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LES FAUX D'HENRY

6 septembre 1898.

M. Cavaignac a écrit à M. Brisson, et M. le capitaine Cuignet a répété à un rédacteur du Matin, — à moins au contraire, que ce ne soit M. Cuignet qui ait dit et M. Cavaignac répété — que, la fausse pièce Henry mise à part, tous les autres documents du dossier Dreyfus, passés au crible le plus sévère, avaient été reconnus authentiques et probants.

D'où la foi inébranlable de ces messieurs dans la prétendue culpabilité du capitaine Dreyfus.

Il faudrait pourtant s'entendre.

Quand M. Cavaignac, dans la séance du 7 juillet, a présenté à la Chambre la pièce Henry comme décisive, « Irréfutable » — Journ. off. p. 1958, col. i . — de la culpabilité de Dreyfus, il a déclaré avoir « pesé l'authenticité matérielle et l'authenticité morale de ce document ».

De l'authenticité matérielle il est inutile de parler, l'argument invoqué en ce sens par 31. Cavaignac ayant

précisément mis M. Guignet sur la voie de la vérité — c'est-à-dire du faux.

Pour l'autheuticité morale, M. Cavaignac l'établissait en ces termes qu'il ne faut pas se lasser de mettre sous les yeux du personnage :

(( Elle résulte, disait-il, d'une façon indiscutable, de » ce que ce document fait partie d'un échange de cor- » respondances qui eut lieu en 1896. La première lettre )) est celle que je viens de lire. » — C'est la pièce Henry. — « Une réponse contient deux mots qui ten- )) dent évidenmient à rassurer l'auteur de la première )) lettre. Une troisième lettre enfin, qui dissipe bien des )) obscurités, indique avec une précision absolue, avec » une précision telle que je n'en puis pas lire un seul •« mot, la raison même pour laquelle les correspondants » s'inquiétaient. »

Ainsi, il y avait là un groupe de trois pièces qui étaient toutes les trois censées arrivées, à l'heure dite, à la veille de l'interpellation Castelin et du départ du colonel Picquart, entre les mains du colonel Henry :

1° La lettre : « J'ai lu qu'un député va interpeller » sur Dreyfus... Si on vous demande, dites comme ça, » car il faut pas que on sache jamais personne ce (qui » est arrivé avec lui. »

2° Une réponse contenant deux mots rassurants qu'on aimerait bien à connaître.

Z" Une lettre, spécialement rédigée à l'usage des imbéciles, qui dissipe toutes les obscurités avec une précision absolue. (Que je voudrais, moi aussi, lire cette lettre! Qu'elle doit être probante et belle!)

Or, comme M. Cavaignac faisait résulter l'authenticité de la première lettre de sa liaison étroite avec les deux suivantes, tout le raisonnement se retourne aujourd'hui contre lui.

La première lettre étant reconnue fausse de l'aveu même de M. Cavaignac, les deux autres, qui n'en sont que le corollaire et, en quelque sorte, la sauce, doivent partager le verdict qui frappe la première.

Ce sont des faux, sortis de la même officine, fabriqués par les mêmes individus et dans la même intention.

Le faussaire, — non, les faussaires, les trois faussaires — ont craint qu'une pièce isolée ne parût suspecte, même à M. le général de Boisdelïre, même à M. le général Gonse, et trop manifestement forgée ad hoc.

Ces trois bandits ont cru rendre leur imposture plus vraisemblable en la délayant en plusieurs morceaux.

Si une lettre isolée pouvait laisser des doutes, toute une correspondance devait emporter la conviction.

C'est d'ailleurs la même méthode qui paraît avoir été suivie pour la confection du dossier ultra-secret, celui des lettres du capitaine Dreyfus à l'Empereur d'Allemagne et de l'Empereur d'Allemagne au comte de Munster.

Ici encore, ce n'est pas une lettre isolée, c'est un tout complet, c'est toute une correspondance que les faussaires offrent à la crédulité coupable du ministère de la Guerre.

Ici encore, les faussaires n'avaient, pour trouver des modèles, qu'à puiser dans les cartons secrets dont ils avaient la garde.

Pour les lettres Henry, ils ont démarqué, calqué et copié les billets authentiques des attachés militaires étrangers qui avaient été interceptés en 1894.

