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LE CAIRE

Le 30 mars, 1909.

La journée du trente est absolument consacrée à la visite des monuments et des mosquées du Caire. On dit qu'il y en a près de deux cent cinquante de ces mosquées couronnées du croissant et dont les minarets s'élèvent comme une forêt de chênes. Rien n'est plus singulier que ces flèches à galeries d’où le meuzzin appelle les musulmans à la prière.

Avant d'entrer dans la mosquée d'El-Hassan on nous montre la fontaine des ablutions et on nous oblige à chausser des babouches — espèces de sandales orientales — ou du moins d’enlever nos souliers. Est-ce par respect pour leur lieu de prière? je ne le crois pas, car les musulmans mêmes n’ont rien d'édifiant dans leur tenue: ils gardent leurs tarbouchs comme ils nous prient de garder nous-mêmes nos couvre-chefs. C'est probablement pour préserver leurs beaux et riches tapis de Smyrne qui couvrent tout l'intérieur.

Au milieu, un simple sépulcre où repose le corps... et l'âme du Sultan El-Hassan. Une lourde chaîne, partant du haut de la coupole, où on a laissé une claire-voie pour y voir le ciel, retombe de quelques anneaux sur le tombeau du souverain turc.

C'est par cette chaîne que l'âme du défunt communique avec Mahomet!

La mosquée de Méhémet-Ali est la plus célèbre de la ville. On l'appelle la mosquée d’albâtre à cause de la richesse de ses murs et de ses colonnettes: elle est sur le modèle de 1a Sainte-Sophie de Constantin à Constantinople. L'intérieur est tout brillant de lustres d’or chargés de globules électriques. On nous montre la porte garnie de verrières, par où entre le Khédive quand il vient au service religieux.

Pendant que nous visitons la citadelle et que du haut des remparts on admire EJ -Qakirah, le Caire et ses environs; le Père Olivier, le cicerone du jour, nous dit l’histoire du mamelouk qui se jeta dans le vide avec son cheval, du haut de cette muraille de près de cent pieds. Le cheval se tue; mais le cavalier se sauve.

Ces mamelouks qui gouvernaient l'Égypte de- Puis le treizième siècle avaient déjà été battus par . Napoléon en 1798, à la bataille des pyramides. En 1811, Méhémet-Ali, fatigué de leur tyrannie, les invite à une fête à la citadelle. I] profite du moment où ils étaient entre les hautes murailles que nous Voyons, pour les massacrer. Dans cette impasse, tous furent tués: excepté le héros du Père Olivier.

La visite des bazars donne une excellente iée de la vie orientale. Vous entrez dars des ruelles étroites où la lumière vive et la chaleur ardente du

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