‹ Vers la justice par la véritéChapitre 41 sur 68 · LE CONSEIL DES DIX · texte numérisé non relu

LE CONSEIL DES DIX

10 août 1808.

Il y avait, à Venise, un tribunal secret, qui était composé de dix conseillers noirs et qu'on appelait, en conséquence, le Conseil des Dix.

Ces dix conseillers noirs, auxquels on ajouta, par la suite, six conseillers rouges, jugeaient à huis clos, sans témoins.

La procédure était mystérieuse, les sentences rendues et exécutées en secret.

Les hommes qui étaient jugés ainsi ignoraient toujours les motifs de l'arrêt qui avait été rendu soit contre eux, soit en leur faveur. Ceux qui étaient condamnés étaient étranglés. Ceux qui étaient acquittés restaient flétris.

Ce conseil, qui avait été institué en 1310, après la fameuse conspiration de Tiepolo, inspirait une horreur universelle. Il pesait sur la délicieuse cité des lagunes comme une chape de plomb. Tous les poètes, tous les philosophes l'avaient maudit.

Il fut aboli, en 1797, par le général Bonaparte, au nom de la République française, Une et Indivisible, au milieu de l'applaudissement du monde civilisé.

Il y a de cela cent et un ans.

Aujourd'hui, en l'an 27 de la troisième République française, et dans le pays qui a proclamé les Droits de l'homme et du citoyen, la Chambre des mises en accusation juge à huis clos, et les arrêts qu'elle rend sont tenus secrets...

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