérieur de la Légion d'honneur.

Les membres du Conseil de guerre ont refusé d'obéir à cet ordre, comme dit M. Rochefort, à cette indication, comme dit M. Arthur Meyer.

Cela leur fait honneur. Ce sont des braves gens.

Subsidiairement, ils ont admis, sans doute, la requête au Conseil supérieur de la Légion d'honneur. Ils auraient pu s'en dispenser, après avoir, comme ils l'avaient fait, décidé loyalement et franchement d'aller devant la Cour d'assises.

Ils eussent mieux fait de vous laisser pour compte cette solution qui porte votre estampille, — du moins jusqu'à ce que vous démentiez l'information du Gaulois, ce dont personnellement je serais ravi.

Mais, enfin, dans la grande bataille qui se prépare entre l'Ombre et la Lumière, cela n'est plus qu'un détail.

Vous permettrez cependant, Monsieur le Ministre, qu'une question vous soit posée à ce propos.

Vous jugez que M. Emile Zola doit être radié de la Légion d'honneur pour avoir écrit qu'un conseil de guerre avait acquitté « par ordre ».

Cela prouve de votre part une extrême susceptibi-

lité, une délicatesse infinie, un sentiment de l'honneur qu'un rien chatouille.

Eh bien, et M. Esterhazy!

Vous ne, m'en voudrez pas de vous remettre sous les yeux ce qu'a écrit cet officier. J'emprunte le texte de ces lettres au journal le Figaro.

C'était le temps où le Figaro livrait le bon combat. M. de Rodays n'avait point encore pris peur devant des menaces ridicules dont il faudra aussi, un jour ou l'autre, raconter l'histoire. Il n'était pas encore parti, non pas pour Bruxelles, comme vous l'avaient relaté des agents imbéciles, mais pour la Bretagne. Le Figaro publia alors les extraits des lettres suivantes de M. Esterhazy à Mme de Boulancy :

Première lettre, concernant l'armée :

... Les Allemands mettront tous ces gens-là à leur place avant qu'il soit longtemps.

Autre lettre sur le même sujet :

... Voilà la belle armée de France ! C'est honteux! El si ce n'était la question de position, je partirais demain. J'ai écrit à Gonstantinople; si ou me propose un grade qui me convienne, j'irai là-bas : mais je ne partirai pas sans avoir fait à toutes ces canailles une plaisanterie de ma façon.

Autre correspondance encore :

.,. Nos grands chefs, poltrons et ignorants, iront une fois de plus peupler les prisons allemandes.

Autre lettre :

... Je suis à l'absolue merci de cette drôlesse si je commets vis-à-vis d'elle la moindre faute. Et c'est une situation qui est loin d'être gaie. Je la hais, lu peux m'en croire, et donnerais tout au monde pour être aujourd'hui à

Sfax et l'y faire venir. Un de mes spahis, avec un fusil qui partirait comme par hasard, la guérirait à tout jamais.

Autre lettre enfin :

Je suia absolument convaincu que ce peuple ne vaut pas la cartouche pour le tuer ; et toutes ces petites lâchetés de femmes saoules auxquelles se livrent les hommes me confirment à fond dans mon opinion.

Il n'y a pour moi qu'une qualité humaine, et elle manque complètement aux gens de ce pays ; et si ce soir on venait me dire que je serais tué demain comme capitaine de uhlans en sabrant des Français, je serais certainement parfaitement heureux.

Je regrette de tout mon cœur de n'avoir pas été à Aïn- Draham, bien que ce soit un fichu pays, et d'avoir remis les pattes dans cette France maudite; j'ai fait toutes tentatives pour retourner en Algérie et je t'envoie deux lettres qui te démontreront et qu'Aïn-Draham est un sale pays, et qu'il n'est pas facile d'aller en Algérie, puisque la confiance que tu as en moi est telle que je suis obligé de prouver désormais tout ce que j'avance pièces en mains.

Tu te trompes complètement sur ma nature et mon caractère; je vaux certainement, au point de vue général, infiniment moins que le dernier de tes amis, mais je suis un être d'une tout autre espèce qu'eux; c'est du reste là-dessus qu'on se trompe généralement sur mon compte ; mais, à l'heure présente, exaspéré, aigri, furieux, dans une situation absolument atroce, je suis capable de grandes choses si j'en trouvais l'occasion, ou de crimes si cela pouvait me venger.

Je ne ferais pas de mal à un petit chien, mais je, ferais tuer cent mille Français avec plaisir. Aussi, tous les petits potins de perruquier en goguette me mettent-ils dans une rage noire; et si je pouvais, ce qui est beaucoup plus difficile qu'on ne croit, je serais chez le Madhi dans quinze jours.

Ah ! les on-dit que, avec le on anonyme et lâche, et les

hommes immondes qui vont d'une femme aune autre colporter leurs ragoûts de lupanar et que chacun écoute, comme tout cela ferait triste figure dans un rouge soleil de bataille, dans Paris pris d'assaut et livré au pillage de cent mille soldats ivres.

Voilà une fête que je rêve.

Ainsi soit-il !

Je sais bien que ces lettres, qui furent publiées par le Figaro ne suffisent pas à prouver que M. Esterhazy est un traître. Elles prouvent seulement qu'il en a l'âme.

