CEUX QU'IL FAUT PLAINDRE
2 octobre 1898.
... Et le colonel Picquart est toujours en prison, au secret.
Je ne plains pas le colonel Picquart. Il faut opter en ce monde. Il a obéi à la voix de sa conscience, choisi le devoir, l'honneur, la gloire. Une si belle médaille a son revers : l'iniquité, la persécution, la calomnie. Sur tout héros, a dit le poète, sur tout grand homme, « un ver, le mensonge, se traîne ». Le mensonge traîne sur lui. Le 2')elït bleu, un faux ! Il faut, pour le croire, être aussi dépourvu de sens commun, être aussi aveuglé par la passion que pour avoir cru à l'authenticité des faux Henry. C'est l'éternelle histoire du voleur qui crie au voleur. C'est les faussaires qui crient au faux. Ce sont les mêmes, la même bande qui continue d'ailleurs son ignoble métier. Le dossier qui a fait la conviction du général Zurlinden n'est pas moins rempli de faux que les dossiers oij Billot et Cavaignac se sont laissé prendre, dont le chef-d'œuvre est encore affiché sur
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toutes les murailles de France. Il y a, dans ce dossier, un faux petit bleu- avec un grattage encore tout frais. Il y a, dans ce dossier, de fausses lettres de Mathieu Dreyfus. Le même génie diabolique qui a présidé au procès Dreyfus a préparé ce nouveau crime, le procès Picquart. Par bonheur, il y a des traîtres parmi les faussaires. Ils ont parlé, tout comme Esterhazy devant le conseil d'enquête oii le uhlan dénonça Henry et Du Paty. Marguerite Pays, dite Margot Ouatre-Doigts, s'est écriée un jour fièrement, en femme qui connaît les hommes : « Je ne suis pas un officier d'Etat-Major, moi; je ne mange pas le morceau. » Ils ont mangé le morceau.
Non, je ne plains pas le colonel Picquart, S'il a été outragé, dillamé, chassé de cette armée dont il reste l'honneur, c'est pour la Vérité, pour la Justice. Ce serait faire injure à la Justice et à la A'érité que de plaindre qui combat pour elles. C'a été, dans le passé, le lot de tous ceux qui ont livré la même bataille que d'être persécutés et torturés. Ce sera encore, dans l'avenir, le lot de tous ceux qui livreront cette bataille. Pourquoi Picquart est-il au Cherche-3Iidi, au secret, dénoncé et traité comme un malfaiteur ? La machination est aussi simple qu'atroce. Il s'agit de troubler un peu plus l'opinion, de l'alfoler, de jeter le soupçon et le discrédit sur le principal témoin de la Révision, sur le vengeur de tant de forfaits, d'attentats contre le Droit. Et cela à l'heure même où la A'érité s'élance dans le ciel comme un soleil, oii le bandit se livre lui-même aprèsavoirdénoncésescomplicesINevoient-ilsdoncpas, ces scéli'rals imbéciles, que plus ils accumuleront d'indignités, plus Picquart sortira grandi de cette suprême épreuve; que plus noires seront les calomnies dont ils l'accableront, plus éclatant sera le jour oii ce héros de
la conscience, si simple dans sa grandeur, rendra enfin tout leur lustre à ces belles expressions «d'honneur militaire » et de « parole de soldat », si souvent prostituées, hélas ! depuis de longs mois par une presse immonde et jusque dans l'enceinte des tribunaux, sous l'image du Christ indigné de tant de faux serments prêtés en son nom ?
3Iais je plains, et du plus profond de mon cœur, le gouvernement de la République. Je ne le plaindrais pas s'il n'avait fait un premier pas dans la voie de la justice. Mais il l'a fait, ce premier pas, il l'a fait à l'applaudissement de tous ceux qui ont encore un cœur sous la poitrine, du monde civilisé tout entier. Et, comme si une fatalitédétestable voulait que chaque effort vers la Vérité fût suivi aussitôt d'un plongeon vers l'abîme, ce même gouvernement demeure l'impassible et impuissant témoin d'une iniquité pour le moins aussi odieuse que celle dont il a noblement entrepris la réparation. Quoi! ces honteuses poursuites ont été engagées contre la volonté du gouvernement, ù son insu, par une signature surprise ! C'est malgré le gouvernement que Picquart est en prison ! Et le gouvernement laisse faire, quand l'arsenal des lois lui offre cent moyens de désavouer cette vilenie, d'y mettre un terme !
