JÉRUSALEM
Le 2 avril, 1909.
Notre première journée à Jérusalem fut marquée de deux belles céré s'organise à Notreau Saint La croix
a révolution, déploie la bannière blanche du Sacré-Cœur. C'est M. l’abbé Auguste Léger, un Français àla voix sympathique, qui entonne la prose si touchante du Stabat Mater pendant qu'en choeur tous les pèlerins continuent ce chant de la douleur. Sous les regards d’une foule indifférente de schismatiques, de juifs et de musulmans, une longue théorie de dames pieuses, de laiques croyants, de prêtres fervents accompagnés de deux évêques, défile en priant dans les ruelles sombres et sous les arceaux courbés de la ville sacrée. Ils s’en vont gravir le Calvaire et descendre ensuite au tombeau de Notre Seigneur.
Au passage de la procession M. Gueyraud,consul général de France, salue la croix et les pèlerins.
En allant sur le parvis de la Basilique on voit à la porte le révérend Père Custode et tous lesreligieux franciscains du Saint-Sépulcre. Ils nous reçoivent avec honneur et ils nous précèdent dans la Basilique après avoir entonné pour nous le Te Deum dela reconnaissance. A bien dire, en cette première: visite, où l'émotion nous gagne, nous voyons peu, mais nous goûtons beaucoup. Après avoir satisfait notre piété, il sera plus facile de s'arrêter aux détails de cette intéressante construction qui renferme tant de saints souvenirs. En attendant, et aujourd’hui surtout, prions beaucoup.
Nous pénétrons un à un dans le saint Édiculepour baiser la pierre froide du tombeau du Sauveur. Jen'’y fus que quelques instants, mais je portais dans mon coeur les voeux et les désirs de toute ma famille, de toute ma paroisse et de tous mes amis; en deux minutes j'avais nommé tous ceux qui me sont chers, et je sortis certain que Dieu m'avait compris.
L'après-midi, à deux heures, un vendredi, nous. nous rendons au palais de Pilate pôur faire le chemin de la croix sur la voie douloureuse, cellesuivie par Notre Seigneur lorsqu'il monta au Calvaire. Les prêtres portent sur leurs épaules la grosse et pesante croix que nous avions arborée sur l’ «Étoile », à Marseille. Pour satisfaire la piété de tous, les prêtres et les laïques se renouvellent souvent au port de la croix.
Je voudrais vous donner une description de cha- <une des quatorze stations du chemin de la croix, je ne ferais que vous dire ce que chacun de nous lit pieusement dans son recueil de prières, lorsqu'il fait les stations dans son église paroissiale. Disons seulement que les croix et les images n'existent pas. Tout en suivant la voix douloureuse, on s'arrête aux endroits où la tradition place les quatorze stations, depuis le prétoire jusqu’au sépulcre taillé dans le roc, où fut déposé le Corps inanimé de Jésus.
Ainsi, pour la première station, par une faveur ‘spéciale, il nous a été permis d'entrer dans la caserne turque où Pilate condamna le Christ. Cet endroit appartenant aux Grecs ne Porte aucun signe de sainteté et les gardes turcs, fusil au bras, semblent Peu soucieux de notre dévotion en ce lieu où ils sont les mäîtres. C'est fort empoignant d'entendre le religieux franciscain qui préside nous dire avec éloquence le crucifige ! qui a retenti ici, par la foule ameutée des Juifs, contre l’Innocent, et se répète <ncore quand l'impie veut voir disparaître Dieu pour être libre dans ses pensées et dans sa vie criminelles. Il veut pour luila joie, les plaisirs, l'indépendance: pour Jésus —Crucifige eum/—il veut la passion, la croix, le Golgotha.
Au jour même, où il n'est pas permis d'entrer dans la caserne, il suffit de s'approcher du mur qui cache l'enceinte Pour faire canoniquement la première station.
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On fait la huitième station, à la sortie de la porte judiciaire; c'est là que Jésus rencontra les femmes d'Israël. Après avoir traversé une voûte sombre, où l'atmosphère est lourde, l'air étouffant et chargé de poussières, nous arrivons à des ruines de fondati :: ‘e porte. trouvées dans les anciennes murailles. £, ce lieu on lisait de nouveau la sentence du Condamné, avant de le conduire à l'exécution, hors de la ville. Au moment de sortir de cette rue étroite, la procession du Vébi-Monçä, formée de 12,000 Russes se rendant au tombeau de Moise, à quelques lieues de Jérusalem, vint par une transversale nous barrer absolument le passage. La police turque fit des efforts impossibles pour nous trouver une issue. En attendant, nous chantions les cantiques de la Passion.
