‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 19 sur 105 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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tours. Je succombe et j'achète, quel que soit le prix Ces fleurs décoreront mon autel à l'arbre de la Vierge. L'enfant me demande quinze sous, je croyais lui en devoir cinq fois plus. Avec deux francs, j'ai fait deux heureux: mon petit Égyptien qui est tout fier de sa bonne aubaine et moi-même qui me grise d'un parfum qui n'a point d'égal. Ces boutons épanouis d’aujourd’hui auront encore leur fraîcheur demain.

MATARIEH, HELIOPOLIS

Le 31 mars, 1909.

De grand matin, les pèlerins se mettent en route pour Matérieh et Héliopolis; c’est un parcours de septà huit milles. Il'n’est que quatre heures lorsque les premiers quittent la ville. Le long des trottoirs en ciment, sur les dallesÏdes fontaines publiques, on aperçoit des formes humaines enveloppées dans des couvertures; ce sont des voyageurs qui dorment à la belle étoile. Leurs chevreaux ruminent et leurs dromadaires}se reposent accroupis sous des chargements tels qu’on ne leur voit que la tête.

On file le long d'un boulevard bordé d'arbres rares et précieux, du moins au Canada, puisqu'on

en faittant de cas comme plante d'appartement ; ce sont des caoutchoucs (ru#bber plant) qui ont bien quinze à vingt pieds de hauteur. Des hibiscus, des bougainvilliers décorent de pourpre les jolis parterres, tandis que les roses de toutes les couleurs, jettent un parfum délicieux qui embaume la campagne.

Iouà! — Iouà! — crient nos cochers à leurs chevaux qui trottinent assez bien, et, sur la route poudreuse, nos quarante landaux soulèvent un nuage de poussière qui monte en tourbillor: blanc. au-dessus de nous, comme .la fameuse colonne de nuées qui accompagnait les Israélites dans le désert.

Sur la route nous échangeons des Zasida qui . mettent la note joyeuse. Les Égyptiennes s’étonnent de s'entendre saluer dans leur propre langage; elles s'étonnent peut-être plus de notre prononciation . Zaïida, naraksaide! Bonjour, les petites! !

Il s'agit, aujourd'hui, des souvenirs religieux de l'Égypte, surtout du voyage de la sainte Famille. Il faudrait partir de Bethléem et accompagner Jésus et les saints Époux dans leur voyage difficile. Combien de temps s'est-il écoulé depuis la naissance de Jésus jusqu'au départ pour l'exil? Il n'y a que des conjectures et des circonstances de lieu et de temps qui peuvent nous aider, car l'Evangile dit seulement: «Après qu'ils furent partis (les mages), un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit:

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Levez-vous, prenez l'Enfant et sa Mère, fuyez en Égypte et demeurez-y jusqu'à ce que je vous dise. » (S. Mathieu, 11, 13.)

Les mages étaient venus de Mésopotamie. Ces rois, accompagnés de leur suite et voyageant avec tout le faste des riches orientaux, n'étaient pas arrivés à Jérusalem sans faire quelque bruit. A la porte de la ville, ils avaient demandé où était né le Roi des Juifs! Cette question, portée à Hérode, le force à réunir les princes des prêtres; et après avoir consulté les Ecritures, on y voit qu’Il doit naître à Bethléem de Juda. Comme les mages ne revinrent pas, selon le désir de l’Ascolonite, il entra dans une grande fureur qui augmenta davantage lorsque les paroles prophétiques du vieillard Siméon retentirent dans le temple de Jérusalem, au jour où la Vierge Marie vint, selon la loi de Moïse, pour être purifiée et pour présenter son Enfant au Seigneur. L'édit est lancé et les enfants mâles qui n'avaient pas plus de deux ans devaient être égorgés. |

Il est bien probable que ce fut en ce temps-là, quelque temps après la purification de Marie, que la sainte Famille s'enfuit en Égypte.

Ce fut ici même, à Matarieh, un faubourg de la grande Héliopolis, déjà en décadence, que vint s’arrêter la sainte Famille. C'est à l'ombre de cet arbre, dont nous voyons le rejeton, que se sont reposés Jésus, Marie et Joseph; c'est à cette fontaine dont

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l'eau pure et fraîche nous arrive par les godets d'une noria, qu'ils se sont abreuvés.

Pleins de ces saintes considérations, nous élevons nos autels portatifs à l'intérieur de l'enclos, où est le vieux sycomore. Mes fleurs du Caire avaient fait de mon autel l'un des plus beaux, encore était-il adossé sur l'arbre même! Nous Célébrons en plein air le saint Sacrifice. C'est la messe de la Sainte-Famille que nous lisons! Quel bonheur! huit prêtres élèvent en même temps la sainte Hostie et le petit Jésus, Comme jadis, repose à l'ombre de l'arbre de Matarieh!!

Après le petit déjeuner pris sous la treille, nous allons à la chapelle de Ja Sainte-Famille. Elle est de Construction récente et desservie par les Jésuites. Le vénérable Père Julien, âgé de quatre-vingt-trois, ans en a la garde. Avant la bénédiction du T. S. Sacrement, le rere-Gardien nous donne des explications pleines d'intérêt sur cette Station: Cette chapelie est bâtie avec les Pierres des ruines d'Héliopolis, et à l'endroit où les croisés avaient élevé un petit sanctuaire en 1620.

Le jardin est la propriété du Khédive qui, comme ses prédécesseurs, à toujours pris un soin jaloux à conserver le précieux rejeton. Comme l'arbre n'a actuellement qu’un rameau vert, On craint qu'i vienne à sécher complètement. Matarieh et Héliopolis peuvent disparaître; mais le souvenir de Jésus,

de Marie et de Joseph restera toujours!

Inutile de chercher les obélisques de Hélivpolis : un seul, à demi enfoui, reste pour marquer l£ site de la célèbre ville payenne.

Rome a pour sa part un bon nombre de ces monolithes superbes.

Quelques pèlerins vont voir les ruines de Memphis et la statue colossale de Ramsès II, dormant depuis longtemps sous les palmiers géants de la ville. Je préfère aller au vieux Caire visiter la maison de 1: sainte Famille. Des auteurs ont dit qu’à Héliopalis, Joseph s'occupait à fabriquer des escabeaux et à tresser des corbeilles; Marie brodait des tapis et tous deux. avec beaucoup d'efforts, arrivaient à se procurer les ressources nécessaires pour acheter du pain et des fruits. Ils allèrent pour s'établir a Memphis, mais, repoussés, ils viennent habiter le vieux Caire, et on vénère ici leur sainte demeure.

Les Franciscains élevèrent une église sur les ruines d’une église très ancienne, construite sur la petite maison. Les coptes schismatiques se sont emparés de ce dernier sanctuaire et aujourd'hui,dans un intérieur délabré, ils célèbrent la messe selon leur rite. Le prêtre est à l'autel vêtu d'ornements dégoûtants et assisté d’un enfant de quatre à cinq ans qui partage avec lui la communion ; on balance des encensoirs où brûle un encens très parfumé.

De la maison de la sainte Famille il ne reste qu'une cave abandonnée.

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