Ah! s'il ne s'agissait que de Picquart, comme je dirais: « Allez-y! Que tous les faux, toutes les machinations, tous les crimes qui sont enfouis dans ce dossier paraissent au grand jour ! Que l'expiation soit complète ! » Mais je pense à la République; il ne m'est pas encore interdit par M. Déroulède de penser à la France. Et je voudrais, dans mon angoisse, sachant ce que le gouvernement doit savoir, que de nouvelles humiliations, aussi imméritées que cruelles, nous soient épar-
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gnées ! Quoi ! il ne vous suffit pas pour éclairer ces ténèbres de la lumière purement française qui les inonde déjà! Et c'est vous, de vos propres mains, qui allez allumer la lumière de l'étranger !
C'est à pleurer de douleur et de honte. Devant qui tremblez-vous ? Des généraux espagnols vous menaçaient d'on ne sait quel pronunciamiento , si l'on touchait à M. de Boisdeffre. 11 s'est jugé lui-même. Et l'armée n'a poussé qu'un grand soupir de satisfaction. Les pavés devaient se soulever si la Re vision était ordonnée. Elle a été ordonnée, et ils sont restés bien tranquilles. Alors pourquoi, devant ce nouvel acte de justice et de réparation qui s'impose, ces hésitations pitoyables et ces craintes? En avez-vous déjà assez de cet honneur qui s'attachait à vos noms? Cette place que vous aviez conquise dans l'histoire, vous y trouvezvous déjà mal à l'aise ? Est-elle trop haute pour vous? Les chaînes de Colomb n'ont pas fini de peser sur l'Espagne, ni celles de Galilée sur Rome. Quoi! tous ces enseignements, toutes ces leçons, et tant d'avertissements auraient été vains! '
Vous êtes encore à temps, messieurs les ministres de la République, pour faire votre devoir. Mais il n'est que temps. Pensez à la France, ne pensez qu'à elle!
4 octobre 1898.
Rien n'irrite davantage les âmes simples et loyales que le sentiment de l'injustice. 11 les exaspère, les pousse à la révolte; les pédagogues vous le diront des enfants et les historiens des peuples.
Il s'est produit, depuis de longs mois, trop d'iniquités impunies, trop de dénis de justice. Les gouvernements successifs, les autorités qui étaient hier encore les plus respectées, juges ou généraux, en sont les complices ou semblent l'être. L'âme populaire s'en émeut. Cela devient grave. Jouer ainsi avec la justice, c'est jouer avec le feu. On entend de lointains grondements souterrains. Le Vésuve, avant d'éclater en torrents de lave, épaissit son nuage de fumée. C'est ce nuage qui monte au ciel.
Il est entendu que la manifestation de l'avenue Wagram était inopportune. Le ministère, du moment qu'il prévoyait qu'elle risquait d'être tumultueuse, aurait dû, purement et simplement, la loi en main, fai-
sant son devoir et prenant sa responsabilité, interdire la réunion. Il a paru préférable de faire dénoncer par les propriétaires de la salle le contrat qu'ils avaient signé. Ces moyens obliques passent pour habiles; ils sont toujours maladroits. Les organisateurs du meeting auraient été plus politiques (ce conseil leur a été donné) de se contenter d'une protestation dans la presse. On leur a tendu le piège que les coquins tendent toujours aux braves, qu'ils ne peuvent tendre qu'aux braves. Ils n'ont pas voulu paraître reculer devant M, Déroulède. Ils avaient cependant, les uns et les autres, et Vaughan, et Morhardt, et Pressensé, donné assez de preuves de leur vaillance pour avoir le droit de hausser les épaules devant les défis de la canaille. Avoir peur d'avoir l'air d'avoir peur, ce courage spécial, a déjà semé l'histoire d'héroïques sottises. C'est amsi que Ledru-Rollin est allé autrefois aux Arts-et-Métiers. Dans cette bataille pour la Justice, pour la Vérité, pour le Droit, nous ne devons donner à des adversaires capables de tout aucun prétexte. Ils font à l'armée cette injure de la confondre avec une poignée de scélérats : il doit leur être interdit de se poser en défenseurs de l'armée. Ils provoquent et organisent le Désordre : il ne faut pas qu'ils se puissent poser en défenseurs de l'Ordre. La manifestation ne pouvait conduire qu'à une bagarre où de bas policiers se distingueraient en frappant sur des hommes coupables de crier, sous la République : « Vive la République! » Cela dit, je tiens, aujourd'hui plus que jamais, parce que d'ignobles injures pleuvent sur lui, à serrer la main de Pressensé. Il est de ceux qui ont le plus contribué à réveiller des milliers d'àmes de leur torpeur.
