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XL VI

Leurs études.

Les journaux de l'Etat-Major affirment avec persistance que le général Zurlinden s'est prononcé ou est décidé a se prononcer contre la revision. Tout est possible dans l'ère de folie que nous traversons. Cependant je ne puis m'empêcher de remarquer que cette absurdité serait encore plus extravagante que les autres. Le oéuéral Zurlinden devait avoir entendu

VEnS LA KÉPARATIOX jgo

r,^^;.r.^"''''V^ -^P"'' possession du Ministère de I-, Gue.re, qu il était question de réviser le procès d.

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VEHS LA RÉPAIUTIOX 1(;5

Brisson. Lcmercier-Picard, Esteihazv, Henry, tous ses amis s'en vont. Il ne lui reste plus que la protection de M. Cavaignac, et de tous ceux à qui la loi imposerait le devoir de lui mettre la main au collet. Cet antisémite féroce se souvient-il du temps où il proposait au colonel Picquart de l'emmener dans la loge des Rothschild, à l'Opéra? Etonné du refus, quel éloge ne fit-il pas de la haute juiveriel II déchante maintenant. C'est le moine Didon qui le sauve, avec un Ministère radical. Touchant accord !

L'entreprise est de le sauver par le silence. Le svstème réussit à Esterhazv d'abord. Mais le voilà 'en Belgique. On essaye aussi de faire le silence sur Henry. J ai lieu de croire que ce sera plus difficile qu'on ne croit. Les députés, h moins qu'ils ne votent un ordre du jour unanime approuvant « le faux légitime », suivant la doctrine du jour, auront des curiosités. Que M. Brisson y songe. Il se trouvera bien quelqu'un pour demander comment, lorsque le colonel Picquart a pour toute arme dans sa prison une fourchette de bois, le colonel Henry, mis aux arrêts simples pour faux, trouva justement sous sa main un rasoir? Peut-être aussi demandera-t-on des nouvelles du procès-verbal d'autopsie? Je ne dis rien des papiers laissés par le mort, puisqu'on s'en est emparé tout exprès pour avoir le droit de mentir.

Mais il y a un point délicat encore qui me paraît avoir échappé jusqu'ici aux êtudes[!) de Zurlindcn et de Brisson. Auraient-ils oublié de faire une enquête sur le faux de Henry? Ont-ils la prétention de nous laire croire que c'est là un accident sans relations avec le reste de l'affaire, et qu'il n'v a pas lieu de pousser plus loin les recherches là-dessus pour arriver à la constatation de la vérité pleine et entière? Cela paraît impossible, quand les journaux apologistes des laussaires en sont à dire qu'un soldat si discipliné n'a pu agir que sur l'ordre de ses chefs, en ajoutant, bien entendu, que cet ordre fut donné dans l'intérêt de la patrie — ce qui reste à démontrer.

Il faut donc qu'il y ait eu au moins quelque forme (le recherches ressemblant plus ou moins vaguement à une enquête. Et, puisque M. Zurlinden étudie les pièces du dossier, j'aime a croire qu'il a compulsé ce document, qui n'est pas le moins important de tous. Mais alors, comment se fait-il qu'on n'ait pas entendu l'homme qui était le chef hiérarchique de Henry quand le faux a été commis? C'est le colonel Picquart qu'on le nomme. Le général Zurlinden doit le connaître. C'est lui, Picquart, qui, bien longtemps avant ^ le capitaine Cuignet, a dit que le faux était un faux. C'est même pour cela qu'il est en prison. Il en sait assez long sur Henry, celui-là, et, ayant flaùé le V crime, il peut probablement dire des choses sur les circonstances qui l'ont accompagné.

Eh bien ! non. On ne l'a pas entendu. On ne veut pas l'entendre. Zurlinden étudie le dossier avec Cuignet, Gonse, du Paty de Clam et C'". Mais il se défie de la contradiction, et pour cause. Voilà ce que notre Gouvernement appelle la recherche de la vérité, et le reste du genre humain : l'organisation du mensonge. '

11 septembre 1898.

XLvn

Leurs preuves.

Les tergiversations du Ministère ont produit leur eflet. L'Etat-Major, triomphant de voir Picquart

luîilntenu en prison pour avoir dit la vérité, fait, par Zvirlinclen, un suprême effort contre la revision. Au point où nous en sommes arrivés, la manœuvre ne peut plus réussir, et le Temps lui-même est obligé de constater que la revision est devenue, quoi qu'il arrive, inévitable.

Seulement on déroute l'opinion, qui attendait que le Gouvernement fût son guide; on énerve le pays stupéfait d'entendre des publicistes, dont quelquesuns sont des mandataires du suffrage universel, faire hautement l'apologie du faux et la glorification du faussaire. Si nous continuons de ce train, quel jugement pourront porter sur nous les peuples qui, depuis la Révolution, nous tenaient pour les grands propagateurs du droit et de l'universelle justice entre les hommes? Vraiment nous payons cher les atermoiements de M. Brisson. Il est temps d'en finir.

Débusqués de toutes leurs positions, les ennemis de la vérité reculent successivement de mensonges en mensonges. Voyez plutôt les étapes parcourues.

Il n'est plus question du bordereau. M. Cavaignac lui-même, si facile h convaincre, n'a pas eu le courage de prononcer le mot. Il est acquis, aujourd'hui, que la seule pièce sur laquelle fut officiellement condamné Dreyfus est d'Esterhazy On a organisé l'acquittement du traître, mais chacun sait à quoi s'en tenir, à commencer par les juges qui se sont frappés eux-mêmes en l'acquittant. Aussi les polémistes les plus renommés pour leur mauvaise foi n'osent désormais souffler mot du document fondamental.

De la fameuse pièce « ce canaille de D... », il n'est plus question à cette heure. C'est elle pourtant qui lut communiquée secrètement aux juges monstrueusement crédules autant qu'ignorants de la loi. C'est elle qui décida de la condamnation d'un innocent. Aujourd'hui, on se garde de l'invoquer. Ces messieurs ont fini par découvrir que les chefs d'espionnage ne désignaient jamais les agents par la première lettre du Hom véritable. C'est l'enfance de l'art. On veut

bien convenir maintenant que la pièce ne se rapporle pas à Dreyfus, et quand le colonel Picquart oflrit d'en faire la démonstration, M. Cavaignac eut bien soin do ne pas entendre.

Grandeur et déchéance dun document par lequel Dreyfus est au bagne, et qui eut la gloire d'être, devant le public, le premier exploit des faussaires de . 1 Etat-Major! Les hauts complices n'ont jamais voulu rechercher comment la photographie de cette pièc^ s'était envolée de leurs tiroirs (amicalement entr'ouverts) pour se retrouver — fausse — dans les colonnes de VEclair, et, en original, dans la poclie d'Esterhazv. C'était alors « le document libérateur Jl^ Aujourd'hui, cette preuve, mensongère contre Dreyfus, se retourne contre ceux qui, en étant détenteurs, ont trahi les secrets d'Etat — sans avoir été jamais inquiétés, bien entendu — et n'ont rien trouvé de si simple, pour convaincre l'opinion de la culpabilité du Juif, que de fausser la pièce supposée décisive.

