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LE PELERINAGE DE TERRE-SAINTE

Le 23 mars, 1909.

c'est aujourd'hui le grand jour du départ

nte. À huit heures, le gros

bourdon de Notre-Dame de la Garde nous appelle

‘à la montagne, qu’il faut gravir, en partie par as-

censeur et en partie à pied, montant une succession

d’escaliers qui brise les meilleurs souffles et paralyse les meilleures jambes.

Mgr l'Évêque d’Albano célèbre la Messe du départ dans cette Superbe basilique de la Vierge de la Garde, de la douce Gardienne des voyageurs sur mer, et il appelle la Protection du ciel et celle de Marie sur tous ces pèlerins, qui, dans un même élan de piété, vont aux Saints-Lieux . s'inspirer d'amour pour Notre-Seigneur, en foulant de leurs pieds le sol que Jésus-Christ a foulé lui-même de ses pieds sacrés.

Le Rév. Père Bailly, supérieur des Assomp-

tionnistes, qui préside ce XXXVIIe pèlerinage, fait la bénédiction des insignes que chacun portera fièrement sur sa poitrine: Croix rouge portant l’inscription Servire Domino regnare est.

Du haut de la tour qui domine la forteresse construite par les soins de François I, en 1515, apparaît l’ostensoir d’or portant la sainte Hostie, et l'évêque bénit l’ «Etoile », mouillée au port, pendant que le canon gronde et que la foule tout émue chante le cantique sj connu des marins:

Brillante Étoile, Reine des flots, Guide la voile

Des matelots.

Dès que nous fûmes à bord, une procession s’organisa sur le bateau. C’est Mgr Racicot, auxiliaire de Montréal, qui bénit la grande croix de pénitence placée à l'avant du navire et il fait une vibrante allocution sur le mystère de la rédemption.

A une heure, on lève l'ancre. Tous les pèlerins réunis sur le pont chantent l’Ave Maris stella, tournés vers Notre-Dame de la Garde pendant que les cloches de la Turris beat Mariæ de Gardia saluent à toute volée notre heureux départ.

Nous filons vite et bientôt nous sommes en mer. Le mistral souffle plus que généreusement... au premier repas les trois quarts des gens n’ont pu

achever de déjeuner. Tant qu’à nous, nous avons le pied marin et le cœur fait à toute épreuve; malgré la grosse vague, nous nous portons à merveille, tout étonné de voir nos amis se décider à avoir le mal de mer, si vite, et à si peu de frais.

D’après la liste provisoire des voyageurs que le Rév. Père Antonin Coggia vient de nous distribuer, nous sommes 210 pèlerins. à

C'est une vraie paroisse bien édifiante et bien unie; mais une paroisse de cathédrale, presque un petit diocèse. Il y a un évêque brésilien, Mgr Abbano da Frota: un évêque canadien, Mgr Zotique Racicot, avec un grand-vicaire acadien, Mgr Jean Hébert, du diocèse de Saint-Jean, N.-B.

Le chapitre du diocèse ambulant comprend des chanoines de Tours, de Tournai, de Bogota, de Plasencia et de Reims. Dans le clergé, il y a 45 prêtres : doyens, curés, vicaires, aumôniers, plus un diacre et deux minorés. La hiérarchie est donc au complet.

Les congrégations religieuses sont un élément nécessaire à l’Église: pour les hommes elles sont représentées par les Assomptionnistes, les Lazaristes, les Salésiens, les Capucins; et pour les femmes, par les Sœurs de Saint-Joseph de l'Apparition, les Religieuses de Marie Réparatrice, les Clarisses hospitalières et les Sœurs de Jésus au Temple. Il y a toutes les formes de la vie contemplative et de la vie active, du zèle et de la charité.

Les fidèles forment une noble élite de toutes les classes de la société: noblesse française, aristocratie belge, magistrature canadienne, littérature et beauxarts, ils sont venus de tous les pays.

La première journée se termine par la bénédiction du T. S. Sacrement. Nous avons le bonheur de posséder la sainte Réserve dans notre spacieuse chapelle de Notre-Dame du Salut. On nous annonce” que, juste au moment du départ de Marseille, une dépêche de Rome nous apportait la Bénédiction de Notre Saint-Père le Pape; alors, toute la foule se lève et entonne l'Oremus pro pontifice nostro Pio.