Les quatre dernières statinr .- font à l’intérieur de l’église du Saint-Sépulcre. . montant au Calvaire on trouve l'endroit où le Sauveur fut dépouillé de ses vêtements; il est marqué d’une mosaique en marbre en face de l'autel des Latins. C’est là que tous les jours se renouvelle le sacrifice non sanglant de la croix.
La douzième station, où Jésus-Christ fut crucifié, se fait sur le sommet du Golgotha. L’autel est aux Grecs et il n’est pas permis aux Latins d’ÿ célébrer; toutefois, tout le monde peut se prosterner, baiser le lieu où fut plantée la croix du Rédempteur des.
VERS LA TERRE-SAINTE 97 hommes, et toucher, à travers une petite ouverture, juste pour y passer le bras, le vrai rocher qui se fendit à la mort du Christ. Je le vois de mes yeux ë je le touche de mes mains, ce rocher muet, mais qui dit bien les merveilles de la rédemption. Je voudrais prier, je voudrais pleurer le cœur, au choc de si fortés impressions, arrête de palpiter.… et nous laisse dans une inertie qu'on ne saurait comprendre.
Pour la quatorzième Station il faut descendre le Calvaire, baiser en Passant la pierre de l’onction et se rendre en face de l’Édicule qui renferme le saint Tombeau. Après les dernières prières on fait trois fois le tour du saint Édicule avec la grosse croix sur
nos épaules, en chantant avec un enthousiasme qui touche au délire : Nous voulons Dieu ! Nous voulons Dieu ! ! Le cri de Dieu le veut des soldats de Pierre l’Ermite ne fut pas plus électrisant que notre
devise à nous :
Bénis, 6 tendre Mère,
Ce cri de notre foi, Nous voulons Dieu,c'est notre Père, Nous voulons Dieu, c'est notre Roi!
Le 3 avril, 1909.
Où vivait saint Joachin et sainte Anne etoù, dit- On, naquit la bienheureuse Vierge Marie, est élevée une magnifique église appelée l’église nationalede la France. Les Pères Blancs des Missions d'Afrique €n ont la garde au nom du gouvernement français.
Malgré sa haine sectaire contre l’Église, il tient encore à garder le protectorat sur les Lieux-Saints. Le consul général, représentant de la France, a droit ici à tous les honneurs que l’Église réserve aux rois et aux princes.
Nous avons la grand’messe solennelle célébrée par le vénérable M. LeRoux, curé doyen d'Aivreault, chef aumônier de cercles d'ouvriers et excellent écrivain. L'officiant se rend en chape à la porte de l'église pour presenter l’eau bénite à monsieur le Consul et le conduire, ainsi que sa suite, aux sièges d'honneur. Le consul baisera l'Évangile, recevra l'encens et le baiser de paix pendant la sainte messe.
Ce sont les étudiants du séminaire grec-catholique qui font les frais du chant et de la musique. Ils ont des voix admirables. Ce nt de futurs prêtres grecs qui, inspirés de la piété des vénérés Pères. Blancs, feront l'honneur de l’Église-unie.
En face de l’église de Sainte-Anne on trouve la piscine probatique où s’est opérée la guérison du paralytique.
«ll y a à Jérusalem, au-dessus de la probatique, une piscine appelée en hébreu Bethesda, ayant cinq portiques sous lesquels gisait une grande multitude de malades, d’aveugles, de boiteux, de paralytiques attendant le mouvement des eaux. Car un ange du Seigneur descendait en un certain temps dans. la piscine et l'eau s’agitait. Et celui qui le pre-
mier descendait dans la piscine, après Je mouvement de l'eau, était guéri, quelque maladie qu'il eût. Or, il y avait un homme qui était malade de- Puis trente-huit ans. Lorsque Jésus le vit couché et qu'il sut qu’il était malade depuis longtemps, il lui dit : Veux-tu être guéri? Le malade lui répondit : —Seigneur je n’ai Personne qui, lorsque l’eau est agitée, me jette dans la piscine, car, tandis que je viens, un autre descend avant moi. — Jésus lui dit : Lève-toi, prends ton grabat et marche, — Et aussitôt cet homme fut guéri, il prit son grabat et il marchait.» (S. Jean, V, 1-15.)