Je ne dis rien des trois faux de Henry — lettres et réponse — produits par ^I. Cavaignac à la tribune comme c( la preuve irréfutable » résultant de son étude personnelle du dossier. Il serait trop cruel d'insister. Il doit exister encore, sur les murailles de nos villages, des lambeaux de chifïbns blancs, où, sous le contre-seino; de M. Deschanel attestant la Chambre unanime, M. Cavaignac nous garantit 1 authenticité de trois faux. Le plus beau de l'afifaire, c'est que, si on ne lavait doucement poussé dehors, le même homme voulait encore, après cela, nous garantir l'authenticité d'autre chose ?

Dois-je constater aussi l'efFondrement de la légende Lebrun-Renault si laborieusement édifiée par ^I. Cavaignac ? Ce n'était qu'un cri dans le camp des faussaires : « Dreyfus a avoué. » Aujourd'hui, admirez le silence des amis de l'Etat-Major sur cette aventure. M. Cavaignac, pourtant, s'était porté garant de l'affaire avant de rien connaître. Dès qu'il y mit le nez, il s'abstint prudemment de montrer le rapport qu'il

VERS LA RÉPAUATION IGî)

dcMiian'^iit a Billot, mais il produisit quoi? Une note au ciTtjon sur une feuille dètaclice (pourquoi détachée ?) du carnet d'un gendarme qui a dit à plus de vingt témoins le contraire de ce qu'il écrivit sur ce papier, il une date que rien n'authentique, puisque la feuille n'est plus en place par une raison qu'on ne donne pas. Il est d'évidence que si l'on avait voulu faire un. faux, on n'eût pu le produire que sur une feuille détachée. Il y a d'ailleurs, dans cette affaire, un autre document entaché de suspicion £frave, par des motifs à la fois simples et forts dont il ne me plaît pas de parler aujourd'hui. Dans un tel déballage de faux, il convient que chacun ait son tour. En tout cas, plus de faux aveux comme preuve contre Dreyfus ! II a fallu abandonner, après tant d'autres, cette ligne de défense.

Parlerai-je des preuves indirectes, aujourd'hui abandonnées? Nous avons les fausses photographies du colonel Picquart à Carlsruhe, dont le fabricateur, s'il y a une justice, devra être appelé à rendre compte, un de ces jours. Le commandant Lauth, photographe attitré de l'Etat-Major, devrait bien demander que l'affaire fût éclaircie. La presse de Boisdeffre en fit un assez beau tapage, réclamant chaque matin l'arrestation de Picquart comme traître. Puis, quand le faux fut exposé, on se tut subitement. Il avait suffit que la police imbécile des faussaires leur fit croire que Picquart s'était absenté de Paris, pour que l'idée leur vint de fabriquer un faux sur cette simple information. Quand on a l'habitude du faux document, quoi de plus patriotique que de fabriquer les pièces dont on a besoin pour confondre ceux qui plaident Tinnocence de l'homme qu'on veut coupable !

Les faux Blanche et Speranza, nés de la collaboration du traître Esterhazy, de la fille Pays et du colonel du Paty de Clam, avaient le même objet : prouver la culpabilité de Dreyfus, en jetant le soupçon sur l'homme qui recherchait la vérité. Ils sont aujourd'hui mis ii nu et l'on sait par quelle violation de la loi le faus-

170 VEHS I.A HKPARATION

saire a pu fchappor jusqu'ici au châtiment de son crime. Ainsi qu'il est arrivé pour les fausses photooraphies, depuis que les documents Blanche et Spernnza sont reconnus faux, les littérateurs de l'Etat- Major observent la-dessus un silence de poisson.

Pour des laussaires, n'était-ce pas un trait de génie ilaccuser le colonel Picquart de faux? C'est ce qu'ils ont fait à propos du petit bleu, et le grand argument dUenry était que son chef ne lui avait pas montré ce document d'abord. Les événements ont révélé que Picquart n'avait que trop de raisons de se défier de son subordonné, faussaire, occupé à dénoncer comme faussaire l'homme qui révélait la trahison d'Esterhazy, car il fallait que celui-ci fût innocent pour que l'Etat- Major pût garder Dreyfus au bagne. On fit donc beaucoup de bruit de ce prétendu faux, et les accusations de Lauth, dllenry, de Gribelin ne manquèrent pas. Seulement elles étaient si ridicules qu'elles ne purent soutenir l'examen. Aujourd'hui, il n'y a plus guère que le Juif de l'Etat-Major, Arthur Meyer, qui y lasse obliquement allusion, quand il voit ses patrons trop embarrassés. Cela ne compte pas.

Faut-il juentionner les prétendus voyages de Dreylus en Belgique, les prétendus rendez-vous dans le bois de Yincennes avec des agents étrangers? Il ne semble même pas qu'on ait pris la peine de faire des faux pour étayer ces histoires. Elles ne reposent sur rien. Ce sont de simples allégations mensongères, utiles seulement à quelques journalistes en retard quand la polémique les serre de trop près.

Chose admirable ! Voici qu'on abandonne jusqu'aux lettres de l'empereur d'Allemagne à Dreyfus, faux de première classe, que la risée public[ue ne permet plus (-le produire.

Ainsi toutes les preuves contre Dreyfus se sont, une :» une, détruites d'elles-mêmes, par la simple raison (ju'clles ne pouvaient soutenir le plus superficiel examen.

()ue reste-t-il d©nc désormais? Quel est le noir culot

du dossier ultra secret? Eh bien! voilà le j^rand mystère. On nous joue maintenant la farce du « contreespionnage. » On en est à faire annoncer dans les journaux que notre contre-espionnage en Allemagne nous a fourni des preuves de la culpabilité de Drevfus. Que sont ces preuves ? Des dires d'espions, naturellement, en des correspondances que Ton ne peut pas livrer au public, dit-on, car ce serait livrer à nos ennemis le nom de ceux qui les trahissent.

Telle est la suprême ligne de défense de ceux qui veulent empêcher la revision, pour cacher les crimes, non de Dreyfus, mais de ceux qui l'ont condamné en violation de la loi, et veulent le garder au bagne, par des preuves mensongères et des faux.

J'examinerai demain le conte grotesque du « contreespionnage. »

P. S. — Les agences annoncent que, décidément, le général Zurlinden est opposé à la revision. Comme M. Cavaignac, de qui il a reçu les leçons par le général Roget, par le capitaine Cuignet, sans parler des Gonse, du Paty de Clam et autres intéressés de l'Etat- Major. M. Zurlinden ne veut pas que la Cour de cassation soit saisie. L'œil de la justice lui fait peur pour Mercier, Boisdeffre et leurs sous-ordres.

M. Brisson peut mesurer la faute qu'il a commise en ne mettant pas le ministre en face de la revision dès le premier jour. Il n'a plus qu'un moyen de se tirer d'affaire. Prendre le portefeuille de la Guerre, et dévoiler au pays les abominables machinations contre la justice et contre la vérité, par la revision à ciel ouvert. Il ne doit pas ignorer que toutes les difficultés lui viennent de Félix Faure. Qu'il le dise hardiment et qu'il mette ce protecteur éminent des faussaires face à face avec les responsabilités qui l'attendent.