Pour les lettres à l'Empereur d'Allemagne, ils n'a-

valent qu'à s'inspirer de l'écriture du bordereau, qu'ils avaient fait passer pour celle du capitaine Dreyfus et qui est celle d'Esterhazy.

En résumé, la fausseté de la pièce principale, qui a été lue par M. Gavaignac, entraîne, par voie de conséquence, la fausseté des deux pièces accessoires, dont il n'a voulu, par une singulière pudeur, donner qu'une analyse sibylline.

Dès lors, quand M. Gavaignac, même doublé du capitaine Guignet, vient déclarer aujourd'hui que la pièce qu'il a fait afficher sur tous les murs de France est le seul faux de son dossier, il s'intlige à lui-même un démenti. Il avait juré à la Ghambre que le dossier comprenait mille pièces authentiques. En jurant aujourd'hui que le dossier comprend encore 999 pièces authentiques , il se taxe lui-même de frivolité ou d'inexactitude volontaire. M. Gavaignac a constaté par lui-même l'existence de trois faux au moins; il ne peut plus croire à l'authenticité que de 997 pièces. — Ges autres pièces sont-elles authentiques? Il ne se passera pas beaucoup de jours avant que toute une autre série de faux ne soit dénoncée et reconnue. Il y avait là, dans ce coin sombre du ministère de la Guerre, une fabrique de fausses pièces, une pépinière de faux témoins. — Mais, quoi qu'il en soit, M. Gavaignac s'est, par son discours même, retiré le droit d'affirmer que son dossier ne comprend qu'un seul faux, — puisque, en dix lignes, il en a servi trois, — et cette nouvelle assertion, qui ne trompera pas le pays, mérite exactement la même créance que celle qui a trompé la Ghambre.

Lancée avec la même coupable légèreté, du même ton tranchant, avec le même simulacre de précision mensongère qui est l'inverse du véritable esprit crili-

que^ avec cette même infatuatiijn que M. Thiers définissait si bien : « la suffisance de l'insuffisance », elle est aussi violemment contraire à la vérité, aussi détestablement fausse.

YII

IKIES PETITES LETTRES!

8 septembre 1898.

A M. Charles Maurras, rédacteur à la Gazette de France.

Monsieur,

Puisque vous m'avez mis en cause dans l'article qre vous dédiez « à la mémoire du lieutenant-colonel Henry », vous souffrirez que je vous réponde par la voie du journal. Vous y gagnerez au surplus que je tire votre article des oubliettes de la Gazette et qu'il soit connu du public.

Et qui saurait sans moi que Collin a prêché?

Il serait dommage, en eit'et, qu'un aussi rare morceau ne régalât que quelques douairières antisémites. Et il convient aussi qu'on sache de quelle morale, sinon de quelle littérature, car vous écrivez avec agrément, se nourrissent certains royalistes d'aujourd'hui.

Le principe de l'ancienne monarchie était l'Honneur. Du moins avec François P-- et Henri IV. Et vous me direz sans doute que le frère de la délicieuse Marguerite sentait un peu le fagot, que le Béarnais se ressentait de son éducation huguenote. Cela, monsieur, je vous l'accorde. Cependant, n'étant pas sectaire, et comme je tâche toujours à être juste, j'ose affirmer que votre panégyrique d'un faussaire n'eût pas été du goût de quelques royalistes, strictement catholiques, d'autrefois.

C'était des gens d'honneur et qui exigeaient davantage d'un soldat qui porte l'uniforme, d'un officier qui porte l'épée, que d'un notaire ou d'un tabellion quelconque. J'ai fort connu 31. Cazenove de Pradines, qui me témoignait quelque amitié; de la main qui lui restait (il avait perdu l'autre dans les combats sur la Loire), il aurait froissé votre article avec colère et l'aurait rejeté. Il est vrai qu'il avait été un ennemi intraitable du boulangisme. Mais celte génération est morte. Une autre lui a succédé, qui a été élevée dans les maisons que nous devons à la loi Falloux. Si vous êtes, comme votre journal le laisse entendre, son interprète, il en résulterait que ses principes seraient la fraude, l'imposture et le mensonge.

