VERS LA
TERRE-SAINTE 165 Ils sont précédés de Carvas aux habits flambovants, qui frapnent le pavé de leurs masses à tête d'or, pour annoncer aux foules l’arrivée de leur cortège officiel.
Mgr Damianos, le père des orthodoxes, est accompagné de son synode; il porte fièrement la tiare qu'on a voulu lui ravir il Y a à peine un mois. Le patriarche arménien, malgré ses quatre-vingt-quinze ans, lève noblement sa tête blanche sous sa mitre étoilée de diamants. Le pontife copte est vêtu de blanc, coiffé d’un Capuce également blanc. Pendant la triple procession autour du Saint-Sépulcre, les prêtres aspergent le peuple d’eau lustrale et ils chantonnent une litanie ennuyeuse. Le patriarche grec, lui, est enfermé seul dans l’Édicule sacré, pour son colloque avec l'Ange.... Les Supplications se continueut et elles deviendront des cris si le miracle se fait attendre. La foule, haletante, attend toujours, et elle croit voir à chaque instant le ciel quis'ouvre.. Bientôt, pendant un silence ménagé par les maîtres de cérémonies, on annonce qu’il se passe quelque chose de mystérieux. L'Ange a franchi l’espace et avec la rapidité de l'éclair il est arrivé, invisible, jusqu’au Saint-Sépulcre.… Nar { Nar! s'écrie-t-on : la fumée vient de monter jusqu'à la coupole et le feu sort en colonne des bras du patriarche. Les cloches fêlées des grecs, les Carillons arméniens, les timbales coptes, avec un Vacarme assourdissant, font de leur mieux pour annoncer le grand prodige. La
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foule compacte, hurlante, dont l'exaltation est devenue du délire, se précipite vers le brasier pour y prendre du feu. Dès qu'on a pu allumer sa botte de bougies, on se purifie en promenant cette torche enflammé, autour de la figure, en décrivant des cercles de toutes les grandeurs, au risque de se brûler la barbeet les cheveux. Ils ont beau dire que le feu sacré ne brûle pas, on a senti parfois les odeurs âcres de la fumée mêlée à des relents de chair grillée
Maintenant, pour les heureux qui ont pu se procurer le feu sacré, leur seule ambition est de retourner à domicile avec leurs flambeaux toujours vivants : ils lutteront contre le vent, ils se défieront des vilains tours de la jeunesse, enfin, ils se donneront mille misères qui ne seront jamais comptées, si le succès les favorise, car, en entrant chez eux avec le feu sacré, ils sont certains d'avoir apporté le bonheur et trouvé L1r salut. |
Les gens du peuple croient réellement à une intervention divine; je ne puis en douter en voyant leur foi naïve et sincère. Ces pauvres Russes, ignorants et bonasses, sont odieusement trompés par leurs prêtres schismatiques ; c’est l'opinion de tout catholique qui assiste à la cérémonie du feu des grecs, et il ne peut croire à autre chose qu'à une fourbcrie dont le but est d’aveugler ies esprits pour en tirer quelqu'avantage au profit de leur sacerdoce qui donne le bien-être à bien des fainéants.
On a raison de dire que ces institutions humai-
nes ne servent qu'à égarer les hommes, et elles ne Sauraient les conduire à Dieu.