12 septembre ISO 8.

172 VERS I,A KÉPAKATION

Ce n'est pas clair.

« Il est impossible de faire la revision, il faut laisser un innocent au bagne parce que nous serions obligés de montrer des rapports fabriqués après coup et sur commande par deux ou trois Lemercier-Picard exotiques. » Cette conclusion d'un article de Ranc, dans le Radical, résume d'un mot tout ce qu'il est besoin de répondre au conte bleu du contre-espionnage dénonçant Dreyfus.

D'abord il n'est pas besoin du tout de livrer au public le nom de nos espions, et ce n'est pas les avocats de la défense qui feront des difficultés là-dessus. Allèguera-t-on l'autorité que peut leur donner leur situation dans leur pays.' Qu'est-ce que cela peut faire s'ils n'apportent pas à l'appui de leurs dires aucune preuve, quand il est reconnu que celles échafaudées, après coup, par l'Etat-Major, durant quatre années, sont le produit d'inventions ineptes ou reposent sur des faux?

On va répétant que les preuves ne peuvent pas être admises en faveur de Dreyfus lorsqu'elles résultent des témoignagnes de l'étranger ou de pièces fournies par l'étranger. Et ces témoignages seraient valables — sans aucune pièce à Vappui — lorsqu'ils émanent d'étrangers, ayant sur leurs compatriotes la seule supériorité de trahir, pour de l'argent, leur patrie? Les honnêtes gens qui donnent leur parole d'honneur, et peuvent joindre, à l'appui, des documents authen-

VEUS LA HKl>AItATION 173

tiques, ne seront pas crus. En revanche les plus viles canailles inspireront assez de confiance pour que, sur leur sin\ple allégation, un homme, contre qui nous voyons s'acharner les faussaires, use lentement dans l'infamie du bagne toutes les heures de sa vie.

Quel Français est à l'abri d'uije telle dénonciation sans preuves? Ainsi, nous sommes tous, désormais, dans la main des espions allemands. Ceux d'entre nous qu'il leur plaira de désigner partiront pour la Guyane et n'en reviendront plus! Voilà sous quel régime les faussaires de l'Etat-Major et leurs complices, ainsi que les grands chefs qui veulent sauver ces criminels du châtiment des lois, prétendent nous faire vivre. Je me refuse à croire que le peuple français en soit arrivé au degré d'imbécilité nécessaire pour tolérer un régime qui met l'honneur, la sécurité, la liberté, la vie de tous les citoyens à la merci de tout ce qu'il y a chez nos ennemis de plus ignoble et de plus vil.

Ce n'est pas tout. Les ministres crédules, les chels complices des faussaires dont ils assurent l'impunité, suscitent la multiplication des faux. Les Billot, les BoisdefFre, les Gonse font les Henry, les du Paty de Clam, les Lauth, les Gribelin, comme les Chasles firent les Vrain-Lucas. Pour les criminels de l'Etat- Major qui faisaient des faux, quoi de plus tentant que d'en faire fabriquer par d'autres ! Ces contre-espions qui dénoncent Drevfus, les faussaires les connaissaient. Leur était-il bien difficile d'inspirer, de dicter certains rapports — supposé que ces pièces ne soient pas tout simplement des faux, comme le reste? Vraiment la tentation pour des hommes habitués à travailler dans le faux document était trop grande. Quel sentiment peut retenir un faussaire, quand l'occasion se présente de s adjoindre, dans les plus bas fonds, un faussaire?

Et qu'on ose nous dire de quels événements ces fausses pièces sont contemporaines. 11 est acquis qu'elles n'existaient pas lors du procès Drevfus. Elles

ont été fabriquées comme, les autres après coup, pour démontrer la culpabilité d'un homme condamné sans preuves. Mais quatre ans se sont écoulés depuis la condamnation. A quel moment précis ces faux ont-ils été mis au dossier, et comment? Il faudra répondre làdessus, et je prédis qu'à ce moment le scandale de l'ignoble machination apparaîtra dans son plein. Il iaut être bouché d'une triple bêtise pour ne pas s'apercevoir que les dates peuvent être, dans ce mensonge spécial, un élément d'information particulièrement suggestive. Chaque chose en son temps. Pour aujourd'hui, je demande s'il n'y a pas, dans le dossier secret, des rapports mettant sur la trace d'Esterhazy, et je serais curieux de savoir pourquoi de ceux-lii l'on ne nous a rien dit. Enfin, je demande si les rapports où se trouve en toutes lettres le nom de Dreyfus n'auraient pas lait, dans le dossier, une apparition remarquablement tardive. Je sais bien qu'on ne me répondra pas. Mais la question est posée tout de même (pends-toi, Delegorgue!) et le procès de revision nous donnera, avec beaucoup d'autres choses, la réponse.

Oh! ce nom de Dreyfus en toutes lettres, pour suppléer le D... qui ne veut pas dire Dreyfus, il fallait le trouver h tout prix. Que de neuvaines ont dû être dites parles bons Pères, pour qu'un document se rencontrât où l'on pût lire ces sept lettres tout au long. Les neuvaines aidant, on mit le nom dans V Eclair, puis dans la pièce dont M. Cavaignac et la Chambre unanime ont sali nos murailles. Enfin le voilà (depuis combien de temps?) dans des rapports d'espions allemands. Ceux-là n'avoueront pas et ne se couperont pas la gorge pour si peu de chose.

Donc, la preuve est irréfutable , n'est-ce pas? Car si un traître allemand (qui joue peut-être deux jeux à la fois, ainsi qu'il arrive le plus souvent) dénonce un Français, il n'y a pas besoin de document quand on a le meilleur de tous : la parole d'un vendu. Dreyfus ne connaît pas cette pièce. Il n'a pas pu en démontrer la fausseté. Qu'importe ! C'est notre nouvelle manière

(le rendre des jugements contradictoires, c'est le grand résultat de la Révolution française. On déshonore un homme, on le martyrise, on le tue sans lui dire pourquoi. Méline, Billot, BoisdefFre, Cavaignac, Henry et du Paty de Clam estiment que ça n'a pas d'importance.

Et la rédaction du document, voilà qui ne doit pas être ordinaire. Non que je suppose une réédition du vharabia nègre qui faisait la sécurité de conscience de M. Cavaignac. C'est encore bien plus drôle. Songez (pi'il ne s agit point d'une lettre où l'on dirait : « J'ai découvert qu'il y avait un traître parmi vous. Il y a telles ou telles raisons de croire que c'est Dreyfus », ou bien : « Je sais que c'est Dreyfus, par telles ou telles raisons. »

Non. Dreylus était depuis longtemps au bagne quand nos contre-espions clairvoyants s'avisèrent qu'il y était pour juste cause, bien qu'ayant été condamné à la fois illégalement et injustement, svir une pièce inconnue de lui, qui ne le concernait pas. Qu'ont-ils pu écrire à leur bon colonel Henry, ces excellents informateurs? Sans doute quelque chose comme ceci : « Vous avez condamné de chic le capitaine Dreyfus, et vous croyez peut-être qu'il est innocent? Eh bien! pas du tout, c'est ce qui vous trompe. Voyant cet homme au bagne, nous le flairons coupable. Nous sommes ainsi dans le contre-espionnage. Aujourd'hui, nous avons le plaisir de vous» annoncer que, pas plus tard qu'hier, l'empereur Guillaume a dit à l'un de nous ; « Dreyfus est un traître. N'en dites rien. Ça se saurait. «Demain, vous recevrez d'autres attestations du même genre. Envoyez galette par retour. » Ce n'est pas là le mot à mot, il est vrai. Mais c'est immanquablement le sens.

