‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 23 sur 105 · BÉTHANIE · texte numérisé non relu

BÉTHANIE

À une demi-heure de marche, en longeant un sentier bordé d’oliviers, sur le versant du mont, où

VERS LA TERRE-SAINTE 103 broutent des troupeaux de chèvres à grandes oreilles, nous arrivons à Béthanie, le séjour des amis de Jésus.

Sur le chemin de Jéricho, on faisait halte à Béthanie. Les Voyageurs s'y arrêtaient pour se reposer et donner à leurs montures le temps de prendre un regain de forces, avant d'arriver à Jérusalem. Le Divin Maître s'était arrêté bien des fois dans ce bourg, et il logeait chez Marthe, la propriétaire du château.

Lazare et ses sœurs ignoraient d'abord la divinité de Jésus, mais ravis de sa vertu et de sa doctrine, ils comprenaient l'immensité du bien qu'il faisait au pays et ils se dévouaient avec bonheur à un tel homme. Leurs richesses leur permettaient de grandes libéralités pour le Nabi et ses disciples. Les soins empressés des pieuses femmes, le respect et la ,vénération de Lazare avaient attiré l'affection de Jésus. La bonté réciproque du Seigneur et de ces bonnes âmes avait engendré une amitié solide.

Le fait extraordinaire arrivé à Béthanie, qui Surpasse tous les autres, est la résurrection de Lazare. Jésus était en Galilée lorsqu'il apprit la maladie grave de son ami. Quand il vint en Judée, Lazare était mort depuis quatre jours. Le Seigneur, frémissant en lui-mêrne, aux 1écits navrants des denx sœurs affligées, se rend au tombeau. Après

brie ds

avoir prié et élevé les yeux au cicl, il cria d'une voix forte: Lazare, veni foras ! Lazare, venez dehors ! (S. /ean, XI, 43.) Et aussitôt, cet homme, qui avait été mort, sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes et le visage enveloppé du suaire. —Déliez-le et laissez-le aller, dit Jésus!

Lazare est ressuscité, criaient les Juifs venus de Jérusalem pour visiter et consoler Marthe et Marie. La nouvelle se répand vite dans la ville; l'émotion est à son comble et les Pontifes assemblés voulaient entendre les témoins oculaires du miracle opéré par le Vabi. A l'évidence du fait, Caiphe annonce que cet homme doit disparaître, A partir de ce jour, ils ne pensèrent plus qu'à faire mourir Jésus. (S Jean, XI, 53.)

Le tombear: de Lazare est sous les ruines d'une mosquée. Il y avait ici une église, même avant le passage des croisés, et plus tard une reine y fit construire une abbaye de Bénédictines. On y voit encore une tour en ruines et les vieilles murailles de ce couvent.

Quelques familles arabes sont à l'entrée du caveau: les hommes veulent nous vendre des poignards qui ont servi aux brigands du chemin de Jéricho; les enfants à demi-nus nous ennuient avec leur vilain bachiche...et ils ne nous auraient pas laissés tranquilles, si ce n'eut été des cris autorisés d'une vieille décrépie : ‘ Y alla, Emchi”'! Allez

plus loin, vilains sujets! disait-elle, en écartant la petite marmaille, de sa main osseuse, La rusée coquine voulait elle-même nos sous! Elle convoitait la pièce blanche pour les chandelles tour umées qu'elle nous offrait pour descendre au tomueau.

Un grand jaune nous attend dans l'escalier de pierre. Il nous conduit, avec mille précautions inutiles, dans les chambres sépulcrales: à chaque instant il nous prévient de dangers imaginaires. Ses gestes, ses manières sont très aimables, A Peine, avons-nous, à la faible lueur de nos petits lambeaux, jeté un regard sur le sépulcre vide de Lazare, que notre arabe court à l'escalier, nous suppliant, à chacune des vingt-six marches, de ne pas l'oublier.

Contents d'être débarrassés de ces gueux im- Portuns et satisfaits de cette journée bien employée, nous retournons à Notre-Dame de France, tout décidés de faire une entaille aux tartines de l’hôtellerie.——Mais, dirent les derniers venus, vous n'avez pas vu la pierre de Bethphagé? c'est très intéressant ! On vous a appelé: le Père Olivier a joué vainement son cornet à bouquin !... Vous étiez loin déjà... —Merci de vos délicates attentions!!

Ces bons amis n'avaient pas soupçonné la raison de notre fuite, et, comme ventre affamé n'a point d'oreilles, nous pûmes leur dire, en restant dans la vérité, que nous regrettions de ne les avoir pas entendus!!

Page 1