SAINT-JEAN DANS LA MONTAGNE
Le voyage à Saint-Jean in Montana se fait agréablement en une heure. Pour faire trêve aux sérieuses méditations sur la passion de Notre Seigneur et pour reposer l'esprit, il n'y a rien de comparable à cette promenade au grand air; sur une bonne route carrossable et donnant une sue splendide sur la campagne environnante de Jérusalem.
Les chemins sont remplis de gens du pays: les unes, car ce sont les femmes qui s'occupent du bois et de l’eau, rentrent chez elles chargées d'énormes fagots, les autres portent de grandes amphores ; c'est la tête qui supporte le fardeau et le tient en équilibre, tandis que les mains restent pour gesticuler et animer la conversation des commères.
Les hommes sont moins nombreux, quelquesuns sont couchés mollement au bord d’une haie d’arbustes, d’autres cultivent G:s petits carrés de vingt à vingt-cinq pieds, disposés en gradins sur le flanc de la montagne; ils n’ont pour seul instrument de travail qu’un gros pique à long manche. Ils travaillent bien nonchalamment et, malgré tout notre charité, nous les trouvons fainéants. A quoi servirait-il de travailler bien dur, quand il faut tout donner au sultan ? Les impôts sur chaque pied en
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culture sont tellement exorbitants qu'on enlève Presque tout aux pauvres malheureux habitants de la Palestine, et, dans l'alternative de travailler sans profits ;;.ur eux, ou de vivre de privations, ils choi.. sissent ce dernier mode qui paraît favoriser la nature indolente des orientaux. C'est l’ancienne ville de Jutta que nous visitons ; elle est sise sur une montagne environnée d’autres montagnes. (C'est aujourd’hui le village d'Ain-Rarim qui veut dire fontaine de la Vierge parce que la tradition y a toujours conservé une source (aix) où la Vierge Marie a puisé le l’eau, puisque c'est la seule source dans les environs.
La fille d'Anne et de Joachim, âgée de douze ans, l’âge de la majorité chez les filles juives, devait quitter le temple Pour être mariée. Elle était du sang royal de David et selon Ja loi elle devait avoir un époux royal.
Les jeunes nob' :s furent appelés. D'après l’inspiration du grand Prêtre'personne d'eux ne fut trouvé digne de Marie, car l'épreuve ne réussit pas en jeur faveur : leurs bâtons déposés sur l'autel ne fleurirent pas.
Le troisième fils de Jacob, le Bethléemite, avait été oublié! Il était bon : la prière et le travail faisaient ses délices. Il était âgé d'environ trente-trois ans. Sur la demande du grand Pontife, Joseph se présenta au temple: pendant le sacrifice son bâ-
ton éf -nouit un beau lys blanc ! C'était l'élu de Dieu. Joseph devint l'époux de Marie. Jolie légende, ou douce inspiration d'une religieuse, qui ne manque pas de charmes.
Les saints époux vivaient dans la retraite silencieuse de Nazareth, lorsque l'Ange annonça à Marie la maternité divine, et, pour confirmer la vérité de son message, il dit à l'épouse toujours vierge: «Et voilà que votre cousine Elizabeth a elle-même conçu un filsen sa véeillesse.» (S. Luc, 1,36.) « Jean c'est son nom, il sera le précurseur de celui que vous portez dans votre sein. » (S. Luc, I, 60.)
Poussée par la charité et l'amitié, la Sainte Vierge se rendit à Jutta auprès de sa seconde cousine, car Anne, épouse de Joachim, et Elizabeth, épouse de Zacharie, étaient les deux cousines vu que leurs mères étaient propres sœurs.
Marie avait appris de l’Ange que, malgré sa vieillesse, sa parente serait bientôt mère, et elle venait lui offrir ses soins.
De son côté Elizabeth, ayant un pressentiment d’une visite extraordinaire, attendait un personnage mystérieux.
A la vue de Marie entrant dans sa maison et la saluant, elle est remplie de l'Esprit Saint et son enfant tressaille dans son sein. L’Épouse de Zacharie, heureuse, s'écrie: «Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de vos entrailles est béni. »
(S. Luc, I, 42.) Heureuse visite! Heureux colloque! Jésus sanctifie Jean-Baptiste ; Elizabeth reconnaît Marie, mère de Dieu Marie, remplie de bonheur, glorifie le Seigneur : « Magnificat ! Magnificat anima mea Dominum!»