Là-dessus tout l'Etat-Major d'une voix, avec ses journalistes, de s'écrier : « C'est clair. » Eh bien non, ce n'est pas clair, messieurs les chevaliers du faux. C'est même fort obscur, et pour éclaircir tout cela vous ne trouverez rien que la justice de la loi au grand jour.

Voilà pourquoi la revision se fera en dépit de Zurlinden et de Cavaignac, et de BoisdefFre, et de Gonse^

170 VERS LA REPAHATION

et de du Patv de C>lam et de Gribelin — Henry se trouvant hors de cause. 11 n\- a plus de possibilité, p()ur qui que ce soit au monde, de sortir de cettç impasse autrement que par la pleine lumière. Le bon Dieu n'y suffirait pas. A plus lorte raison ce tartuffe épais de Félix Faure. Il paraît que c'est lui qui a donné le dernier coup de pouce a Zurlinden pour le mettre en ligne contre Brisson. Il faut s'attendre à tout de ce malheureux, hormis à un mouvement de cœur ou de tète.

Ah! si Brisson voulait! INIème après ses fautes, l'occasion lui est oflerte d'une des plus belles pages de l'histoire.

13 srptr/i/brc 1898.

La revision à ciel ouvert.

L'attitude du général Zurlinden nous met en état de crise. Ce n'est pas le moment de rechercher ce qu'il fût advenu si Brisson eût montré autant d'énergie qu'il a laissé paraître de faiblesse. Les partisans d'Esterhazy et ses complices de l'Etat-Major, terrassés parla découverte du faux de Henry, ont retrouvé leur impudence, leur audace première. Ils en sont à glorifier le crime de faux commis pour maintenir un innocent au bagne, et h réclamer logiquement des mesures de violence contre ceux qui appellent la justice, contre ceux qui invoquent la vérité.

VEUS I.A PKPAHATION 177

Leurs écrits resteront pour l'histoire de ce temps. Mais les événements déjà échappent aux volontés humaines. En vain les criminels, soutenus de complicités supérieures, tentent un suprême efFort pour dissimuler les produits de la grande fabrique de faux de l'Etat-IMajor. Trop tard. Assez de lumière déjà s'est fait dans les esprits, pour que le public ne soit pas en disposition de se laisser tromper davantage.

Tout allait le mieux du monde, jusqu'ici, dans Tombre et le mystère. Les faussaires avaient vraiment trop beau jeu. Ils adirmaient toute contrevérité avec une impudence sans égale, et l'opinion publique, militarisée, leur faisait confiance. C'était à qui emboîterait le pas derrière le régiment du mensonge. Aujourd'hui les menteurs continuent bien de mentir, mais on ne les croit plus : cela fait une différence.

De là l'inutilité de toutes les rodomontades auxquelles se croient obligés les baladins et les tranchemontagnes du grand parti des faussaires. Autant d'effets manques. La France ne se contentera plus, comme l'avait espéré M. Cavaignac, de déclarations sur pièces authentiques ou fausses, au petit bonheur, et Brisson n'a fait que se rendre à l'inéluctable en constatant que la revision ne peut plus être évitée.

Quelle autre solution de la crise? Il faiit choisir entre la vérité publique et la violence. Je sais bien que l'appel à la force brutale ne manque pas d'amateurs. Toute l'école de Sedan se vante de faire merveille contre des citoyens sans défense, et, par la voix du dominicain Didon, l'Eglise nous rappelle qu'elle prise par-dessus tout le secours du sabre.

La lâcheté des chefs républicains semblent inviter les réacteurs de toutes dénominations à ne rien ménager. Enfin, toutes les notions de droit, de justice et de liberté sont à ce point confondues que tout paraît permis à qui sera le plus fort. L'antique distinction de la vérité et du mensonge n'a même plus cours parmi nous, puisque des publicistes peuvent,

sans soulever l'ln(li<rnali()n publique, profcssci qu'il peut ("^tie Icgilimc gX. nièino glorieux île faire uu laux. Nous ne descendrons pas beaucoup plus bas. Je crois bien que nous avons touché le Tond.

Va cependant les doctrinaires de coups d'Etat doivent s'apercevoir que l'opinion des peuples civilisés, dont ils Jont si peu de cas, compte tout de même. Car, n'eussent-ils pas à craindre l'énergique résistance d'une imposante minorité combative, ils se trouveraient encore dans l'impossibilité de faire violence aux lois pour fonder, aux yeux de l'Europe qui les juge, un gouvernement nouveau sur ce programme inconnu jusqu'ici de l'histoire : la politique du faux.

Sans doute, c'est ce qu'on voudrait faire. Mais on ne peut pas le dire au Journal officiel et mettre en projets de loi les articles de journaux où s'étale l'apologie des faussaires. Or, après les événements de ces dernières semaines, tout ce qui suscite des obstacles à la production de la vérité en plein jour aura, pour le public, le caractère d'une entreprise en complicité des hommes qui prétendent qu'il est bon de conduire et de gouverner les Français par des taux. L'aveu n'est plus nécessaire. Au point où nous en sommes arrivés, les hommes qui veulent autre chose que la vérité pleine et entière sont des partisans du mensonge, ont une main dans la main des faussaires.

Quand les questions sont ainsi posées, l'hésitation de l'esprit public ne peut pas être très longue. Tout un peuple ne se met pas d'accord pour demander qu'on le trompe. L'incertitude venue des mensonges sur les prétendus dangers que la vérité fait courir à la patrie, se dissipe au plus léger examen. M. Cornéîy lui-même, dans le Figaro, convient que la revision ne nous fait courir aucun danger de guerre. Il apparaît, maintenant, que la terreur qu'on veut nous inspirer aurait pour unique résultat de laisser dans l'impunité les fautes et les crimes de ceux-là mêmes dont la fonction est de défendre la patrie, et qui.

VEItS LA lUil'ARATlON 171>

sans reï^ponsabilité, sans contrôh;, en sont airivés i» perdre l'élémentaire conscience du devoir.

C'est dans l'intérêt de la patrie, précisément, dans l'intérêt de sa force défensive, dans l'intérêt de son renom et de sa dignité dans le monde, telles que la veulent ses traditions glorieuses, que le (Gouvernement de la République française doit, sans peidre une heure, se hâter de réagir contre le courant de folie qui entraîne nos partis de réaction au service. per fus et nefas de l'Kglise. Il n'y a qu'un remède à notre mal : la loi, le droit, la vérité. Kn dehors de cela, rien que la confusion dans la course à l'abîme. On nous a mis dans la nécessité de ne plus croire personne. Nous voulons voir. Que la revision tourne au profit ou à la confusion de Dreyfus, il n'importe. Il faut la vérité, toute la vérité pour tout le monde.