Par faveur spéciale de Rome, nous sommes dispensés complètement du carême, pouvant manger tous les jours pourvu que nous fassions quelques prières comme compensation. Les prêtres sont dispensés du bréviaire pourvu qu'ils récitent trois chapelets chaque jour. Ces dispenses deviennent nécessaires à cause des offices multipliés que nous avons en commun. Voici d’ailleurs le programme de chaque jour affiché à la porte de la chapelle, et c’est le bon petit frère Guy qui est chargé de l’annoncer. Il ne manque pas à sa tâche, vous le voyez passer fidèlement, en brandissant sa cloche, criant toujours: — Dans dix minutes... le chapelet médité à la chapelle!!

Pèlerinage de Pénitence.

Messes privées Messe du Pèlerinage Grand’messe solennelle Chapelet médité Chemin de la croix Conférence Bénédiction du T.S. Sacrement

C'est vous dire, Parents et amis, que, dans ce voyage religieux, la plus grande partie de notre temps est consacrée à la prière. Vous ne serez pas

oubliés.

Le 24 mars, 1909.

Nous passons vis-à-vis de Toulon où sont les forces navales de la France. Les bâtiments de guerre sont à faire les manœuvres et on jouit d’une canonnade en règle. Le navire cible — une grandeur dé- Chue — est à l'entrée de la rade; c’est l'ennemi, je suppose, et voilà qu’une grèle d’obus lui caresse les flancs. C’est un tintamarre d'enfer, un grondement effroyable qui nous fait penser aux scènes de l'annonce du jugement dernier.

Je vous ai déjà parlé de notre voyage de Naples à Marseille; cette fois, nous revenons de Marseille et nous passerons à Naples. En revenant sur nos pas, nous revoyons la Corse, l’île d’Elbe, etc., etc.,

avec cette différence, qu’en passant sur ces lieux, il nous est donné d’entendre une conférence sur l'île de Corse, et l’orateur sait agrémenter sa causeriepar des projections très intéressantes. Il nous fait voir, tour à tour, les églises, les paysages, des scènes de mœurs locales, sans oublier les statues du grand Napoléon qui l'a illustrée.

Vous allez croire que la vie est monotone sur cette mer Méditerranée où nous devons passer six jours. Il faut se détromper et croire à la bonne fortune que nous avons de rencontrer ici tout ce qu’il faut pour rendre la vie douce et agréable. D'abord, les nombreux exercices religieux de chaque jour nous font donner une grosse part au bon Dieu, le reste se passe en conversations intimes, en liaisons amicales. Chacun vante son pays. Les uns sont fiers des sites pittoresques et des panoramas de leur patrie; ils aiment leurs antiquités, leurs monuments, leurs peintures. Les autres exaltent leurs poètes, leurs littérateurs, enfin leurs hommes célèbres. Les: plus jeunes au soleil du monde se permettent de dire qu'à ces reliques poudreuses des siècles passés; qu’à ces masures sans élégance; qu'à ces vieilles tours : dénudées, on a substitué les beautés modernes, enfin ce qui flatte le coup d'œil.

Qui ne trouverait pas jolis nos cottages, nos villas de campagne, les fraîches maisonnettes de nos villages et les gentils kiosques qu’ombragent.

nos érables canadiens! Ces intérieurs joyeux semblent faire la vie heureuse!

Rien n'est si beau que son pays, Moi, je le chante à mes amis!

Le 25 mars, 1909.

Le jeudi 25 mars, fête de l'Annonciation de la sainte Vierge, est une fête de première classe. Les Canadiens et les Américains sont invités à faire les frais de la fête. Mgr Racicot officie pontificalement ayant pour prêtre-assistant Mgr Hébert. Les RR. L'Archevêque et Desrochers, Desjardins et

Coopman font respectivemer.. les diacres et sous- ‘diacres d'honneur et d'office. Le Rév. Geoffrion est maître de cérémonies. Figurez-vous une messe pontificale en pleine mer, avec tous les ornements voulus et dans une chapelle spacieuse et bien décorée! Voilà qui est rare. Entre les deux élévations, le canon du bord, de sa voix grave, annonce que le Dieu Tout-Puissant est sur l'autel. A lui toutes louanges et toute gloire! Cui omnis honor et gloria!

L’émotion a trahi Monseigneur :des larmes abon- ‘dantes coulaient sur ses joues et mouillaient ses ‘Mains au moment de la consécration !!.…..