Mais plus long a été le sommeil du peuple, plus re-
doutable est son réveil. Il a vraiment été le témoin de trop d'infamies. Dans cette soif nouvelle de justice qui le dévore, comment veut-on que le respect des juges subsiste chez lui, quand Picquart est en prison pour avoir dit la vérité, pour avoir proclamé l'innocence de Dreyfus qui est toujours à l'île du Diable; quand des complaisances criminelles ont laissé partir Esterhazy, quand Du Paty est encore libre? Cette revision, si péniblement arrachée, dans quelles conditions se poursuit-elle? Il court des bruits fâcheux sur la lettre par laquelle M. Sarrien a saisi la Cour suprême. Est-i^ exact que M. Sarrien ait cherché à enfermer la Cour de cassation dans les limites d'un seul fait nouveau? Ce serait une sottise, parce que la Cour de cassation est souveraine et qu'un garde des Sceaux devrait le savoir. Ce serait surtout d'une insigne déloyauté. Je veux croire que cet acte, qui couvrirait son auteur d'opprobre, n'a pas été commis. On dit pourtant qu'il a été commis. La presse immonde s'en félicite. Le gouvernement n'a-t-il pas mille moyens de démentir une pareille calomnie?
Si jamais l'occasion a été offerte à un républicain d'être un grand ministre de la Justice, c'est celle-ci. Pourquoi M. Sarrien semble-t-il ne vouloir être qu'un garde des Sceaux, qu'un gardien des iniquités ? On ne l'accuse pas seulement d'avoir essayé de tricher avec la Cour de cassation. Et, encore une fois, je réclame un démenti. On l'accuse aussi d'être naguère intervenu, personnellement, auprès des membres de la Chambre des mises en accusation pour leur faire rendre, dans l'affaire Du Paty, l'arrêt que la Cour suprême a flétri. Et, ici encore, un démenti est nécessaire, indispensable, car, si les faits étaient vrais, M. Sarrien aurait commis le crime de forfaiture. Un mi-
nistre de la Justice se doit à lui-même, il doit à la fonction qu'il occupe, de repousser publiquement un pareil soupçon. Esterhazy a dpclaré à un rédacteur de son journal la Libre Parole (( qu'on l'avait tiré d'affaire parce qu'il avait fini par faire comprendre les graves conséquences que pourrait avoir sa condamnation ». Quelles conséquences et contre qui? Si Esterhazy a dit la vérité, il faut que M. Sarrien explique comment, pourquoi, dans quelles conditions M. le procureur de la République a adressé à la Chambre des mises en accusation des réquisitions contraires aux conclusions de M. Bertulus. Quel est ce nouveau chantage ? Et comment, enfin, un mandat d'amener n'estil pas lancé contre Esterhazy, à la fois escroc et traître, espion et voleur? Pourquoi, dans quel inavouable intérêt, une demande d'extradition n'est-elle pas adressée, depuis longtemps, au gouvernement anglais? Craint-on donc qu'il parle, qu'il avoue, qu'il nomme ses complices?