Radicaux ou modérés, ce que nos gouvernants doivent comprendre, c'est que le procès de revision ne peut plus être évité, et que l'opinion ne permettra pas qu'il soit une farce, comme d'autres procès que nous avons vus dans cette affaire. Ce qu'on exiee. ce qu on a le droit d obtenir, c est un jugement clair et honnête, cette fois, et, dans les circonstances présentes, nous n'avons pas d'autres garanties qu'un procès public.

Les gouvernements ont donné trop de preuves de leur consentement h la condamnation d'innocents, comme de leur désir d'innocenter à tout prix des. coupables, pour être encore admis au bénéfice de lu confiance aveugle. Assez de mystères à l'usao-e des faussaires complices du traître Esterhazy! Assez de mensonges ! Il est temps de savoir où s'arrêtent les complicités criminelles, pour refaire une France officielle en qui le Peuple français puisse croire. La vérité au grand jour. La revision à ciel ouvert.

14 septembre 1898.

18U VEHS I.A HKPAlîAI ION

Le Devoir de Brisson.

Quelque peine qu'on se donne pour obscurcir les choses et déconcerter les esprits, la crise actuelle ne peut pas aboutir autrement qu'à la levision dans les formes de la loi, avec toutes les pièces et tous les témoignages au grand jour. Que AI. Zurlinden soit ou non Alinistre de la Guerre, cela ne peut intéresser que lui-même. 11 n\i pas encore révélé un tel génie que nous ayons le sentiment d'une perte pour la patrie quand il rentre dans le rang.

Vous souvient-il de Boisdeffre au procès Zola? Si le jury ne condamnait pas l'auteur de « J'accuse... », le chef d'Etat-lNIajor nous menaçait de nous planter là. Quelle afiaire! Voyez-vous la France, disait-on, sans le successeur de Miribel, sans riionime qui a signé la convention militaire avec la RussiePEtc'étaient des bras levés au ciel. Et c'étaient des roulements d'yeux patriotiques. Le jury la-dessus condamna Zola d'entrain, trop heureux d'échapper ii la boucherie prédite parles élèves de Sedan. Nous étions sauvés, et nos maîtres jouissaient en toute paix des douceurs du pouvoir, sans se troubler d'un homme condamné nu bagne en violation des lois, quand, du jour au lendemain, Boisdeffre, condamné par le faux de Henry, est obligé de partir. L'admirable, c'est que personne ne fit un geste pour le retenir, hors Cavaignac, non moins compromis que lui par la même aventure, et oblioé lui-même de se démettre à sou tour. Boisdeflre

VEIIS LA REPARATION 181

était parti, et la France subsistait. Merveille! Il est vrai qu'il nous avait légué son ancien sous-chef d'Etat- Major pour continuer toutes les traditions condamnées. C'est ainsi qu'en France tous les gens (jui s'en vont demeurent.

De même Zurlinden, qui n'est resté ministre jusqu'à samedi que pour permettre à Félix Faure de parader à la revue, car si le ridicule Elyséen ne peut avoir le panache sur la tète, il veut au moins l'avoir ii ses côtés. Zurlinden s'en ira et la France pensera : « Tant mieux ». Un autre Zurlinden viendra, et la France pensera « Tant pis ». A moins que, cette fois, M. Brisson soit décidé à ne pas se laisser imposer de généraux par Félix Faure, et comprenne que la suprématie du pouvoir civil dont il a fait son programme lui impose, dans les circonstances présentes, de prendre lui-même le portefeuille de la Guerre.

Il y aura des criailleries, j'en conviens, et l'Etat- Major aux abois jettera feu et flammes. Mais quelle est, devant le pays, l'autorité de gens qui ont couvert jusqu'au bout les faussaires, même après les faux pul)liquement reconnus? Rappelez-vous le fameux mot de Gonse, au procès Zola : « Je réponds ch Henry comme de moi-même . » Quand on a proféré de telles paroles, et quand, après le crime découvert, tous les gens qui vous ont soutenu s'empressent à la glorification du faussaire, on a perdu tout crédit sur l'opinion publique, et le moindre châtiment qu'on puisse encourir c'est d'être à jamais disqualifié.

Que M. 'Brisson entre donc le front haut au Ministère de la Guerre, et qu'il parle en chef de Gouvernement, et qu'il parle en homme qui a pu se tromper, qui a pu pécher par faiblesse de caractère, mais qui n'admettra jamais, devant le monde civilisé, qu'on ait la prétention de servir la France par des faux. Qu il parle, et la France l'entendra, et l'Europe ne lui marchandera pas le respect. Qu'il dise ces simples mots : « J'apporte la Justice. Je suis la Vérité. » Et tous les fous se tairont, et tous les criminels baisse-

182 VEHS LA RÉPARATIOX

ront la tête. 11 annoncera la revision et montrera que, Dreyfus innocent ou coupable, il n'y a pas d'autre issue à l'efFrovable crise de nerfs qui nous déchire. Il proclamera que toute revision est menteuse, que toute revision n'est qu'une aggravation de la cri.s\s, si elle ne se fait pas à ciel ouvert. Et, à ce propos, je lui soumets ce raisonnement d'un de nos lecteurs qui s« dit un simple ouvrier : « Vous croyez Dreyfus coupable? S'il est acquitté à huis clos, rien ne pourra vous décider à croire qu'il est innocent. Vous croyez Dreyfus innocent? Rien, s'il est condamné à huis clos, ne pourra vous décider à croire qu'il est coupable. » Donc, pas d'autre moyen de sortir de l'inextricable embarras que la vérité dans la pleine lumière, sous les yeux de tout le monde.

Ceci dit, ceci prouvé, il faudra agir. Ce sera le moment psychologique où Hamlet philosophe au lieu de faire. Brisson devra franchir le pas, et procéder, d'une résolution immuable, a l'action. Il n'est pas question de représailles, de vengeance, de victoire dun parti sur l'autre. Le programme est heureusement plus noble et plus beau. Il s'agit tout simplement de rendre la France à elle-même et, pour cela, de la délivrer d'une coterie galonnée qui prétend s'exempter de tout contrôle, et faû^e marcher le pays, comme disait Baragnon, par tous les moyens qu'il lui plaît, i commencer par les plus condamnables. Il faut punii' les coupables, il faut réprimer le crime. Il faut surtout et d abord que l'innocent se sente en sûreté. Pour cela, on ne demande rien que la justice de la loi, la justice de la loi égale pour tous

Cela, hélas! est une nouveauté dans e temps où nous vivons, et il faut du courage, non pas pour dire qu'on veut remettre la justice en honneur, mais pour le faire. Parce que Esterhazv a été chassé de l'armée (avec une pension de deux mille francs k la charge des contribuables, pour récompense de sa trahison), parce que Henrv a avoué pour se réfugier dans la mort, parce que du Paty de Clam, que Cavaignac

VERS LA nÉPAHATION IS.'i

voulait sauver, vient d'être frappé h son tour, parce que Boisdeffre et Cavaignac ont dû se retirer, parce que Lauth au premier jour recevra le châtiment mérité, il semble que tout soit dit, et que la revisiou n'ait plus qu'une valeur de simple formalité.