D'un élan spontané nous le chantâmes ce magnificat tant de fois répété pendant notre pèierinage, mais nulle part ailleurs mieux qu'ici il manifesta notre joie. En présence de ces montagnes dont les échos avaient entendu les accents de Marie, nous répétons encore, Magnificat ! Magnificat anima mea Dominum !
Saint Lucdit que Zacharie appartenait à la famille d’Abia, de la descendance d’Aaron. Il était appelé au service particulier du Temple. Issu de grande famille, je devine que ce prêtre vivait dans l’aisance. Comme tous les riches de ce temps, il avait ses Propriétés, son château, même sa villa sous les palmiers aux rameaux gracieux, et à l'ombre frais des arbustes fleuris. Ce fut dans cette charmante petite demeure qu'eut lieu le pieux colloque des deux saintes cousines. C'est sur ce même site que nous voyons la petite chapelle actuelle du Magnificat. Afin de laisser intactes des ruines précieuses, elle fut taillée dans le roc.
Sainte Hélène avait tant à cœur de marquer par des monuments les vestiges du Sauveur qu'elle a cru que Jutta, après Jérusalem et Bethléem, avait le
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premier droit au respect des siècles futurs, parce qu'on y honorerait ici toute résumée la famille intimede Notre Seigneur : Marie, sa divine Mère; Joseph, son père protecteur ; Joachim et Anne, ses grands parents; Zacharie, Elizabeth et leur fils Jean-Baptiste, le saint Précurseur.
La pieuse impératrice y fit construire une église. Cette abside restaurée, ces murailles bien entretenues au-des: us de la chapelle en sont les ruines.
Je vois dans ce sanctuaire, derrière une grille, le fragment du rocher de l'empreinte du corps du petit saint Jean-Baptiste. Lors du massacre des Saints Innocents, Elizabeth fuyant les soldats d'Hérode se dirigea vers la montagne ; elle déposa son enfant sur ce rocher qui s’amollit comme de la cire pour le recevoir. Ce fait s'est maintenu par une constante tradition et, pour étonnant qu'il soit, il n'en est pas moins possible. La conception et la naissance de Jean-Baptiste furent si mystérieuses que sa vie demandait d’être protégée miraculeusement. Il devait grandir dans le désert et préparer les voies * celui qui devait venir après lui.
Encore dix minutes de marche et nous arrivons au village même de Ain-Karim. Il n'y a qu'une centaine de catholiques parmi les quelques mille mahométans. Une belle église, desservie par les Franciscains, couvie l'emplacement de la maison de Zacharie ; c’est là que naquit saint Jean-Baptis-
te. Le Précurseur du Messie, étant le patron du Canada, la visite de ce lieu sacré a une importance toute spéciale pour les Canadiens. Nous avons bien prié pour la patrie qui nous est chère. En chantant le Bensdictus de Zacharie, nous avons demandé à S, Jean-Baptiste qu'il nous donne, à nous Canadiens, la vraie science du salut: Ad dandam scientiam salulis plebi ejus (S. Luc, I, 75), cette science qui fait les hommes de Dieu et. Par conséquent, les vrais et bons patriotes. Dans notre orgueuil national, nous avons osé croire que saint Jean-Baptiste était heureux d'être le patron d’un si beau pays et d’une nation si fièrement chrétienne et catholique ! Vive le Canada ! !
Nous aurions voulu des souvenirs de Ain-Karim. Nous recueillions avec piété la poussière qui pouvait se détacher de la paroi de la grotte, lorsqu'un Pire espagnol, “oyant notre larcin, vint nous prier de passer à la sacristie ! C'était inquiétant... Nous allions faire valoir notre titre de Canadiens ; mais, é*iit-ce la Protection de notre saint ? était-ce notre petite démonstration pieuse et patriotique qui avait signalé notre groupe ! toujours est-il que nous sommes connus, et le Père nous apporte des petites enveloppes contenant des Pierres du lieu de la naissance de saint Jean-Baptiste : l’antheutique qui les accompagne en fait foi : Certificando questi pietri sonne del lugar del nunciamento de San Juan Ban-
tista.—Fr. Mauricio sacristane depositore.
Nous remercions avec effusion.de coeur et nous retournons contents de notre après-midi à Saint-Jean in Montana.