BEYROUTH
Le 20 avril, 1909.
Ba’albek, Mrejatt, Bhamdoun, Jambour sont déjà loin et nous arrivons à Bey:outh, heureux de revoir l’«Etoile», qui nous attend dans le port.
La ville de Beyrouth ressemble, selon l’expression des Arabes, à «une jolie sultane .accoudée sur un coussin de verdure et contemplant les-flots dans unerêveuse indolence». En effet, autourdéls ride, les maisons s'élèvent en amphithéâtre, sur les penchants de riantes collines, au milieu d’une riche végétation.
EN CS NE La grande ville a une population de 125,000 habitants ; elle a tout le cachet oriental, mais elle subit. l'influence européenne à cause de son port. Les. steamers d'une compagnie de navigation française, Les Messageries Maritimes, y font un service régulier de tous les jours entre Marseille et Beyrouth.
Le temps maussade n'invite guère les pèlerins à. la visiter. Malgré une pluie torrentielle, je me rends chez M. le Consul de France - pour ‘obtenir certains renséignéménts sur un ami que je savais revenu à Beyrouth, après avoir couru mers et. monde. Je l'aurais rencontré au Collège Saiñt-Joseph à la ville voisine, mais le temps me manquait. pour lui causer une surprise. Je continuai ma course à travers les rues au risque d’être englouti dans. la boue—de la boue blanche comme de la crème. Un Capucin qui passait l’autre côté dela rue, avait cru prudent, pour ne pas perdre ses sandales, de les porter sous son bras ; il naviguait plus à l'aise vers. son couvent.
J'entrai chez les Lazaristes où on m'apprit que: Beyrouth était sur le point de se révolter et que des. vaisseaux. de guérre venaient d'entrer dans le port pour surveillèr les troubles. Des fermes ottomanes. ayant été inisultées par les druses, on joua du couteau et du'étylet ; plusieurs tombèrent sous la lame meurtrière. La paix se rétablit, cependant, il y a encore beaucoup à craindre... Les Arabes ont
le caractère violent et ils Pourraient bien recommencer les massacres...
Les nouvelles du Père Ouannès me donnèrent la crainte, mais ses dernières paroles me glacèrent d'effroi. Je regrettais ma course téméraire !! Pour m'avoir fait Peur, le Père en fut, pour son: compte, obligé de me reconduire au bateau... .et voilà !
Plusieurs religieux des conmunautés de la ville s'étaient rendus à bord Pour rencontrer des amis ou des compatriotes. Je fus heureux de saluer le R. P, Roy, capucin attaché à la Délégation apostolique de Beyrouth. C'est un vrai Canadien, natif de la ville de Sorel et dont les parents demeurent à Montréal.