‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 52 sur 105 · DAMAS · texte numérisé non relu

DAMAS

Le 18 avril, 1909.

La ville de Damas est une des plus anciennes du monde. Dès les premières pages de la Genèse, on lit qu'Abraham poursuivit ses ennemis jusqu’à Hoba, lieu situé à gauche de Damas. Longtemps cette ville fut le repaire des ennemis d'Israël. David, et Salomon mésurèrent leurs armes avec eux. Le’ IVième Livre des Rois nous apprend aussi que la ville de Damas fut cruellement traitée par Theglath Phalasar III, roi des Assyriens, qui la mit au pillage et en transporta les habitants à Cyrène.

La beauté de son site, qui l’a rendue plus tard

avons traversé hier pour

Il y avait fête chez ces gens

Qu'on nous avait dit être anti-catholiques. Les rues étaient décorées d’arb

pétés à fantaisie, dan le vacarme d'enfer q

sage nous firent craindre, si non pour nos vies, mais au danger de quelques graves accidents. Ce n'était qu'une échauffourée de jeunes gens qui voulaient nous saluer, à la façon bruyante des orientaux.

Les Actes des Apôtres mentionnent à Damas la conversion de Paul de Tarse, et rappellent le souvenir de saint Ananie:

«Paul persécutait l'Église deJérusalem, il ne respirait que menaces et carnage contre les disciples de Jésus-Christ. Il vint à Damas et, comme il approchait de la ville, il fut environné d’une éblouissante lumière qui venait du ciel. Tombé par terre, il entendit une voix qui lui dit: «Saül, Saül, pourquoi me persécutez-vous? Je suis Jésus. Levez-vous et entrez dans la ville, on vous dira ce que vous devez faire.

«Il y avait un disciple à Damas nommé Ananie. Il reçut l’ordre de baptiser Saül et de lui imposer les mains. Aussitôt, Saül qui désormais s'appeller a Paul, prêcha dans les synagogues annonçant que le Christ était vraiment le Fils de Dieu. » (Actes des À, IX, 1-20.)

Ananie était, suivant le sentiment des Pères et de la tradition orientale, l’un des 72 disciples de Notre-Seigneur. Il demeurait à Damas dans une maison particulière. Cette maison, enfouie sous la terre, fut convertie en chapelle; on y descend par un escalier d’une vingtaine de marches. C'est un réduit

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misérable qui n’a Pas reçu, il me semble, le respect qu'on lui doit. Les prêtres pèlerins ont le bonheur, d'y célébrer la sainte messe,

On monte aussi la fontaine où saint Ananie baptisa saint Paul. Hors des vieilles fortifications, €n gagnant les cimetières Musulmans, on nous fait voir le mur où l’Apôtre fut, pendant la nuit, descendu dans une corbeille, pour le préserver de la fureur des Juifs (Actes des Ap., IX, 26.)

La vue d'ensemble de la ville est Saississante : lorsque nous venons à certains détails, elle ne peut que provoquer un désenchantement. En pénétrant

€ venir éclairer ce triste débazars gardent une humidité ent la lumière d'y pénétrer; ider en plein jour. Il faut tant! Les maisons privées

gagé à lui demander des renseignements.

Condi, c'est son nom:

«Nous avons plusieurs Syriens au Nouveau- Brunswick. Ils m'ont prié d'aller saluer la famille Marache, que vous Connaissez Peut-être. —Oui, mon

pps ve à pere 02 DTAN

De si à té curt ÿ ns a raia s4omta mt ha bite che LU moitie santa.

Père, et je me fais un plaisir de vous y conduire. » Le jeune Condi vient de terminer ses études à l’Université des Pères Jésuites à Beyrouth.

On pénètre dans des voûtes basses : on frappe au marteau d’une grosse porte en bronze et nous sommes admis à l'intérieur d’une cour spacieuse, pavée de mosaïques de marbres précieux et brillante comme un miroir. Tout autour, une double ou triple rangée d'arbres odorants suspendent leurs guirlandes et leurs fruits. Trois ou quatre rosiers font courir leurs branches chargées de fleurs le long des murailles. Au centre de ce riche parterre murmure le traditionnel jet d’eau qui retombe en perles dans son bain de granit. Des arceaux à l’ogive étranglée s'ouvrent autour de ce jardin. D'éblouissantes soiries damassées revêtent les divans, élevés aux extrémités, sur des estrades de marbre, sous de hautes alcôves. Des arabesques courent au milieu des roses en déroulant leurs élégants festons sur des murs de pierre. C’est frais, ravissant, enchanteur.