S'il en était ainsi, la résistance ne serait pas si désespérée. Au-dessus de Dreyiust, qui ne représente qu'un cas particulier, il y a la lutte pour la possession de la France. Les hommes qui ont reçu de l^urs maîtres la tradition des grandes capitulations de la guerre franco-allemande, et se sont délicieusement baignés, au retour, dans le sang de leurs concitoyens, sont tout prêts à recommencer le cycle épouvantable. Ce qui leur fait horreur, c'est que la France ait la prétention de s'appartenir, c'est qu'elle cesse d'être leur chose. Il parait que nous ne nous sommes débarrassés de nos rois et de leur noblesse, unie à l'étranger contre la France il y a un siècle à peine, que pour retomber sous le joug d'une inepte caste militaire, ne connaissant ni loi ni frein, fabriquée tout exprès à notre usage par les bons Pères. Eh bien! cela ne sera plus. Il ne faut plus que cela soit, Brisson, car vous voilà placé à une heure de l'histoire où il dépend de vous de changer cette destinée.

Pour cela, nul ne vous demande de persécution, de tyrannie contre qui que ce soit de vos concitoyens. Il n'est besoinque de fairela justice, la justice toutentière. Ce qu'on attend de vous, en France comme dans tous les pays de civilisation, c'est de châtier les criminels suivant la loi, non plus par des peines dérisoires, c'est, tout au moins, de révéler au pays toute l'étendue du mal par l'impartial exposé de tous les méfaits qui nous ont mis au bord de l'abîme ; c'est de condamner ou d'acquitter Dreyfus selon les mérites de son cas, c'est de ne pas permettre que l'héroïque Picquart soit frappé pour être noblement resté fidèle à son devoir, pour avoir bien servi la France, pour être resté, à travers toutes les ignominies assaillantes, le soldat du devoir et de la vérité. Tous ceux qui se levaient contre

184 VERS LA KliPARATION

lui ont dôjh senti les premières atteintes de la justice immanente. Henry mort (sur l'aveu de qui aucune instruction n'est ouverte encore), Esterhazy, du Paty de Clam renvoyés de l'armée, de Pellieux offrant sa démission, Lauth expulsé de TEtat-Major en attendant lenquète sur les fausses photographies, Gouse accablé sous le poids de sa déposition au procès Zola,

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés.

Seul, Picquart, en butte à la haine mortelle de ces hommes dont il dénonçait les crimes, outragé, frappé par eux, est resté debout. Oui, debout, sous les verrous de Cavaiguac et de Brisson, et il vient de se rencontrer des (.(.juges » (!) pour lui refuser jusqu'à la liberté provisoire en attendant le procès. Brisson, puisque vous êtes en voie de vous reprendre, vous ne voudrez pas vous joindre h tous ces criminels pour porter le dernier coup à l'homme qui est 1 honneur de sa patrie.

i5 septembre 1898.

Les faux juges.

L'incohérence, l'ataxie mentale des hommes qui nous gouvernent, paraissent être arrivées au point où elles ne peuvent plus croître. La folie qui s'est emparée de tous ces gens consiste à croire qu'ils sont juges de Dreyfus.

Mercier a voulu juger pour le conseil de guerre. On sait comment il aboutit à la criminelle violation de la loi dont il n'a pas encore eu le courage de demander lui-même réparation. La justice l'altend. Il ne paraîtra pas toujours légitime aux pouvoirs publics de frapper l'innocence et de soustraire le crinje au châtiment des lois.

Après lui, Billot, qui se fit juge à son tour, avec Méline. Billot mentait, c'était plus simple. Il donnait sa parole que Dreyfus avait été légalement condamné, sachant que ce n'était pas vrai. Il donnait sa parole que Dreyfus avait été justement condamné, et basait sa prétendue conviction sur les faux de Henry, et sur d'autres pièces de même valeur, qui ne peuvent avoir d'efficacité judiciaire aussi longtemps que l'homme qu'elles accusent n'aura pas été admis à y répondre. Le cas Méline est peut-être plus grave encore. L'ambassadeur d'Italie avait averti Hanotaux que les pièces fournies par Henry étaient fausses. Il avait engagé sa parole d'honneur et celle de son roi. M. Hanotaux avait donné sa parole de ne pas s'en servir. Et Méline, qui savait cela, s'en servit. Il s'en servit a la Cour d'assises, comme M. Cavaignac, que nous devons croire également renseigné, s'en servit plus tard à la Chambre.

M. Méline, je le sais, prétend que le général de Pellieux a parlé sans autorisation. Si cela est vrai, comment se fait-il qu'il n'ait pas été arrêté sur l'heure, ayant livré au public des pièces secrètes dont il n'avait pas le droit de disposer? Comment se fait-il que Picquart soit poursuivi pour avoir dit la vérité, et Pellieux protégé contre la loi pour avoir propagé le mensonge.' Comment se fait-il que ^I. de BoisdefFre, qui savait que les pièces étaient arguées de faux, ait confirmé le dire de son subordonné, au lieu de le démentir? Comment se fait-il que M. Cavaignac, mis au courant des choses par M. de Boisdeffre, ait osé affirmer aux Chambres l'authenticité de documents dont la qualité lui était connue? On sait que ^1. Hanotaux, invité à démentir

186 VERS LA RÉPAUATION

les allégations du Corriere di NapoH résultant des confidences de M. Tornîelli, n'a pas pu le. faire. Et, comme pour mieux prouver leur mauvaise foi, on a vu les porte-parole autorisés de l'ancien Ministère chercher il faire croire que le démenti de M. Brisson, relativement à une prétendue démarche de M. de Munster, s'appli([uait à l'affaire Tornielli-IIanotaux. La vérité a été rétablie, et le mensonge du gouvernement Méline- Billot s'est compliqué seulement d'un nouveau mensonge. Nous ne sommes plus h les compter. Voilà comment ont jugé des politiques s'arrogeant, en violation des lois, le pouvoir judiciaire. Ils ont voulu frapper illégalement, de nouveau, l'homme déjà illégalement condamné, ils n'ont abouti qu'à se frapper eux-mêmes.

On aurait pu croire que l'exemple servirait de leçon. Tout au contraire. Cavaignac n'eût pas plutôt remplacé Billot qu'il voulut juger à son tour. Comme député de l'opposition, il s'était déjà brillamment exercé à ce métier, pour lequel il ne lui manquait que le droit, sans parler des aptitudes. Aussitôt ministre, il chaussa des besicles fumées pour y voir clair, et se mit à juger comme un sourd. On sait le résultat : trois faux donnés pour « pièces irréfutables^ » malgré les avertissements venus de toutes parts. Il y avait sans doute l'unanimité de la Chambre pour confirmer le dire du ministre, et l'obligation pour les citoyens de lire les affiches mensongères. Mais ce n'est pas assez pour qu'un faux devienne vérité. Le plus beau de l'affaire, c'est que la confiance de Cavaignac en lui-même n'en fut pas un instant entamée. Il avait jugé à l'envers, il fallait qu'il jugeât encore, et, si on l'avait laissé faire, il proposait de nous servir le même jugement irréfutable sur d'autres pièces qui se seraient trouvées authentiques ou fausses, au hasard.