Des fouilles ont été faites en ce lieu; on y a trouvé un ex-voto rappelant une guérison obtenue. Les Pères Blancs, après avoir déblayé le terrain, ont pu se rendre un compte exact de cette fontaine : On Y voit les arceaux des cinq portiques mentionnés dans l'Évangile. Ces restes précieux sont à 20 ou 25 pieds de profondeur. Un escalier en pierre novs conduit jusqu’à l’eau qui est claire et propre. . Chacun veut en boire et y plonger la main. Une bonne religieuse, à genoux sur les bords de la piscine, lave ses Yeux malades et semble écouter si la voix du Seigneur se fera entendre. ..Lève-toi, et sois guérie!
me LE MONT DES OLIVIERS
On nous a annoncé des visites intéressantes Pour cet après-midi. Nous £ravissons la monta-
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gne des Oliviers! Il n'y a pas de plus bel endroit d'où l'on puisse voir plus avantageusement le panorama de Jérusalem. Les murailles, les tours, les coupoles, les terrasses semblent toutes prises en un seul bloc. Seule la mosquée d'Omar se détache de cette masse de pierres grisâtres et semble, avec son esplanade élevée, ire revivre les splendeurs du Temple.
Jésus-Christ venait souvent ici se reposer sous les oliviers; jouir dans la campagne du bon air que devait lui refuser la ville. Il fuyait, sans doute, le brouhaha, le tumulte de la cité pour venir dans cette solitude, loin des hommes et proche du ciel, afin de converser avec son Père.
Les grandes foules, suivant Jésus en Galilée, avaient entendu son admirable sermon sur ia montagne des Béatitudes ; elles avaient appris à prier selon l’enseignement que le Seigneur leur avait donné: « Voici donc comment vous prierez: Notre Père qui êtes auxcieux...» (Math.. VI. 9-13.) continuant le Pater tel que nous le connaissons. Les foules toujours grossissantes se renouvelaient sur la route, et il n’était pas étonnant de trouver en Judée, des disciples nouveaux qui ignorassent la prière de Jésus. Un de ceux qui avaient rejoint le Maître sur ce mont des Oliviers lui adresse cette demande: « Seigneur, apprenez-nous à brier comme Jean l'a enseigné à ses disciples.—Lorsque vous priez. répondit Jésus. dites:
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VERS LA TERRE-SAINTE 101 Père que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive! etc. etc » (S. Luc,XI, 1-4.)
Voilà pourquoi la montagne des Oliviers porte aussi le nom de mont du Pater.
Aurélie de Bossi, princesse de La Tour d'Auvergne, duchesse de Bouillon, tut la fondatrice du Carmel qui couronne la montagne. Son corps repose sous un riche mausolée à l'entrée du couvent. Sur les parois extérieures du cloître, sous une galerie ogivale à colonnettes appuyées sur une ceinture de Pierre, on lit le Pater noster, traduit à peu près dans toutes les langues du monde. Je pris le temps de le copier en provençal, c'était la langue française du XIème au XIVème siècle. Je vous le donne à titre de curiosité :
«Noste paire que sias dins lon ceu. Que fuge voste noum sanctifica. Que voste regne nous aveune. Que voste volonta se fague comme au ceu cei su terre.
« Dounas nous veni noste pan quoutidian e re: metes nous nosti deule coume li remeten nous autre en quau nous es devint on tentatioun mai delieuras nous dou mau.
Ansin-Siègne. »
À la chapelle des Carmélites du Pater nous avons la bénédiction du saint Sacrement. Après l'exposition, nous avons chanté tous ensemble le Pater noster de la messe solennelle. L'oraison do-
minicale, la prière de Jésus, en ce lieu, a un charme particulier qui nous fait apprécier les divins enseignements de Notre Seigneur.
Tout près du Carmel est la moiquée de l'Ascension. Sainte Hélène avait fait bâtir un2 grande basilique couvrant le mamelon de la mon‘agne d'où le Sauveur s'était élevé a ciel. On n'y voit maintenant qu'un petit édifice. rotonde sans ornements et paraissant abandonnée, bien qu'il y ait des musulmans faisant la garde. Cette mosquée recouvre le rocher où Jésus laissa l'empreinte de ses pieds sur le sol. En 315, on voyait ces vestiges comme on les voit aujourd'hui, et la tradition en a toujours gardé le souvenir. Iln'y a plus que la marque du pied droit tourné vers le sud. Le pied était chaussé d'une sandale dont les cordons traînants sont marqués sur la pierre.
Les latins ont le droit de célébrer des offices la nuit et tout le jour de la fête de l’Ascension.