Je me refuse à le croire, je suis trop bon Français pour faire cette injure à un aussi grand nombre de Français. J'attends que M. le comte de .Mun vous désavoue.

A'ous commencez, monsieur, par nous raconter que « beaucoup de patriotes ont découpé dans les journaux » le portrait du lieutenant-colonel Henry et ont placé

» cette image, d'un dessin liàtif et grossier, d'un sens » sacré, dans l'endroit le plus apparent du lieu qu'ils » habitent ».

Si j'avais tenu l'anecdote d'un autre que de vous, je n'y aurais ajouté aucune créance et l'aurais traitée de calomnie. Ce qui a distingué jusqu'à présent le « Syndicat », comme vous dites, c'est qu'il a scrupuleusement et toujours dit la vérité, qu'il n'a rien affirméqu'il ne pût prouver et que l'événement n'ait justifié. « Comment! me serais-je écrié, le voilà, avec la victoire, qui commence à emprunter leurs armes à ses adversaires, à mentir! » Mais c'est vous qui me révélez ce trait de vos amis.

Me permettez-vous de vous savoir ouvertement gré de nous l'avoir révélé, .de n'en avoir pas frustré Thistoire qui le recueillera? Il n'en est pas de plus caractéristique du parti qui, depuis de longs mois, trompe et terrorise notre pays. Il eût été fâcheux qu'il eût été ignoré. Grâce à vous, et je vous y aiderai, il ne le sera pas.

Vous précisez d'ailleurs votre information et votre pensée avec une belle franchise. « En attendant, dites- » vous, que la Justice rende à Henry les honneurs pu- » blics qu'il a bien mérités, les Français ont voué un » culte domestique à ce bon citoyen, à ce brave soldat, » à ce serviteur héroïque des grands intérêts de l'Etat. » Je cite textuellement. (Gazette de France, 6 septembre, page 1 , col. 3.) Un tel langage ne sera pas sans étonner quelques personnes. C'est qu'elles ont oublié que les jésuites glorifièrent Ravaillac et que les ligueurs placèrent sur les autels, entre deux cierges, l'image de saint Jacques Clément, dominicain, que la duchesse de Montpensier avait décidé à assassiner Henri III en se montrant à lui toute nue. Voilà, Monsieur, votre

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parti dans le passé. Certainement ces ligueurs et ces jésuites, vous les considérez, eux aussi, comme des patriotes. 11 ne s'agit que de définir les mots qu'on emploie.

Un peu plus loin, vous appelez le colonel Henry « UN GRAND HOMME d'iionneur ». Le coloucl Ileury s'est reconnu coupable d'avoir forgé un faux document, d'avoir trompé ses chefs, d'avoir menti à la justice de son pays. Il sera prochainement démontré qu'il a été, au procès Zola, un faux témoin; qu'après avoir juré, devant le Christ, de dire toute la vérité, rien que la vérité; il a porté contre le colonel Picquart une accusation calomnieuse, qu'il a prêté ainsi un faux serment, qu'il a voulu perdre Picquart comme il avait aidé à perdre Dreyfus. Il sera démontré encore qu'il a été l'un des principaux machinateurs du plus abominable des procès. Demain, quand tout cela sera prouvé, « homme d'honneur » vous paraîtra sans doute une épithète insuffisante.

Mais je suis sans inquiétude : votre vocabulaire est riche ; vous en trouverez facilement une qui sera plus sonore.

Il ne vous suffit pas, monsieur, "^de célébrer un faussaire ; vous vous appliquez encore à justifier son crime par une longue et savante argumentation. Je ne dois point vous épargner la honte ou la gloire de la faire connaître. Il est bon, il est nécessaire que l'armée sache ce que vous et vos amis vous entendez par son honneur. Quand elle le saura, elle aimera peut-être mieux l'idéç que nous nous en faisons, nous qui ne séparons

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pas de la cause de la justice et de la vérité la cause de l'anuée de France.