Enfin on se débarrassa de ce faux juge, et tout le monde crut qu'on allait rentrer dans le bon sens, qui est de régler tout simplement l'affaire Dreyfus conformément aux prescriptions de la loi. Pas du tout. On

s'obstine plus que jamais dans le système de Mercier, (jui était celui de Billot, qui était celui de Cavaignac. Zurlinden, que le faible Brisson se laisse imposer par Félix Faure, se mit à juger sans délai, avec l'aide des Roger, des Cuignet, qui avaient si remarquablement servi les jugements de Cavaignac. Est-il besoin de dire (ju'il jugea tout comme M. Cavaignac avait jugé, sur pièces lausses? Cela ne pouvait être autrement, puisque les faussaires ont bourré le dossier de leurs documents fabriqués. Brisson, cette fois, trouva que c'était trop.

Mais voici que devant lui se dresse le honteux Félix Faure, qui a dit au docteur Gibert, du Havre, que Dreyfus avait été condamné en violation des lois, mais qui veut que « le Juif » reste au bagne, parce que ceux qui entendent que cela soit ainsi le menacent de raconter des histoires déplaisantes sur la façon dont l'ancien Ministre de la Marine organisa les transports de Madagascar, sans parler d'autres révélations non moins fâcheuses. Félix Faure donc, violant la Constitution, après avoir violé la loi, prend parti pour Zurlinden contre son propre Gouvernement, au mépris de tous ses devoirs. Et qu'estce qu'imagine Brisson, pour résister? Après Zurlinden, de faire Sarrien juge. Et voilà Sarrien occupé à juger Dreyfus, avec le secours de Zurlinden, qui tient lui-même ses lumières du cabinet Cavaignac.

Quel malheur que tous ces gens soient simplement en dehors de la raison et de la loi! Ni Mercier, ni Billot, ni Méline, ni Cavaignac, ni Roget, ni Cuignet, ni Zurlinden, ni Sarrien, ni Brisson ne sont juges. Leur opinion sur l'innocence ou la culpabilité de Dreyfus ne vaut pas plus que celle de quiconque, en dehors des pouvoirs judiciaires établis par la loi. Je sais qu'ils ont, pour les encourager dans cette voie, l'exemple de toute la horde césarienne et antisémite qui, chaque matin, juge Dreyfus et le condamne à priori sur ce fait capital qu'il appartient à la même race que Jésus. C'est aussi l'opinion de Boisdeffre, de Pellieux, de Gonse,

188 VEliS LA llKl'AHATION

de Ilenrv, de Lauth, de du Paty de Clam, et même du lampiste Gribelin. Mais, considérant (jue la plupart de ces hommes basaient leur avis sur des laux, que deux d'entre eux au moins avaient labriqués tout exprès, leur autorité s'en trouve diminuée. Quelquesuns sont hors de combat. Les autres le seront bientôt. Il est difficile, dans ces conditions, de proposer à la France, comme on l'avait fait jusqu'ici, de se ranger derrière eux.

Alors, où sont nos guides? Je ne comprends même pas que la question se pose. Je ne vois que la loi, la vérité. Que les juges jugent : c'est là tout le nœud de lalTaire. Il n'y a pas d'autre difficulté. Zurlinden (lui, militaire) a frappé du Paty de Clam que le ministre, prétendu civil, Cavaignac, s'entêtait h sauver. Est-ce pour ses faux? Le châtiment est aussi incompréhensible que les arrêts simples avec rasoir pour Henry. Est-ce pour d'autres méfaits? On ne nous le dit pas. Or, il est grand temps pour nous de savoir. Car nous voyons clairement que toutes ces obscurités, tous ces mensonges pour couvrir les grands complices et tromper les Français, mènent la France à l'abimc. La punition — si ridicule qu'elle soit — de du Paty de Clam achève de ruiner officiellement le procès Dreyfus, dont ce faussaire fut le principal metteur en œuvre, comme l'a crié Zola. Henry s'est fait justice. Que reste-t-il de sa déposition contre Dreylus, contre Picquart ? Il prétendait qu'un agent secret lui avait révélé la trahison de Dreyfus, et refusa de nommer son agent. Et l'allégation du faussaire fut tenue pour preuve. Il osa dire à Picquart : « Vous avez menti », et il a dû reconnaître que c'était lui le menteur. Il restait du Paty de Clam, que nous avons vu faussaire à son tour. Et Zurlinden est obligé de détruire officiellement le témoisnao-e de cet homme à son tour,

O Cl , ,

au risque de montrer que M. Cavaignac n a pas rempli son devoir.

Alors, il apparaît que l'heure de la justice est venue, de la justice selon la loi, la seule qui compte.

Nous savons que les demi-châtiments n'ont pour but que de couvrir les criminels, qu'ils soient traîtres comme Esterhazy (toujours décoré!) ou faussaires comme du Patv, également légionnaire de l'honneur. Nous demandons, nous exigeons la loi, toute la loi.

Dreyfus a été jugé illégalemeqt. Cela peut être prouvé en une demi-heure. Si le Gouvernement n'admet pas ce cas d'annulation, c'est qu'il veut sauver Mercier, le premier criminel, dont le grand complice, après coup, fut Félix Faure. Les faux Henry, les faux du Paty de Clam, sont des ((faits noii\>eaux » peutêtre. Brisson, qui, faute de ferme cœur, recourt à ce système de revision, sait qu'en ce cas c'est à la Cour de cassation seule â se faire une opinion sur le dossier. Et, là-dessus, il admet que Zurlinden juge d'après les aides-juges de Cavaignac. et que Sarrien juge avec Zurlinden pour guide. C'en est trop. Il faut en finir. Car ce jésuitisme militaire et laïque menace de discréditer à jamais la France. Avec les faux documents, nous n'avons encore vu, dans cette affaire, que de faux juges. Nous ne réclamons rien que des preuves authentiques et des juges : mais des vrais, des juges cherchant, par la légalité, la justice.

16 septembre 1898.

LU

Monsieur Félix.

Cette fois, M. Félix Faure est en scène, et c'est lui-même qui s'y met. Des naïfs jusqu'à présent trou-

190 VEUS LA HÉPAHATION

valent incompréhensible qu'il n'intervînt pas pour rappeler juges, soldats, ministres au respect.de la loi. C'était mal le connaître. Une telle idée ne lui vint jamais. 11 savait que la loi avait été violée dansl'afTaire Dreyfus, et il avait si peu conscience des responsabilités encourues pour ce crime qu'il l'avouait dans le particulier, entre deux bouflées de cigare.

