VENDREDI SAINT
Le 9 avril, 1909...
C’est le jour anniversaire de la mort de Jésus- Christ. La nature a voulu concourir à la douleur
qui semble régner sur Jérusalem ; le ciel d'hier est encore tout couvert de sombres et humides nuages qui donnent à la terre un aspect de profonde tristesse ; les cloches des églises catholiques sont muettes, celles des églises non-unies tintent tout Îe jour un glas qui glace d’effroi ; sur toutes les communautés religieuses, les pavillons de divers pays et de diverses nationalités flottent en berne exprimant le deuil général de la chrétienté. Les rues sales, étroités et tortueuses de la ville sont remplies : vous croisez de longues files de chameaux, vous voyez nombre de mulets, d'ânons emportant, de partout, toute une population qui vient assister, chacun selon son rite, aux mystérieuses cérémonies du jour, au grand drame de la Passion du Sauveur. J'ai vu la foule parcourir la voie douloureuse : les uns chantaient, les autres pleuraient ; les uns vociferaient, les autres étaient impassibles, indifférents à tous les spectacles religieux qui se déroulaient devant eux. Il me semble qu'après dix-neuf siècles écoulés le récit des Évangélistes trouve encore son actualité.
Après le surménage de cette semaine et le refroidissement d'hier, je sens qu'il faut céder...;le courage est plus grand que les forces. |
Avec moins de fatigues, moins pressé par la foule, éloigné de la cohue incessante, j'assisterai tranquille à la messe des Présanctifiés dans la grande chapelle de notre hôtellerie. C'est le révérendis-
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sime Abbé de la trappe de Gethsémani, aux Etats. Unis, qui officie pontificalement en prés”nce de trois évêques et de la plupart des prêtres et laïques pèlerins que le mauvais temps a—heureusement —empechés de sortir.
On va chercher le très Posoir de la chapelle inférie
immense cortège ires de la Basili.
grande croix sur la- Presque de grandeur de prêtres parés, des ivent en portant des
flambeaux. C'est un évêque, mitre en tête, ass ‘ des custodes capucins qui préside. Aucoursde cette procession, on s'arrête sept fois pour prêcher la Passion en sept langues différentes, savoir : en italien, arabe, allemand, grec, polonais, francais et espagnol.
C'est du sommet du Calvaire qu'un Franciscain donne l'instruction française à la suite de laquelle fut reproduite la scène attendrissante de la descente de la croix. Des moines passent un linceuil sous les bras du Christ. Ils enlèvent d’abord la couronne d'épines ; puis avec des tenailles d'argent ils arrachent les clous des mains et des pieds. Les bras inertes tombent le long des flancs du Sauveur ; ‘a tête sanglante s'incline comme celle d'un cadavre sur l'épaule du religieux qui le soutient, et, doucement, le corps est descendu sur le rocher, Au chant lugubre d'un Stabat Mater qui fait frémir, le corps du Christ est porté sur la pierre de l'Onction, à environ vingt-cinq pieds du Calvaire, où l’évêque l’'embaumede myrrhe et d’encens et l’arrose de parfums précieux; enfin, il l'enveloppe dans un suaire, le dépose dans le véritable tombeau... «Ayant roulé ensemble une grosse pierre à l'entrée du monument, il se retira.» (S. Math. XXVII, 60.) Et, comme les saintes femmes, nous regardions où on le mettait (Marc., XIV, 47.), heureux comme.elles d'avoir pu accompagner le corps de notre Sauveur jusqu’à son sépulcre.