LA MER MORTE
Un sentiment de frayeur nous saisit en arrivant au bord de la mer Morte ! Avant d'être ensevélies dans ce gouffre maudit, les impudiques cités de Sodome, Gomorrhe, Adama, Séboim et Ségor furent réduites en cendres par le feu de la colère divine : elles gisent àu font de ce lac asphaltite.
La mer est aujourd’hui d'un calme plat ; pas une ride à sa surface, aucun mouvement vers la plage ; c'est une mer morte dans la force du mot. L'eau est pesante, âcre et d'une amertume extraordinaire, bien qu’elle soit bien limpide ; la salure est de beaucoup plus forte que celle de la mer, elle
laisse sur ce qu’elle touche une couche de sel. Des enfants sont à se baigner, ils flottent comme des bouées, nageant les pieds hors de l’eau malgré leurs efforts pour les y enfoncer.
On raconte des histoires fantastiques à propos de cette mer de Loth. On dit que les poissons ne peuvent vivre dans ces eaux salées ; que les oiseaux ne sauraient voler dans cet air rempli de soufre ; qu'il pousse, sur les rives, des arbres dont les fruits sont amères et pleins de cendres : autant de choses que je ne puis constater. Le plus important est de quitter le plus vite possible ces plages brûlées, ces montagnes sans échos et fuir ces tristes souvenirs de crimes engloutis sous ces flots pleins de malédiction.
Après déjeuné, nous rebroussons chemin vers Jérusalem, La fameuse vallée du sifflement nous. réservait du nouveau. Le Kamsin, un vent impétueux, soufflait par rafales, enlevant en tourbillons la poussière que la sécheresse avait accumulée depuis plusieurs semaines. Chacun cherchait à se cacher, qui sous son capuce, qui sous son ombrelle à demi-ouverte. Il fallut quand même partager le sort commun. Les dames avec leur figure poudrée à profusion étaient devenues de jolies vieilles, les messieurs pour braver plus crânement la tempête avait reçu l’avalanche en pleine figure et leur barbe et leurs cheveux étaient devenus d'une blancheur
Patriarcale. Nous étions méconnaissables, chargés de poussière, étouftés à ne plus respirer ! Heureusement le calme se fit, et une halte au Bon-Samaritain nous permit de nous reconforter : un verre de vin généreux, quelques bons fruits et nous continuons jusqu'à Jérusalem on racontant les nombreux incidents de notre beau voyage à Jéricho.
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