Quand la question iut soulevée, sa pauvre cervelle boultie de vanité bourgeoise n'eut de place que pour une pensée : il faut venir au secours des violateurs de la loi. Ainsi, grâce à lui, fut déchaînée la crise mortelle qui n'a d'analogie dans l'histoire d'aucun peuple de la terre. Le représentant suprême de l'ordre légal en France devint le centre de résistance à la légalité. Son inintelligence naturelle,aggravéepar la terreur de certaines révélations dont on le menaçait du côté de la Boulange antisémite, lui fit trouver la chose toute simple. Seulement, comme tout sentiment de droiture lui est étranger, comme le ridicule mélange de snobisme et de fausse bonhomie qui le caractérise est d'un fourbe assez bas, il laissa croire à ses propres ministres qu'il demeurait neutre et se contenta de soutenir sous main les mensonges d'un Billot.

La démarche de l'ambassadeur Tornielli auprès d'Hanotaux pour dénoncer le faux de Henry lui parut sans doute la chose la plus ridicule du monde. Un faux, après tout, ce n'est qu'un mensonge écrit. Comment s'émouvoir d'une pareille misère, quand, pour défendre la violation des lois, on se condamne à vivre de mensonges? Un faux pour prouver — à deux ans de la condamnation — la culpabilité de Dreyfus, quelle importance à cela, je vous prie, puisqu'on a lait, du premier coup, mieux encore en condamnant Dreyfus illégalement et sans preuves?

C'est en vertu de ce beau raisonnement que le général de Pellieux et le général de BoisdefFre furent autorisés à verser le faux au procès Zola. On a prétendu que c'était une frasque de Pellieux. Nouveau mensonge. Quand on poursuit Picquart, qui n'a fait

VEItS LA RÉPARATION 191

aucune révélation nuisible aux intérêts de la patrie, on n'eût pas hésité à poursuivre Pellieux, qui, en arrachant un arrêt au jury par le moyen d'un iaux, avait discrédité pour longtemps dans le monde et l'Etat-Major et le Gouvernement de M. Félix Faure. Pellieux a violé le secret par ordre : voilà ce que prouve son impunité. D'ailleurs, ce secret, il n'avait pas le droit de le connaître. Je dirai, l'un de ces jours, comment il fut révélé pour venir au secours de la trahison.

Mais si l'on a tâché d'ergoter misérablement sur la déposition de Pellieux, il a fallu se taire sur la démarche de l'ambassadeur d'Italie. Méline, Hanotaux, Billot, mis au défi de nier, ont gardé le silence. Qui peut douter que Félix Faure fut le premier à apprendre d'eux qu'il y avait dans le dossier au moins trois pièces fausses .'Pour passer outre, pour oser produire des documents fabriqués au jury et plus tard à la Chambre, comme une épreuve irréfutable )>, il fallut, outre une audace peu commune, l'assurance de n'être pas désavoué par le « grand patron » de tous les Ministères. Celui-ci dut promettre la complicité de son silence aux complices des faussaires, et même il tint parole, chose rare. Sans lui, sans ses encouragements, sans ses promesses, rien n'était possible. Par lui le crime fut aisé, les criminels se croyant certains d'être absous.

Seulement il arriva ce que nul n'avait prévu. Henry, poussé sottement à bout, avoua : les preuves du faux — l'eùt-on jamais pensé? — crevant les yeux de M. Cavaicrnac lui-même. Dès lors on vit s'effondrer

tout l'échafaudage de mensonges si laborieusement construit par M. Félix Faure, Président de la République française. Tout s'effondra. Mais lui, Félix Faure, resta debout, et, en homme sur de son lendemain, il reprit « le travail » en sous-œuvre. Ah ! ce fut un beau coup d'imposer le général Zurlinden à Brisson, assez simple pour ne pas demander ses sûretés, d'abord. Un maitre-tour de cafard pour désorganiser

le ^Ministère en acle de revision, jeter Brisson à bas et se donner la chance d'un cabinet de complices, pris au hasard des sous-Billot et des sous-Méline qui pullulent. Brisson d'abord faiblit. Nous ne le savons que trop. L'arrestation de Picquart. pour avoir dit vrai, lut une infamie, et, s'il est condamné, ce sera l'éternel déshonneur de ceux qui auront trempé dans cette honte. Brisson, pourtant, finit par ouvrir les yeux, et la fourberie de Félix Faure fut tout h coup démasquée. Car la revision que Brisson a résolu de faire, c'est la revision au grand jour, dont les intéressés, pour raisons trop connues, ne veulent à aucun prix; au premier rang, Sa Majesté Félix, effaré de la vérité venue, comme les bêtes de nuit devant le soleil.

Zurlinden évincé, il n'y avait plus personne pour soutenir M. Félix dans le Ministère. On a bien parlé de Lockroy, mais ce serait si drôle que je ïi'ose le croire. En tout cas, ce n'est pas celui-là qui risquera jamais un de ses cheveux pour une opinion quelconque. Félix Faure donc, fut dans l'obligation, pour défendre sa royauté, de combattre ses ministres, lui irresponsable, en vue de leur imposer la sauvegarde du mensonge. Il parla, mais, Brisson et les autres sachant désormais à quoi s'en tenir, cette éloquence fut perdue. Il paraît que la journée d'aujourd'hui consacrera le triomphe delà loi, de la justice, de la vérité sur le Président qui a pris position contre la loi, contre la justice, contre la vérité.

Félix ne le sait que trop bien, et sent le châtiment venir. Alors, il appelle à lui tous les hauts et bas ouvriers des œuvres de l'Etat-Major. Arthur Meyer accourt avec sa juiverie cvnique, prête à tout faire, et nous avons laynote élyséenne du Gaulois. On nous apprend que ^élix ne connaissait pas le dossier. En ce cas, pourquoi disait-il au docteur Gibert que Dreyfus avait été condamné illégalement? Mais « le cœur cocardier » du Président (Arthur Meyer mettant sa cocarde à Félix! Tableau) a été remué par les explications de Zurlinden, qu'il avait préalablement eu la

VEUS LA RÉPAUATIOX 193

précaution de jeter lui-même dans les jambes de Brisson. Le Président, « que ses hautes fonctions mettent presque tous les jours en relation avec les ambassadeurs des puissances » (surtout quand, après leurs révélations, il incita ses ministres à se porter garants de l'authenticité des faux), se rendit compte de l'impression que produirait la revision à l'étranger. (Tiens! je croyais que nous n'avions pas le droit de nous servir de cet argument dans ces débats, surtout depuis que M. Cavaignac avait triomphalement découvert que nous étions maîtres chez nous). Mais les méchants « politiciens » (oh! ce mot dans la bouche d'Arthur ^Nleyer!) sont contre Félix Faure, qui n'est pas un politicien, lui, oh! non. Que va-t-il faire? Arthur Meyer veut bien nous rassurer. // ne tentera pas un coup d'Etat. Merci, mon Dieu! J'ai vraiment cru que les petits Berge allaient me faire prêter serment de fidélité !

Sachez-le, Félix Faure s'en ira, tout simplement. « Il montera à cheval pour aller à la revue », « il ne montera pas à cheval comme Boulanger, pour en r' venir ». S il fait chaud, en effet, il fera mieux de prendre le bateau-mouche. 11 y a justement un arrêt à Charenton. En tout cas, je ne saurais trop l'engager à nous laisser son adresse. Quand le règne des lois sera rétabli, il se peut que des explications soient requises de lui par le juge d'instruction Bertulus. Au revoir, Président.

11 septembre 1898.

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