SAMEDI SAINT.—LES GRECS
Le 10 avril, 1909.
La cérémonie du feu nouveau, c'est-à-dire du feu sacré des grecs, m'amène à vous parler de ces: schismatiques dont j'ai souvent fait mention dans ce récit.
Depuis longtemps l'église d'Orient diminuait par l'oubli des saines maximes et de tous les principes.
la jeter dans l’abîme.
ment de cette ruine.
usurpant le siège de é dans l'tle de Téré-
Photius se retira de Rome et ilse fit nommer et reconnaître par son clergé comme patriarche universel de l'église dissidente. «,
Le schisme d'Orient ainsi consommé s'est continué jusqu’aujourd’hui. Chaque division patriar-
ale a cependant son autorité complète, bien qu’on
regarde le Sultan de Turquie comme le chef de l'église grecque, le vrai pasteur du bercail du Christ, dans sonempire. C'est lui qui tranche les'difficultés extraordinai:es entre les pasteurs et les brebis.
Le patriarcat de Jérusalem comprend quatorze archevêchés ou évèchés distribués dans les villes les plus importantes de Terre-Sainte; mais. la plupart des titulaires résident à Jérusalem et composent le saint Synode du Saint-Sépulcre, qui, avec la confraternité des hagiotophites, formée de quatre cents moines hellènes, dirigent toutes les transactions de l’église orthodoxe.
Une question politico-religieuse fut cause d’événements tragiques en février dernier. La communauté grecque se compose d’Hellènes, d’Arabes et de Russes. Les Hellènes, la plus petite partie, occupent le pouvoir et les dignités; les Arabes et les Russes, plus nombreux, sont oubliés. Voyant leurs taxes, leurs aumônes employées à la subvention de la minorité qui abuse, ils se sont plaints au patriarche qui, devant des menaces cu des justes revendications, voulut leur faire quelques concessions. Monseigneur Damianos n'avait pas compté sur le Synode qui, lui, prétendait bien n'être pas privé de ses privilèges. Le patriarche fut déposé, honni comme un traître à sa race ; on avait même choisi son remplaçant dans la personne de Monseigneur Mélitios, ur évêque dignitaire du Saint-Sépulcre.
Cette nouvelle exaspéra les Arabes et ils convinrent d'en appeler à la Sublime Porte dont le Sultan est le chef suprême. Pendant que Constantinople s’occupe de la question, ils s'emparent du patriarcat et les Grecs durent demeurer derrière les barricades, dans leurs forteresses.
Durant le conflit, on annon ça la mort soudaine (2?) de Monseigneur Mélitios. Les Grecs avaient tué trois Arabes et ils en avaient blessé un bon nombre d’autres. Dans un pays où la vie d’un homme ne Vaut pas plus que celle d'un chien, on ne s'occupe guère de rechercher les coupables ; il s'agit seulement d’enterrer les victimes et de tirer vengeance par d’autres meurtres! La situation était alarmante ; Jérusalem était transformée en champ de bataille et on craignait pour les foules.
Enfin la commission d'enquête arriva et après quelques jours elle réussit à amener une entente. Il fut stipulé que Monseigneur Damianos scrait réinstallé Patriarche de Jérusalem et que les trois archimandrites, fauteurs des troubles dans le saint Synode, seraient exilés.
Le 1er mars 1909, on vit entrer solennellement Mgr Damianos au Saint-Sépulcre où évêques, ar- Chi-mandrites, moines et simples laïques de toute la communauté grecque le reconnurent comme leur patriarche en lui baisant les mains. La journée se termina par des cris de victoire et des coups de fusil répétés par les Ara bophones.
Combien de temps durera cette paix? En Orient, le feu couve toujours sous la cendre !
Evidemment, ce n’est pas ce few sacré qui fait tous les frais de la cérémonie du samedi saint au Saint-Sépulcre !! Imaginez-vous ! Ces orthodoxes affirment qu'un ange descend du ciel et qu'il vient apporter le feu qui donne le salut !!
Les Russes, chaussés de grosses bottes montant aux genoux, vêtus de houppelandes malpropres, coiffés de vilains bonnets d’astrakan ainsi que les Arabes aux robes blanchesiet aux manteaux chamarrés de rouge et de jaune, sont venus de quarante à cinquante milles autour de Jérusalem pour assister à cette fête. Pour obtenir de bonnes places, plusieurs ont demandé de passer la nuit enfermés dans la Basilique : quelques-uns dorment bruyamment sous les arcades, d’autres se sont étendus sans façon, un peu partout. Les femmes russes, plus pieuses, ont préféré employer le temps à la prière, se frappant la poitrine faisant de nombreuses génufñlexions, demeurant debout la tête collée sur le saint Édicule, attendant que la grâce coule jusqu’au cœur pour se retirer. Naïives et bonnes, elles donnent une leçon a bien des catholiques irrespectueux dans nos églises.
Vers cinq heures du matin commencent à arriver les différents clergés. Ils viennent de leurs patriarcats respectifs et ils suivent certaines formalités à l’occasion de ces grandes entrées au Saint-Sépulcre.