M.Cavaignac, ayant àétablir« l'authenticité morale » du far.x document qu'il aprésentéà la Chambre comme la preuve décisive, " irréfutable », de la culpabilité du capitaine Dreyfus, la déduisait de ce qu'il faisait partie d'un échange de correspondances qui aurait eu lieu, en 1896, entre deux attachés militaires étrangers. C'est l'évidence que toute la correspondance a été fabriquée au moment que la première lettre l'a été. Ces trois lettres, la première dont le ministre de la Guerre a donné lecture, la deuxième qui contient deux mots rassurants, la troisième, si grave, si inepte, qui dissipe toutes les obscurités, ce sont trois faux. Ils ont été fabriqués par les mêmes individus, sortent de la même officine. La réponse à une lettre forgée ne peut être qu'un faux.

Cette évidence ne vous a point frappé, à moins que vous n'ayez pas voulu la voir. Pascal, dans sa seizième Lettre, s'adressant aux R.R. P.P. Jésuites, s'exprime ainsi : « Rien n'est trop hardi pour des calomniateurs de profession. » Vous n'êtes, je le proclame spontanément, ni jésuite, ni « calomniateur de profession ». Cependant, rie" non plus n'est trop hardi pour vous.

Votre argumentation en est un éclatant témoignage. Pour que Dreyfus reste suspect à vos lecteurs, vous décidez que les réponses A et B à la lettre fausse ne sont pas des faux; seulement on n'en pourrait pas livrer un mot, non pas même de celle qui n'en comprend que deux. M. Cavaignac a déclaré que nous sommes maîtres chez nous : seriez-vous d'un autre avis? Dès lors, l'opération du colonel Henry aurait consisté, tout simplement, à fabriquer la missive à laquelle répondaient les deux autres pièces. « C'est cette missive, dites-vous graduant les mots avec une science parfaite, que le

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lieutenant-colonel Henry résolut de forger ou, pour mieux dire, d'inférer, de rétablir, de suppléer et de rfîstituer d'après les termes de sa réponse. » A'ous écrivez vous-même : de SA réponse. La vérité vous échappe ainsi. La missive était bien la missive d'IIenry ; la l'éponse était bien sa réponse. Lui et ses complices avaient tout fabriqué.

Vous reprenez alors une expression de M. JudeLqui vous paraît fort expressive : « Un billet de banque, d'une valeur fiduciaire, représentant des pièces d'une authenticité absolue, tel est le caractère du fauxllenry. » Et votre admiration ne connaît plus de bornes. Elle présente toutefois une particularité qui doit être signalée. Vous vous attachez à protesterque le colonel Henry n'a point eu de complices pour le faux héroïque qu'il a commis. Vous tenez à ce qu'il n'en partage la gloire avec personne. H m'est bien difficile de croire que cette idée ne vous ait point été suggérée par quelqu'un qui a quelque intérêt à l'accréditer.

(( Henry, dites-vous, ne s'en ouvrit à personne... Il consentait bien à se risquer, mais seul. Dans sa besogne de police internationale, notre énergiijue plébéien n'avait que faire de choquer les délicatesses des gentilshommes de l'Etat-Major. )> Ce délicat gentilhomme de l'Etat-Major ne serait-il pas M. le marquis Du Paty de Clam? J'entends : ne serait-ce pas M. le marquis Du Paty de Clam, l'autre faussaire, qui vous a suggestionné?

Une autre de vos phrases appelle l'attention : « Henry se résigna, la mort dans l'àme, à tromper, pour le bien public, des chefs qu'il aimait et dont il avait la complète confiance, M. de Boisdellre, M. Gonse, d'autres peut-être. » Du moment qu'il s'agissait du bien public, on s'expliquera mal que le colonel Henry n'ait point

voulu associer à son œuvre « les chefs qu'il aimait ». Le bien public, c'était de maintenir un innocent au bagne, d'éloigner du ministère de la Guerre, d'envoyer sur la route d'oii n'est pas revenu Mores l'officier qui avait découvert le crime judiciaire de 4894.