Comme disait M. le général Mercier, dans la salle des témoins à la Cour d'assises, en montrant M. Esterhazy : « A-t-il assez le physique de l'emploi? »

Ce qui prouve, après tant d'autres preuves, que le colonel Picquart a été perspicace, que Scheurer-Kestner a raison, que Zola est dans le vrai, que Trarieux, Kanc, Guyot, Duclaux, Reinach, Grimaux, Leblois, combattent le bon combat, c'est la déposition de M. Henri Casella, déposition que n'a pas reproduite ce même Figaro qui publiait les lettres à Mme de Boulancy.

Pourquoi cette contradiction bizarre? Pourquoi ce silence? Serait-ce par ordre? Serait-ce sur une « indication » du vrai, du seul Syndicat, de celui de la rue Saint-Dominique ?

Je n"ai pas la prétention, monsieur le ministre, de débrouiller les petits mystères de la rue Drouot et de la rue Saint-Dominique!

Mais, revenant aux lettres à Mme de Boulancy, je dis que vous savez qu'elles sont toutes authentiques, toutes entièrement et absolument authentiques.

Et je me demande alors comment et pourquoi vous

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n'avez pas encore déféré M. Esterhazy, qui les a écrites, au Conseil supérieur de la Légion d'honneur?

Avez-vous donc peur de lui?

C'est au nom de l'honneur de l'armée. Monsieur le Ministre, au nom du véritable honneur de l'armée, qu'un de vos anciens compagnons d'armes de Beaunela-Rollande et de Yillersexel vous adresse cet appel.

Je vous ai vu au feu. Vous y étiez résolu et brave. Vous n'avez pas tremblé devant Cinquante mille Prussiens. Pourquoi tremblez-vous devant un seul Uhlan?

Allons, Monsieur le Ministre, redevenez donc le général Billot que nous avons suivi, aimé, admiré à la tète du 18'= corps!

Ce signe de l'honneur, pouvez-vous le laisser plus longtemps à l'auteur des lettres à Mme de Boulancy?

Et il y a autre chose encore, qui est infiniment plus grave.

Si le Figaro n'a pas publié ladéposition de M. Henri Casella, vous avez pu la lire ailleurs, dans le Siècle, dans l'Aurore, dans le Temps, dans les Débais, dans le Rappel, dans le Radical.

Vous savez qu'elle a été reproduite dans tous les journaux d'Europe.

Vous savez qu'aucun démenti ne lui a été opposé par les deux attachés militaires que M. Casella mettait en scène.

M. le colonel Panizzardi, que vous connaissez, que M. le général de Boisdelïre apprécie à sa valeur, à qui il envoyait naguère une si belle photographie avec une si belle dédicace, — M. Panizzardi n'a pas démenti.

Et M, de Schwarzkoppen n'a pas démenti non plus; il n'a pas démenti que M. Esterhazy ait été son four-

nisseur ordinaire et breveté; il n'a pas nié la visite qu'il a reçue le 16 octobre 1897 de M. Esterhazy, et cette proposition abominable que faisait le véritable traître à l'attaché prussien d'aller affirmer à Mme Dreyfus que c'était son mari qui était coupable !

Pas un démenti; Monsieur le Ministre, pas un démenti !

Il y a cinq jours de cela, Monsieur le Ministre, cinq grands jours, et on a eu le temps de démentir, — et l'on n'a pas démenti! — et ce silence est un aveu.

Demandez plutôt à M. Hanotaux.

Avant qu'il soit trop tard, — car il y aura un jour, un jour prochain, très prochain, oiî il sera trop tard, — faites donc le nécessaire, faites-le vous-même, faites-le pour votre honneur, faites-le pour l'honneur de l'armée française !

Ce que j'appelle « le nécessaire », ce que je devrais appeler « l'indispensable », je n'ai pas besoin de le préciser. Vous savez toute la vérité. Ne pensez-vous pas qu'il serait temps de la dire vous-même?

Vous savez qui a trahi pendant plusieurs années de suite, furieusement, systématiquement, — et vous savez que le malheureux qui agonise à l'Ile du Diable est innocent de ces crimes.

Faites donc une petite enquête supplémentaire, faites-la vous-même.

Tâchez donc de savoir, cela vous sera facile, si des copies de certains dessins confidentiels faits, au printemps de 1 8 96, sur de certains fusils ne sont pas là oii ils ne devraient pas être.

Tâchez donc de savoir, pendant que vous vous en occuperez, si la copie de certain cours fait à V Ecole de tir au camp de Châlons n'est pas là où elle ne devrait pas être.

■ Tâchez donc de savoir encore si la mobilisation du troisième corps d'armée — vous lisez bien : du troisième corps d'armée dont le siège est à Rouen — n'est pas connue de gens qui ne devraient pas la connaître.

Et dépêchez-vous, monsieur le Ministre, dépéchez' vous !

J'en pourrais dire plus, mais en voilà assez...

Vous avez été, trop longtemps, le prisonnier de cette « jésuitière » dont vous parliez si bien, il y a quelques semaines, dans les couloirs du palais du Luxembourg.

Jean-Baptiste Billot! rappelez-vous le bivouac de Faymont, redevenez l'homme que vous étiez alors I

Un vieux de la Ltsaine.

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