Nous sommes à l'île Lipari, une des Plus importantes du groupe des Éoliennes. Stromboli qui se dessine dans le lointain, est le seul cratère du monde qui donne une éruption volcanique continue. Tout

le monde est sur le pont lorsque le Père Bailly nous dit que nous passerons tout près du volcan. Nous y voilà! Les bouches sont nombreuses sur le Stromboli ; contrairement au Vésuve qui vomit sa lave au sommet, celui-ci a sa bouche principale sur le versant. Une épaisse fumée, tantôt blanche, tantôt noire, tourbillonne sur cette montagne et rejette des pierres et des cendres qui descendent jusque dans l’eau.

Le Stromboli a son histoire profane et religieuse. La mythologie nous parle de Vulcain, le dieu du feu, vivant dans les entrailles de la terre et forgeant le sceptre de Neptune, dieu des eaux, en cet endroit.

Autrefois, comme aujourd’hui, les croisés se dirigeant vers la Palestine passaient . ici. Le feu du cratère leur donna l'idée du purgatoire et au retour on s’empressa d’avertir saint Odilon, abbé de Cluny, que les âmes souffrantes dans ce feu dévorant devaient être soulagées. Saint Odilon établit alors la fête du 2 novembre, qui se propagea dans l'univers entier. Au passagr on chante le De profundis et le Requiem aeternam pour les bonnes âmes.

La montagne est très escarpée, il est impossible de monter jusqu'en haut. On voit partout sur les penchants de nombreuses plantations de vignes qui nous donnent le fameux malvoisi, le vin le plus délicieux que l’on connaisse.

Le sémaphore du lier: échange des signaux et annonce en France que les pèlerins de l’« Étoile » se portent bien. Les cloches de la cathédrale de Stromboli sonnent à toute volée; la foule sur le péristyle envoie ses saluts et l’« Etoile » répond par son canon et ses drapeaux. On salue aussi la croix de Terre- Sainte qui fut plantée en 1897, sur la place de la Cathédrale, en souvenir d’une escale un peu forcée, dit le Père Bailly: Nous étions pris, on avait cru à des pirates venant dévaster l'île!... Les pèlerins leur laissèrent pour rançon la croix de Jérusalem que voilà! O crux ave spes unica!

Après le repas du soir, nous entrons dans le détroit de Messine. Il fait sombre! la nuit couvre de son voile les plages désolées de Reggio et de Messine. Un sentiment de tristesse profonde s'empare des pèlerins, mais la douleur vient à son comble quand le Père Supérieur s'écrie avec un accent rempli d'angoisse: mettons-nous à genoux, mes amis, la mort règne sur ces rivages d'Italie, <t dans une fosse commune, ayant pour monument des débris de pierres accumulées, 220,000 de nos : frères dorment ici le grand sommeil jusqu’à la résurrection. Prions pour ces milliers de victimes! En ce moment de solennelle réflexion, un sentiment de grande crainte s'empare de nous-mêmes et. on se demande si le détroit ne s'ouvrira pas pour nous engouffrer? Revenus un peu de notre terreur nous

perçons l'obscurité pour voir ce qui reste de ces villes superbes. Nous apercevons plusieurs feux électriques par-ci par-là: Nous passons sans trop de bruit, ne voulant pas réveiller la souffrance.

Nous devons revenir ici dans les premiers jours de mai et le navire, passant de jour, fera escale quelques heures, pour permettre aux pèlerins de bien examiner les ruines.

Le 26 mars, 1909.

F: Les pèlerins d'Amérique garderont longtemps le souvenir de la journée du 26 mars. Les Pères, comme par un privilège, leur permirent de fêter la patrie absente. Un menu spécial fut présenté au dîner de cérémonie. Des artistes à bord avaient

enjolivé la carte de fines décorations nationales L'inscription: © Canada, sois mes amours, sous les plis du drapeau canadien — Carillon-Sacré-Cœur — et du drapeau étoilé d'Amérique, faisait un très bel effet, si charmant, à la vérité, que tous les convives français nous les enlevèrent. A peine ai-je pu en conserver une, pour vous en donner un aperçu:

Menu du 26 mars — DINER —

Clam chowder à la Chicago.

Ragoût Racicot.

Poulettes canadiennes.

Jambon Evangéline.

Saratoga chips.

Rosted Lamb Dixie. Pois paysans.

Choux de chez-nous. Salade, laitue Ville-Marie. ep — DESSERTS — Pudding Montana. Pommes Saint-Laurent.

hi Fromage d'Oka.

Thé à l’eau d'érable. Trempette.

Champagne de la Mère-Patrie.