« Il était difficile, ajoutez-vous enfin, il était difficile, en un pareil objet, de pousser plus loin le scrupule intellectuel et moral. »

Toutes vos autres phrases, Monsieur, pâlissent à côté de celle-là. Cet autre paragraphe que voici est bien beau : « N'a-t-il senti aucun trouble de conscience ? Je crois bien qu'il dut hésiter. S'il passa outre, ce fut que, suivant sa propre parole, sa conscience ne lui reprochait rien. Elle n avait rien à lui reprocker. » Et aussi le passage où, vous adressant à ceux des journaux qui n'ont pas osé admirer l'acte d'Henry et dont vous attendiez mieux, vous les montrez « retenus par les scrupules de notre mauvaise éducation demi-protestante ». Et encore ce fragment de panégyrique oii perce, peut-être une menace : « Il a joué son rôle à la Cour d'assises en comédien, en politique consomné, et les médecins nous assurent que peu d'hommes eussent été capables de se trancher la carotide aussi proprement qu'il l'a fait. Ce sont là beaucoup de talents. » Pourtant, je continue à préférer : « Il était difficile de pousser ])lus loin le scrupule intellectuel et moral. «Cette phraselà, c'est toute une politique, toute une morale, tout un système.

Il est curieux. Monsieur, qu'il me suffirait, pour continuer cette lettre, de copier simplement la seizième Provinciale : « IN'attendez pas que je vous réponde là-

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dessus, mes Pères. Si vous n'avez point de sens commun, je ne puis vous en donner. Tous ceux qui en ont se moqueront de vous... » Relisez donc aussi la quinzième Lettre : « Que les jésuites ùtent la calomnie du nombre des crimes et qu'ils n'en font point de scrupule de s'en servir pour décrier leurs ennemis. » Le faux, c'est le superlatif de la calomnie. C'est bien là le scrupule intellectuel et moral dont vous avez si bien parlé et qui n'est pas celui « de notre mauvaise éducation demi protestante ».

Cette quinzième Lettre est vraiment extraordinaire; on la croirait écrite de ce matin. « Je ne ferai pas voir seulement — c'est Pascal qui parle — que vos écrits sont remplis de calomnies; je veux passer plus avant. On peut bien dire des choses fausses en les croyant véritables, mais la qualité de menteur enferme l'intention de mentir. Je ferai donc voir, mes Pères, que votre intention est de mentir et de calomnier, et que c'est avec connaissance et avec dessein que vous imposez à vos ennemis des crimes dont vous savez qu'ils sont innocents, parce que vous croyez pouvoir le faire sans déchoir de l'état de grâce... Car c'est une doctrine commune dans vos écoles, que vous l'avez soutenue non seulement dans vos livres, mais encore dans vos thèses publiques, ce qui est de la dernière hardiesse : comme entre autres dans vos thèses de Louvain de l'année 1645, en ces termes : Ce n'est qu'un péché véniel de calomnier et d'imposer de faux crimes pour ruiner de créance ceux qui parlent mal de nous. Et cette doctrine est si constante parmi vous, que quiconque l'ose attaquer, vous le traitez d'ignorant et de téméraire ' »,

1. P. 70 et 11 de l'édition Faugèi*e, dans la Collection des grands écrioains.

Voilà, Monsieur, toute rafï'aire Dreyfus.

Et Pascal cite les textes. « Il est constant, dit Garamuel, no 1151, que c'est une opinion probable qu'il n'y a point de péché mortel à calomnier faussement pour conserver son honneur, car elle est soutenue par plus de vingt auteurs graves, par Gaspard Ilurtado et Discastillas, jésuites, etc., de sorte que, si cette doctrine n'était pas probable, à peine y en aurait-il aucune qui le fût en toute la théologie. » Cette doctrine de Caramuel, .Monsieur, c'est tout votre article, tout votre panégyrique du faux.

« 0 théologie abominable ! )> s'écrie Pascal. Mais Pascal était évidemment du Syndicat.

N'a-t-il pas encore répondu d'avance à ce faux témoignage du colonel Henry qu'une personne honorable, dont il ne pouvait même pas dire le nom à son képi, lui avait affirmé qu'un officier du 2*^ bureau, celui de Dreyfus, trahissait?

« Toutes vos fables pouvaient peut-être vous servir avant qu'on sût vos principes; mais, à présent que tout est découvert, quand vous penserez dire à l'oreille : qu'un homme d'honneur qui désire cacher son nom vous a appris de terribles choses de ces gens-là \ on vous fera souvenir incontinent du mentiris impudentissime du bon père capucin. Il n'y a que trop longtemps que vous trompez le monde et que vous abusez de la créance qu'on avait en vos impostures. Il est temps de rendre la réputation à tant de personnes calomniées... »

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