Pendant que nous attendions la maîtresse de la maison, sur les beaux divans garnis de Damas, les serviteurs nous offrirent le café turc, les oranges et les citrons confits ; c'était aussi de la grande politesse que d'accepter des cigarettes ; je m'efforçai d'en allumer une avec toute l’habileté possible, ce à quoi j'ai bien mal réussi. On a dû avoir égard à mon inexpérience.

avec beaucoup d’urbani français et elles savent

Ces dames étaient heureuses d'apprendre des nouvelles de leurs Compatriotes et je ne Le fus pas moins de rapporter leurs amitiés et leurs compli. ments à tous les Syriens quiles connaissent en Acadie.

rait le chef de saint Jean

musulmans prirent poss

convertie en mosquée d'une magnificence si grande qu'on rapporte qu'il fallut dix-huit mulets Pour apporter les comptes au calife ; cents ouvriers

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Il faut traverser la grande cour aux fontaines des ablutions pour arriver à un joli jardin où est élevée une petite mosquée qui renferme le corps de Saladin. Son cénotaphe est revêtu de tapis en drap

d'or précieux et de soiries brodées. Ici repose le

* corps du plus grand (!) des souverains de l'islam. 11

s’ emparait de Jérusalem en 1187, massacrait les chré-

tiens et laissait partout en Terré-Sainte les marques

de la plus honteuse profanation. Les pèlerins de Jérusalem jettent sur sa tombe un regard de pitié !!

Les cérémonies de l'après-midi ont lieu chez les Pères Jésuites, dans la maison de saint Jean-Damascène. Au VIlième siècle, la capitale du nouvel empire des Arabes renfermait encore dans son sein un

ncmbre considérable de familles chrétiennes. La maiscn des Mansour s'était depuis longtemps signalée par son attachement à la foi de Jésus-Christ ; elle avait toujours partagé les honneurs dans l'Eglise et même au palais des califes. Les hautes charges furent successivement occupées par le grand-père et le père de Jean qui à son tour devint intendant à la cour. Profitant de ces dignités, ils employaient leur fortune et leur influence à protéger les chrétiens opprimés et à racheter ceux qui étaient captifs.

Jean de Damas, né en 676, eut l'avantage d’une haute éducation. 11 reçut de Cosme, moine infortuné, racheté par son père, les enseignements les plus élevés de la philosophie chrétienne et il devint l’hom-

Orient, à son époque. Il Léon l'Isaurien le culte des Il souffrit La

Sant que la cicatrice faite par le sable,

Lieux. Nous avons y

la route de Jéricho,

“dron a creusé entre Jérusalem et 1a mer Morte. I] “devint prêtre, poète et docteur.

. Une tradition constante identifie 14 demeure de saint Jean ène avec la résidence actuelle -des Pères Jésuites. Avant que les Chrétiens se fussent établis dans ce Quartier, cette maison était dé. Signée par les Musulmans sous le nom de Beïit-

Mansour, c'est-à-dire maison de Mansour; c'était à leurs yeux un bien sacré qui relevait dela grandemosquée. Ils consentirent dans la suite à la louer à des grecs catholiques qui venaient chaque année y célébrer la messe le jour de la fête du saint. Les Jésuites en firent l'acquisition en 1875.

Ce dimanche, 18 avril 1909, est un jour mémorable pour la France. A Rome, le Souverain Pontife,. par son magistère infaillible, déclare Jeanne d'Arc Bienheureuse. Les dépéthes nous apprennent que- 70 évêques et 30,000 Français sont à Saint-Pierre et assistent à l'apothéose de la Vierge de Domremy ; on ajoute qu’un membre de la jeunésse catholique, portant le drapeau français, eut, au passage du saint Père, dans la basilique vaticane, l’heureuse idée d'élever les couleurs nationales et de les abaisser ensui-te au-dessus de la sedia de manière à les faire toucher à la personne auguste du Vicaire de J.-C. Pie X, en un geste gracieux, se hâta de les couvrir. de baisers. Rome embrasse la France! Dans les circonstances actuelles, ce baiser d'amour donné parle Père des fidèles a dû soulever un enthousiasme dé. lirant.

En térre étrangère, les pèlerins français et cana-. diens-français fêteront aussi Jeanne d'Arc. Le Rév.. Père Cordier, dans un beau discours, célébra les gloi-res de la Bienheureuse Jeanne et nous invita à l'invoquer avec confiance pour le salut de la patrie. Le.

VERS LA TERRE-SAINTE 253 en re

Cantique à la Bienheureuse et la bénédiction du saint Sacrement en son hc:neur terminèrent une belle et sainte journée à Damas.

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BA'ALBEK.

Le 19 avril, 1909.

Nous allons à Ba'albek, une ville de Syrie re- #Marquable par son 8rand temple du Soleil. Le nom de Baal nous transporte au temps des Assyriens lorsque les paiens rendaient un culte à toutes les divinités.

vince de Québec, un Voyageur a l'avantage de réci-

deh, Arafie, Ain-Tigeh, Deir-Hanoun, Zebdani, Zer- &haya, Yahfoufak, enfin Rayac où nous prenons l'embranchement de Hama pour Ba'albek. C'est à défier les mémoires les plus heureuses, n'est-ce-pas ?

