‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 45 sur 105 · ER 210 VERS LA TERRE-SAINTE · texte numérisé non relu

ER 210 VERS LA TERRE-SAINTE

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ture, une procession s'organise pour l'entrée solennelle dans la vénérable basilique de l’Annonciation. Au son des cloches qui accompagnent nos saints cantiques nous allons vénérer le lieu où le Fils s’est fait chair.

Un Père Franciscain de Casa-Nova, aprèsavoir souhaité la bienvenue aux pèlerins, fit une vibrante allocution. Jamais discours ne m'a plus touché. Qu'on me permette de le copier en partie de la revue Jérusalem; il re fera qu’édifier les lecteurs. Le Père Roger dira mieux que moi l'objet de notre visite à Nazareth:

«Vous êtes en pèlerinage! Voilà un mot qui a bien souvent le don, soit d'irriter, soit de faire sourire bien des gens à notre époque. Ce n’est pas en parlant à des croyants comme vous qu'il est nécessaire de justifier cette forme cependant si populaire de la

‘piété chrétienne. Tous vous savez que si Dieu est partout, et que si partout il fait sentir son action et sa puissance, il est cependant des lieux où sa présence se manifeste avec plus d'éclat: telle cette terre bénie que nous appelons avec raison la Terre-Sainte.

«Vous connaissez, ou vous connaîtrez du moins les multiples avantages que, sans parler du corps, l'âme reçoit de ces pieux voyages aux lieux où, pour parler comme le roi-prophète, se sont posés les pieds mêmes du Christ.

«Ce n’est pas à vous que j'apprendrai que les

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vertu. Occasion de pénitence d'abord. On quitte son

«Occasion de réveil spirituel ensuite, Les choses les plus saintes finissent à nos Yeux quelquefois par

d’un Pèlerinage.

«Vous voici donc heureusement arrivés à Nazareth de Galilée. Qu'est donc Nazareth? Est-ce une Capitale? Une ville célèbre ? Possède-t-elle des chefs-

d'œuvre, des arcs de triomphe, des thermes, des

aucun des grands év’ ‘ments racontés par les annales des nations; aucun monument ne sollicite

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vos regards; on n'y rencontre pas même les ruines de ces édifices ayant pu exciter les convoitises ou la jalousie d'un vainqueur. Je vous étonne peut-être ? et, s'il en est ainsi, comme je viens de le dire, pourquoi venir à Nazareth?

«Voici: dans cette bourgade bénie, il y a une grotte œui à elle seule vaut tous les palais, tous les temples, toutes les merveilles accumulées par l'orgueil humain.

«Cette grotte n’a cependant rien qui la signale à l'admiration: point de vastes portiques, de marbre. précieux, ni de fronton sculpté par le génie: c’est une simple grotte comme toutes celles du pays.

«En tout cas, qu'y a-t-il qui soit de nature à attirer les pèlerins? Que s'est-il passé ici de si extraordinaire pour que l'Église nous presse de pénétrer dans cette grotte et d'y rester le plus longtemps possible ?

«Je dois vous le dire, l’histoire des hommes se déchire, se perd; quand on l'écrit sur le granit ou sur le bronze, elle se renverse et se brise, mais celle de Dieu a pris de son éternité. Cet ouragan des âges qui balaye et emporte ces arcs de triomphe et qui joue avec leurs blocs de pierre ou de marbre, comme le vent d'automne avec les feuilles sèches, ne peut remuer, pour la perdre, une page de l'Évangile! Ici, dans cette grotte, ont été dépassés tous les prodiges racontés par la Bible, même le passage de la mer Rouge, même la création du monde.

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«Ici, l'archange Gabriel s'est incliné devant l'humble fille d'Anne et de Joachim et lui a annoncé ses incomparables destinées.

«Ici, a été prononcée une parole plus féconde que celle qui tira le monde du néant, parole que les lèvres d'une Vierge pouvaient seules prononcer et que Dieu attendait Pour envoyer son fils unique à la terre: « Fiat mih; secundum verbum tuum» .

«Ici, le Verbe s'est fait chair et il a habité Parmi nous.

« Jésus sur la terre a eu des demeures diverses. mais nulle part il est resté aussi longtemps qu'ici. Bethléem ne le garda que quelques semaines, l'asile que lui donn l'Égypte ne le retint que quelques années. Au Cénacle il se contente de célébrer la Pâque et au Calvaire d'agoniser et de mourir. Il ne dormit enfin que trois jours dans son Sépulcre, mais ici, au contraire, s'épanouirent son adolescence et sa jeunesse.

«A cette chère grotte, que l'on peut appeler son paradis sur la terre, il a donné toutes les consécrations. Il en a touché les murs, il l'a embaumée de l'encens de ses prières, réjouie par son Sourire, arrosée de ses sueurs, illuminée du feu limpide de son regard. Il y a pris des repas et dormi son Chaste sommeil. Voilà la gloire incomparable de ce Sanctuaire béni gardé depuis des siècles par les enfants de François d'Assise. Les chrétiens y accourent de toutes les régions

214 VERS LA TERRE-SAINTE de la terre et ceux qui. s'y sont agenouillés gardent de leur visite un souvenir qui ne s’efface jamais. »

Ce beau discours avait captivé nos âmes. Tout émus, nous descendîmes dans la grotte pour y saluer la sainte Vierge en empruntant les belles paroles de l’Archange: A:2 gratia plena Dominus tecum. Plus on récite le Je vous salue Marie, plus on se sent épris d’admiration pour la Vierge qui, par son fiat, consentit à devenir la Mère de Dieu. et plus on félicite Gabriel d’avoir été choisi du ciel pour apporter à la terre ce message de salut.

Nous priions depuis longtemps. lorsqu'on nous. appela pour le diner. Les bons Pères Franciscains nous convient à une table ricuement servie: la vaisselle, la coutellerie, les coupes pour 200 pèlerins ont en argent massif et aux armes royales. Ce riche étalage fait un contraste étonnant avec la pauvreté religieuse, surtout chez les fils du Pauvre d'Assise. N'’en soyons pas scandalisés, c’est le don d’un grand personnage chrétien à la Casa-Nova pour recevoir les pèlerins et pour honorer ces nouveaux croisés lors de leurs voyages en Terre-Sainte.

Cette explication nous va bien, mais les plats exquis qu’on nous sert vont encore bien mieux aux voyageurs fatigués, exténués par une pénible jou::.ee.

A l'heure du couvre-feu, tout était silenc:ux dans l'hôtellerie. Ce n’était pas la peine de faire tant de bruit, de briser votre cloche, mon petit Frère!

Jeunes et vieux étaient au lit:et ceux que vous avez

éveillés vous ont fait des menaces terribles. Oh!...

le gros Canadien, aux nerfs agacés, s’est levé sur son

séant et dans un demi-sommeil, il a proféré des

paroles incohérentes... Il à sans doute voulu que

votre séraphique père, saint François, vous appelât

tout de suite en Paradis pour que vous ne recommenciez pas demain!!

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