À la fin du dîner, le Rév. Joseph-A. L'Archevêque, curé de Cocagne, désigné par la petite famille d'Amérique, se lève et adresse quelques mots:

«Messieurs, nous sommes, depuis quatre jours,

agréablement bercés sur les flots paisibles de la Méditerranée. Pour ne pas perdre sa réputation de trattresse, elle pourrait bien nous montrer sa fureur avant longtemps! Peu importe, Courage! nous sommes s ous la surveillance de notre vaillant Capitaine, sous la direction spirituelle de notre vénéré et charmant Père Supérieur et de ses bons Religieux de L'Assomption. Il existe entre nous tous un Courant de hienveillante sympathie, et les témoignages affecteuux qu'on prodigue aux pèlerins de l'Amérique du Nord, qu’on les appelle Acadiens, Canadiens ou Américains, ces témoignages, dis-je, nous flattent beaucoup, Nous venons de bien loin, nous sommes des frères de là-bas, d’audelà de l'océan. Nous ne sommes pas étonnés au jourd’hui, qu'entre si proches parents, se voyant à de si

longs intervalles, il y si entre nous un courant si intime d'affection.

« Le menu canadien que nous venons de goûter, avec un assez bon appétit, je crois, mêlé à quelques gouttes du fin champagne de la mère-patrie, que nous allons déguster dans quelques instants, relieront davantage nos bonnes relations.

«Nous voulonsoffrirnotre témoignage de pstitete à tous nos amis du bord, quelle que soit leur nationalité, mais surtout aux personnes de première qui partagent le menu de chez-nous; du vrai pays canadien, de ce beau pays que nous vous avons chanté tant de fois depuis notre embarquement. Impossible de nous calmer, nous pourrions toujours chanter: O Canada, sois mon pays, sois mes amours! Nous voulons tous vous remercier de vos délicates attentions ; et je prierai Mgr Racicot, l'évêque auxiliaire de Montréal, de notre métropole commerciale du Canada, de notre centre religieux et chrétien de la Nouvelle-France, de vouloir bien dire, en notre nom, combien nous sommes heureux de notre rencontre dans ce pieux pèlerinage de Palestine, et combien nous apprécions les bons égards et les amabilités des bons Pères dans ce beau et intéressant voyage. »

Mgr Racicot, après quelques mots bien pensés et bien dits, lève son verre, et tout le monde, debout, après le chant national canadien, boit le champagne à la santé du Père Bailly.

Ca

——— ne mme

Le vénéré Père Supérieur reçoit nos vœux ; ils lui vont jusqu'au cœur: |

« Votre mère-patrie, chers Canadiens, dit-il, ne remplit plus son devoir de mère chrétienne : clle traîne dans la honte les enfants qu'elle devrait conduire à Dieu. Ne suivez pas le flot qui l’entraîne et, dans votre beau pays, la Nouvelle-France, celle qui conserve le dépôt chrétien de la France d'autrefois, aimez toujours le bon Dieu, votre Église et vos prêtres. »

M.le capitaine Grifflet fit un petit discours de fin Français; sa verve gauloise a un charme particulier.

Le 27 mars, 1909.

Le temps a bien changé pendant la nuit. Des figures pâles, ce matin... : Vous comprenez!... La mer est devenue furieuse et il est impossible de célébrer la sainte Messe, Hier Cinquante messes ont été dites à bord et aujourd’hui, à peine si on peut setenir à 8enoux à la chapelle, le temps du chapelet. Tristesse sur le pont: seulement quelques braves qui font la Promenade accoutumée: les autres gardent la cabine... Songent-ils à se faire ermites en approchant de la Thébaïde! Nous tenons bien, Mgr Hébert et moi. Nous pouvons vous donner une explication assez exacte du mal de mer, mais nous ne tenons pas à en faire la triste expérience, Notre compagnon de cabine, M. l'abbé Vigouroux, sulpicien, professeur d'écriture sainte au zrand séminaire de Nîmes, garde

le lit. Le pauvre malade s'excuse, avec mille regrets, de n'avoir plus rien à donner aux poissons! Notre ami, M. Médard Paquette, le plus joyeux de la bande, a perdu toute sa gaieté, toutes ses couleurs, une vraie figure de carème!! Les dames, et elles sont nombreuses, ont renoncé à la toilette pour le négligé, enfin c’est plus triste que gai, et il est bien temps de dire que quand il fait mauvais, il ne fait point beau!!

Nous passons vis-à-vis l’île de Crète. Les payens croyaient que là fut l'origine du monde; en tout cas, ce fut certainement le berceau du paganisme. Le PèreOlivier, dans sa conférence, attire notre attention sur le mont Ida que nous apercevons au même instant, et dont les hauteurs sont couvertes de-neige; c'est l’endroit où Jupiter fut élevé.