Les archéologues et les amateurs de ruines s'en

re méme

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donnaient beaucoup au plaisir d'a! à Ba'albek. J'étais blasé de tant d'antiquités vues . ‘r'ici, parlà; j'étais fatigué de ce trémoussement continuel et j'allais laisser de côté l'importante visite des fameuses. ruines du temple héliopolitain, lorsque mon aimableet savant compagnon de chambre, M. l'Abbé Vigouroux, vint, en trois mots d’histoire,exciter ma curiosité et stimuler mon courage. Je lui dois de la reconnaissance.

À la conquête de l'Orient par Alexandre (356: à 323 avant Jésus-Christ) et sous ses successeurs, les Grecs s'établirent à Ba'albek. P.: suite d'une assimilation du Baal phénicien avec leur dieu Soliel Hélios, ils appelèrent la ville Héliopolis, qui veut dire cité du Soleil, etil ne faut pas la confondre avec l'Héliopolis, où s'arrêta la sainte Famille dans. sa fuite en Egypte.

Le culte des dieux ?se répandit vite, surtout: lorsque les Romains vinrent s'y établir au temps. d'Auguste ; on désigna alors le dieu Soleil sous lenom de Jupiter d'Héliopolis; on le représentait sous la figure d'une homme imberbe, enserré dans unelongue gaîne en forme de cuirasse: de la main gau-. che, il tient un foudre et des épis, la main droite. brandit un fouet ; deux taureaux sont à sa droite et à sa gauche.

Antonin le Pieux (138-161) remplaça l’ancien. temple par un édifiee aussi vaste que somptueux.

Pense "RE ES, * VERS LA TERRE-SAINTE 255

annee

Son œuvre fut Continuée par les empereurs qu. lui succédèrent jusqu'à Caracalla (211.217.

grandiose exécution destemles ct 1: à.

Marquable état de ion de quela:ies ines de leurs parties montrent mieux qu'aucun autre Monument de la Syrie ou même de l'Empire à. que : Rome au Ilième et au IIlième siècles de notie ère SaVait et pouvait ‘accomplir. Il faut noter aussi que ces grandes ruines sont très utiles Pour nous

Les Propylées, ou le vestibule à colonnes, répondent au Parvis des gentils, la cour hexagonale au

les victimes sur le bucher après qu'il avait aspergé l'autel de leur sang. Les bassi en. pierre. et en

Marbre, où, ceux qui voulaint sacrifier aux dieux u pénétrer dans le temple accomplissajent les lus. trations rituelles, en s'y lavant les mains et les pieds, sont encore là. I] y à des frontons d’alcove, des

nee mue

corniches, des frises qui conservent de fines sculptures en forme de grappe de raisins. Ce qui étonne le: plus ce sont les proportions colossaies des six colonnes qui faisaient partie de la colonnade autour du texiple. Elles supportent une corniche dont chaque pierre pèse des centaines de tonnes; elles ont bravé le temps, les’ guerres et les tremblements de terre et elle sont encore là pour montrer le travail. fait par les païens en l'honneur des dieux.

Le, tgmple s'élevait sur une très haute substructure et dominait toute la plaine afin qu'on puisse l’apercevoir de partout ; sa grandeur et sa beauté le faisaient regarder comme une des merveilles du monde.

Où les divinités païennes furent adorées, on: rendit hommages au vrai Dieu, puisque, après que Constantin y eût détruit le culte de Vénus, l’empereur Théodose le grand au IVième siècle fit renverser le grand temple et y bâtit une église de ses débris. Les trois absides reposaient sur les marches de l’escalier du temple héliopolitain. On voit::encore des restes de cette sasilique entr’autres des . de pier* re au monogramme du Christ.

En 634, la ville devint musulmane et resta:

sous là domination arabe jusqu'à la conquête turque en ‘1517. Bien des combats ont eu lieu; .ce fut toujours sous les même remparts romains, restaurés à diverses reprises et fort bien conservés aujourd’hui.

La visite de ces ruines nous étonne, et, devant ces travaux gigantesques et anciens, on se demande si le génie pourrait réaliser de nos jours des entreprises aussi extraordinaires avec les moyens d'action de ces temps primitifs. : |

Tous ces labeürs immenses ont été entrepris Pour honorer les divinités paiennes’{ Pourquoi ne ferions-nôus Pas autant pour le bon Dieu véritable? Que ses temples et ses autels soient embellis de notre mieux. Ne craignons point les sacrifices quand il s’agit d'élever un monument à la gloiré:de Notre- Seigneur et notre Dieu.

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