‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 34 sur 105 · LE JARDIN DES OLIVIERS · texte numérisé non relu

LE JARDIN DES OLIVIERS

C’est le soir ; c'est l'heure solennelle et pleine de mystères : c’est l'heure où l'on prie mieux, parcequ’alors l'âme est saisie d’un sentiment vague de tristesse, d’une mélancolie qui lui fait chercher l'abandon et la solitude ! N'était-ce pas le soir de la

cène, après l'hymne de l'action de grâces ? La nuit n'avait-elle pas voilé la terre de son ombre, lorsque Jésus, suivi de ses disciples, traversa le Cédron et se dirigea vers le pressoir de Gethsémani ? Il s'arrête dans cette retraite dont les ténèbres, la solitude et le silence semblent reboubler l'horreur ; séparé de tout, livré à lui-même, il voit venir l'heure de son sacrifice ; il voit venir le cruel moment où doit commencer le sanglant combat entre le Ciel et la terre et il s’écrie : «Mon âme est triste jusqu'à la mort.» (Math., XXVI, 38.)

Voici le tertre où les disciples dormaient. Voici les oliviers séculaires qui ont été témoins de cette scène terrible. Ils ont senti les souffrances de Jésus, ils ont entendu ses soupirs, vu ses larmes !!

Gethsémani est entouré d’une haute clôture où les Pères Franciscains entretiennent un jardin magnifique, tout couvert de jolies fleurs : les pensées et les roses font oublier le mystère de souffrance qui existe ici et, pour ma part, je préfèrerais des cyprès. et des saules pleureurs dans ce champ où l’âme est triste jusqu’à la mort !

S'étant éloigné d'environ un jet de pierre (S. Luc, XXII, 41.), Jésus se retire pour prier dans un enfoncement de rocher, grotte naturelle qui existe encore et dans laquelle nous sommes descendus pour prier nous aussi. A la lueur de quelques cierges, nous voyons sur le maître-autel une peinture saisis-

sante qui rappelle ce qui s’opéra ici, à peu près à cette même heure, au soir du véritable jeudi saint, Jésus-Christ, Le Sauveur frisla justice de son Père ; il chancelle sous le poids des péchés des hommes. Ses for- <es l’abandonnant et la frayeur s’emparant de son âme, il tombe en agonie : Et il lui vint . une ‘$ueur comme des gouttes de Sang qui découlaient jusqu'à terre. (S. Luc, XXII, 44.) Il faudrait avdir urdoeur de bronze pour ne Pas se sentir émus....Une sueur froide couvre nos fronts. -et nous pleurons en sidence.

Pendant que nous étions à ces pieuses méditations, le ciel noir comme de l'encre s'était ouvert Pour verser une pluie abondante. Nos flambeaux ne Purent résister. Il fallut, dans l'obscurité, longer les hauts murs, Patauger dans une boue blanche et rentrer tout trempés à Notre-Dame des Pèlerins. ous étions quand même contents de notre jeudi saint.

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