Jupiter, soustrait par sa mère aux férocités de Saturne, fut confié aux corybantes qui l’enlevèrent dans l’île de Crète. Il y fut nourri du lait de la chèvre Amalthée; plus tard il transforma cette chèvre en constellation et lui donna une place dans les cieux; une de ses cornes, qu'il donna aux nymphes qui avaient pris soin de son enfance, avait le don de produire toute sorte de biens; c’est ce que l’on a nommé la corne d'abondance.

Venons-en aux souvenirs religieux qui illustrent la vie de S. Paul et de S. Tite. Le proconsul de Crète ayant appris la prodigieuse naissance de Jésus-Christ ainsi que les miracles qu'il opérait à Jérusalem,

Re eue mm VERS LA TERRE-SAINTE 69

envoie Tite, son neveu, pour y être témoin oculaire des prodiges du Christ. Lorsque Tite eut vu, il crut, et il devint l’un des soixante-douze disciples de Notre- Seigneur. Les apôtres le consacrèrent évêque et il vint avec S. Paul dans sa propre patrie. Rutilius, le mari de sa sœur, les reçut avec dédain et il tournait en dérision les deux apôtres, mais lorsque son fils, mort, fut ressuscité par la puissance de Paul. Rutilius se convertit à la foi et reçut le baptême avec sa famille. Une église fut construite dans l'île et Tite fut institué archevêque de Crète et des îles adjacentes.

Il y a un verbe bien connu en ce pays: crétiser, qui veut dire mentir, car dans une épître de saint Paul, on y voit que les Crétois étaient semper mendaces. Cette île est maintenant musulniane.

Nous voyons à gauche du bateau l'île Cauda, ou l’île du naufrage de saint Paul. Le vaisseau qui ramenait le Saint, prisonnier, de Césarée, à sa prison de Rome, fut par les vents, impétueux jeté violemment sur les côtes de cette île.

Le 28 mars, 190 :.

Nous sommes au dimanche de la Passion. A neuf heures, nous avons la messe de l'équipage. Le commandant et ses seconds, en grande tenue, les uns portant à leur boutonnière la décoration de longs services, les autres portant médailles d'honneur, ainsi que tous les matelots en blouses bleues, sont

debout autour de l'autel. Mgr d’Albano officie pontific:lement et, à l'offertoire, Sa Grandeur fait un magnifique sermon tout exprès pour ces braves marins de l’« Etoile ». C'était un spectacle imposant. Je n'oublierai jamais l'impression que j'ai ressentie, lorsque, par ce groupe de braves marins, j'entendis chanter le cantique de la Vierge:

Astre propice au marin, Conduis ma barque au rivage,

Préserve-nous du naufrage, Blanche Étoile du matin.

Nous avons passé une belle journée: nous avons bien prié et nous nous sommes bien amusés. Demain, nous serons à Port-Saïd. Le bon Père Antonin — on ne mesure pas l'intelligence à la coudée — c’est un petit trapu qui conduit on ne peut plus habilement toutes les affaires du voyage, et, j'en suis sûr, à la satisfaction de tous les voyageurs, car tous l’aiment éperdument. On crie toujours et partout pour le Père Antonin, et le Père Antonin répond partout et toujours par une amabilité! Il vient de nous donner les renseignements voulus pour le débarquement : Le bateau faisant escale à Port-Said, nous serons débarqués par les baleinières sur le quai et de là nous irons un peu plus loin prendre le chemin de fer pour le Caire. Nous sommes près de l'Égypte, car nous sentons déjà un changement de climat. Il est huit

heures du soir et, quoique en mer, nous sommes chauffés à blanc sur le bateau. Nous préparons nos malles pour demain : tunique légère, gilet blanc, complet très mince, sans oublier nos grands chapea ux de toile blanche avec voile blanc et vert pour protéger notre cou contre les ardeurs d'un soleil qui fait fondre le plomb.

Que nous sommes loin de chez-nous, si loin... si loin que nos jumelles sont impuissantes à nous faire voir les côtes de Bouctouche, de Cocagne, de Grand'Digue et de Shédiac. Et nos amis, que fontils là-bas? Ils prient pour nous! Nous le savons bien, et nous le ressentons bien aussi, puisque, depuis notre départ, il y a déjà un mois et demi, nous avons

toujours été heureux dans nos voyages.

De Port-Saiïd, en Égypte, je vous envoie mes meilleurs saluts.

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