‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 27 sur 105 · LE JOURDAIN · texte numérisé non relu

LE JOURDAIN

Le 6 avril, 1909.

On redoutait les moustiques ! ils ne pouvaient Aous atteindre avec les jolis moustiquaires de nos Lits blancs ; mais les aboiements des chiens, les hurlements des chacals nous tinrent éveillés toute la nuit. Comme la chaleur était épaivantable nous ne Pûmes rester au lit. Au petit ‘point du jour nous étions debout attendant la première voiture pour fuir vers le Jourdain où nous Comptions sur un peu de fraîcheur.

Après avoir voyagé pendant deux heures dans la vallée d'Anchor; après avoir suivi des chemins Sablonneux givrés de salin, bordés de ronces à lon- Sues épines, nous arrivons au fleuve qui a vu tant de merveilles : ses saux se sont ouvertes sous le Manteau d'’Élisée ; elles ont guéri la lèpre de

* Naaman ; elles ont laissé passer les Hébreux conduits par Josué ; Mais sa grande gloire est d’avoir servi à baptiser le Christ.

Le fils d’ilisabeth que nous avons laissé à Jutta, nous le retrouvons ici au désert du Judée, dans la force de l’âge. Il prêche en cette région un baptême de pénitence, et, c'est dans les eaux mêmes de ce Jourdain dont nous foulons les rives bénies qu'il le <onfère au fils de Dieu. (Luc, III, 21.)

hair

jose EVER PAICNTE

Éehnes dem cg

fase

Les autels sont élevés sur les bords du fleuve où le ciel s'ouvrit pour reconnaître le Fils bienaimé. Les prêtres y célèbrent le saint sacrifice, et tous les. communiants, unissant leurs voix à celle du Père Céleste, redisent que c'est en Lui que sont toutes nos complaisances.

Le Jourdain est très étroit, et, de sa source jusqu'ici, la pente étant d’au-delà de deux mille pieds, le courant fuit avec une grande rapidité, lavant les rivages poudreux et charriant sur ses eaux grisâtres des branches de tamaris, des bouts de roseaux et des débris de toutes sortes. sé

Les cérémonies religieuses terminées, chacun veut boire de l'eau du fleuve sacré et en remplir sa gourde. Je n'oublie pas les amis.... Je leur avait promisde baptiser leurs premiers nés avec de l’eau du Jourdain. Je pourrai leur accorder ce privilège au retour....... il faut apporter une canne de roseau ! On dit qu’au moyen-âge les pécheurs condamnés au pèlerinage de Jérusalera devaient aller chercher un roseau surles bords du Jourdain et l’apporter comme preuve de l’expiation de leurs crimes ! !

Nous allions partir pour la mer Morte, lorsqu'arriva une procession de pèlerins russes. La croix est suivie d’une bande de moujicks à la figure rougeâtre, au front bas et à la chevelure toute hérissée. Ils ont àla main un cierge allumé et une

branche d'olivier. S'étant alignés sur le bord du fleuve, ils marmottent des prières pendant que leur Pope accomplit un rite curieux. Tout à coup, hommes et femmes se plongent dans les eaux profondes ‘avec une ardeur dévotieuse : ils sont enveloppés de -&rands draps blancs, marqués du signe de la croix, qui, après avoir été lavés dans le Jourdain, leur ser- ‘viront de linceuil dans leur tombeau. C'est la robe d'innocence qu’ils doivent apporter au tribunal du souverain Juge.

Page 1