Et que fait M. le ministre de la Guerre, qui est le chef de la justice militaire comme M. Sarrien est le chef de la justice civile? M. le général Zurlinden n'est pas que gouverneur de Paris : il tient, auprès du ministre de la Guerre, sous ses ordres, la place de Procureur général pour les affaires militaires. Comment M. le général Zurlinden n'a-t-il pas encore reçu l'ordre d'ouvrir une instruction contre Du Pat)'? L'arrêt de la Cour de cassation qui a brisé celui de la Chambre des mises a confirmé l'ordonnance de M. Bertulus contre ce faussaire. Qu'attend-on pour instruire le procès de cet homme? Esterhazy a avoué être l'auteur du bordereau. Par ordre ou non, peu importe. Il a avoué. Qu'attend-on pour rouvrir le procès de ce misérable ? Et Picquart est toujours en prison. La signature de M. le
ministre de la Guerre a été surprise. C'est fort bien. Mais M. le ministre de la Guerre sait aujourd'hui, comme le sait M. Brisson, comme le sait M. Delcassé, que l'accusation portée contre Picquart est une abominable calomnie. Chef de l'armée française et gardien de son honneur, attend-il que le colonel de Schwarzkoppen parle autrement que par la voie des journaux, qu'il dise lui-même dans quelles conditions il a écrit le petit bleu, comment et par qui le petit bleu lui a été volé, et ce que c'est que ce concierge qui a volé le petit bleu comme il avait volé le bordereau. Cette humiliation immanente, plus menaçante tous les jours, ne lui fait-elle pas horreur? Qu'attend M. le général Chanoine pour donner à son procureur général, M. Zurlinden, l'ordre de mettre en liberté M. le colonel Picquart?
C'est ces choses que voit le peuple. Des faux, des parjures, des trahisons partout, et des juges nulle part. Là où devrait régner l'impartiale Justice, il voit ou croit voir, ce qui revient au même, des compromissions inexplicables, des complaisances qui ne le sont pas, des services, que la Cour suprême brise comme verre, des demi-mesures qui semblent dictées par des arrière-pensées honteuses, des manœuvres louches, des coups de Jarnac qui se préparent dans les ténèbres et des dés pipés qui sautent. Alors, ce peuple s'inquiète, s'agite. Ce n'est aujourd'hui qu'un trouble profond. Que sera-ce demain ? Et tout cela, pourquoi ? Parce que ceux qui ont le devoir de faire la Lumière travaillent à refaire l'Ombre. Cette idée que la justice n'est qu'un mot est la plus intolérable de toutes. Le penseur ni le peuple ne peuvent vivre avec cette pensée. Relisez l'histoire,, rappelez-vous, hàtez-vous.
LE CRIIYIE CONTINUE.
18 octobre 1898.
S'il est un gouvernement que les républicains qui ont encore un idéal républicain, que les hommes de droit, seraient heureux de soutenir, c'est celui qui a ordonné — tardivement, sans l'orgueil et la fierté qui auraient convenu, — mais, enfin, qui a ordonné la revision. Mais quoi ! Picquart est toujours au Cherche- Midi, au secret, en violation de la loi, sous le coup de l'accusation la plus monstrueuse et la plus stupide. Alors, on ne peut pas.
Je n'ai pas sur moi-même un assez grand empire Pour avancer la main quand le cœur se retire.
Le poète a toujours raison. Comment avancer la main?
Dans une lettre que je reçois ce matin, dont l'auteur est l'une des âmes les plus nobles de ce temps, je lis cette phrase : « J'ai physiquement mal à Picquart. « En effet, cette ini({uité pèse sur tout, obscurcit la
joie de la victoire remportée, passe comme un nuage sur le soleil. Ce crime qu'on prépare, dont j'espère encore pour la République, pour la France, qu'on ne l'accomplira pas, est plus atroce que le crime même dont Dreyfus a été victime. 11 y a eu, en 1894, à côté de scélérats sans excuse, des hommes qui ont été de bonne foi, qui ont été surpris par une ressemblance superficielle d'écriture, par de faux rapports, dont l'erreur est explicable. Aujourd'hui, point de circonstances atténuantes. Les limites de l'absurde n'ont jamais été reculées plus loin que par cette abominable accusation. Tout ce mystérieux dossier n'est, manifestement, qu'un amas de faux. De quand date-t-il ? Il n'existait pas du temps de Billot, qui envoyait Picquart sur la route où rôdent les assassins du désert, mais qui avait fait de lui, au préalable, le plus jeune colonel de l'armée française, l'accablait, par la plume de Gonse, de protestations flatteuses et d'offres tentatrices. C'est sous le règne de Cavaignac que, tout à coup, les (( preuves » ont surgi sous la baguette magique d'Henry. Le faussaire mort, tué, les faux sont restés. Picquart a fabriqué le petit bleu ; il était le complice de Dreyfus, l'agent du Syndicat, que sais-je encore? On avait des photographies le montrant à Carlsruhe, en conversation, au mois d'avril dernier, avec Schwarzkoppen. Quand il a été démontré que Picquart n'avait point quitté Paris un seul jour, et quand le « truc » de ces photographies a été dénoncé, on les a rengainées. Mais les plaques en existent encore quelque part. On s'est remis au travail. On a gratté l'adresse du petit bleu. On a forgé des lettres de Mathieu Dreyfus. Et c'est là-dessus qu'on instruit depuis quinze jours. Le ridicule ne tue plus. Et quand Labori demande à voir Picquart, on lui répond que
Picquart est encore au secret pour plusieurs semaines. Est-ce pour donner aux successeurs d'Henry le temps de retoucher ses faux, d'en faire de nouveaux? Je ne veux pas le croire. C'est, en tout cas, pour que, le jour où la Cour de cassation voudra entendre Picquart, ce grand témoin de la Vérité paraisse devant elle en état de prévention, les menottes aux mains. Imbéciles qui ne voyez pas que ces chaînes doubleront, aux yeux de véritables juges, la valeur du témoignage de ce héros !
Ainsi, le crime continue. Telle est la fatalité qui pèse sur cette tragique affaire que cette aube de la justice, qui pourrait être si belle, si glorieuse pour la France, il faut qu'une iniquité nouvelle, plus odieuse encore, la salisse et l'attriste. Et de quoi demain sera fait, si l'on ne se hâte pas, de quelle douloureuse humiliation, sous le rire méchant de ceux qui ne nous aiment pas, dans la grande pitié de ceux qui nous aiment encore, nous ne le savons que trop. Et toute la France républicaine ne se lèverait pas pour protester I
Il y a, parmi les républicains, des hommes qui, pour des causes diverses, qu'on peut d'ailleurs apprécier différemment, ne sont pas encore descendus dans l'arène, dans cette bataille pour la Justice, pour la Vérité, pour les principes de la Révolution et de toute civilisation.
Ils ont commis, selon l'admirable parole du poète anglais, « le péché de la lampe qui n'a pas été allumée et du rein qui n'a pas été ceint » :
Tlie sin of thc ualit lamp and the uagirt loin.
Quelle plus belle occasion de ceindre leurs reins et ♦ d'allumer leur lampe ! Un scrupule aurait pu les retenir d'clrc les ouvriers de la onzième heure, de la vie-
toire. C'est avec raison, pour vaincre ces scrupules, que la profonde psychologie de l'Evangile promet la plus belle récompense à ces ouvriers en retard. Qu'ils n'hésitent pas. Il y a, d'ailleurs, encore des coups à recevoir, beaucoup de coups.
De quoi s'agit-il? D'une faveur? Quel est l'ami du colonel Picquart qui lui ferait cette injure ? On ne réclame pour lui que l'égalité devant la loi. Oui, puisqu'il a été accusé, qu'il soit jugé; il faut que l'atroce calomnie soit déchirée, brisée, réduite en boue, au grand jour d'une audience publique, aussi publique que l'accusation. Mais le ministre de la Guerre, chef de la justice militaire, a le droit, que dis-je : le droit? le devoir d'enjoindre à son Procureur général de mettre un terme à une mise au secret barbare, qui est une véritable torture, que rien n'excuse, qui est une violation flagrante de la loi. La postérité se chargera d'élever des statues à Picquart. Il ne s'agit aujourd'hui que de ne pas lui refuser la mise en liberté provisoire qui a été accordée à Esterhazy. Oui, nous en sommes là. il ne s'agit que de cela : de traiter sur le même pied, — je rougis d'écrire ces deux noms l'un à côté de l'autre ; il le faut, hélas ! — Esterhazy et Picquart, le traître et le justicier.