‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 6 sur 105 · MONTRÉAL · texte numérisé non relu

MONTRÉAL

Bien que j'aie peu de temps, à Montréal, je ne saurais manquer de faire une visite à monsieur le Chanoine LePailleur,ami loyal des Acadiens et aumônier général des Artisans Canadiens-Fraaçais, pour le remercier des honneurs qu’il m'a réservés dans la Société des Artisans en me faisant nommer par le Conseil exécutif, aumôniér pour les Provinces Maritimes.

Il faut prendre le thé. La conversation, à cette table entourée de huit vicaires devient très animée; ça aide l’appétit!... et les ménagères qui voient

disparaître leurs petits mets, sont toutes heureuses d’avoir contribué pour leur bonne part aux honneurs de la maison et aux politesses du bon Curé.…..

Un coup de téléphone avait appelé discrètement deux amis et paroissiens de M. le Curé. Nous trouvons au fumoir M. l'échevin Alfred Gauthier et M. Médard Paquette, ex-échevin de la Ville Saint-Louis du Mile-End. Tous deux doivent faire le voyage de Terre-Sainte, mais x mon grand regret, ils ne s’embarqueront à New-York que le 6 de mars. Nous espérons nous rencontrer à Marseille, France, d’où nous partirons tous ensemble pour la Palestine.

Il faut aller aux derniers préparatifs; aussi un dernier mot pour mettre en règle passeport, billet et bagages, et demain je serai prêt. En arrivant chez M. L.-J. Rivest, l'aimable agent des voyages, je fais la rencontre d’un M. Allain, qui, ayant appris mon voyage en Europe, vient me prier d'être utile à son neveu, un tout jeune homme de dix-huit ans, beau et gentil, mais par-dessus tout bon et pieux, qui quitte sa bonne mère et toute sa famille pour se rendre au Mont-Carmel, en Palestine, afin de se consacrer à Dieu dans l’ordre des Carmes de Terre- Sainte. Dieu a choisi ce jeune homme, et lui, de son côté, laissant toute considération humaine, répond avec une générosité extraordinaire à l’appel du Divin Maître!

Ainsi, Horace Cosgrove est de notre voyage.

Je me compterais bien heureux, si le sacrifice de ce jeune Acadien, par sa mère, inspirait à nos petits Acadiens d’Acadie, l'heureuse idée de se faire religieux. Il y a certes de bons jeunes gens chez nous, sur qui le bon Dieu a ses vues; il faudrait répondre à l'appel!

Le 25 février, 1909.

Après une nuit réconfortante et un bon déjeûner chez ma sœur, Mme Émile Bisson, je me sens parfaitement dispos pour le voyage. On se rend à la gare où un groupe de parents et d'amis nous attendent. Le bon vieux papa Joseph (saint Joseph comme maman Marie l'appelle) a voulu être aux derniers adieux. C'est l’augure d’un voyage béni, car ses bons souhaits ne sauraient que me porter bonheur.

Adieu! Adieu!! Bon voyage!!! Écris-nous souvent, ne fût-ce qu’une carte-postale des vieux pays. — Les uns la voulaient de Jérusalem, les autres de Rome... de France...

Horace est là, paraissant joyeux. La mère tue sa douleur en s’occupant de petits soins; elle ficelle une boîte remplie de fruits et de bonbons! Oh! qu’elle sont fortes ces femmes, et qu'elles sont généreuses dans leurs sacrifices! ! L'échange des baisers fut d'une touchante grandeur; la séparation fut même joyeuse. Le jeune homme, assis à mes côtés, égrainait en silence son chapelet, marquant ses gloria d'un long soupir... Je n’osais parler crainte d'éveiller la dou-

leur, mais la réaction devait se faire sentir. I] fallait donner libre cours aux larmes; elles soulagent, et elles n'ôtent rien au mérite, en Pareille circonstance.

Nous faisons le trajet de Montréal à New-York par le «Delaware & Hudson Railway ». Nous suivons les rives enchanteresses du lac Champlain, découvert il y a trois cents ans par le fameux explorateur français, Samuel de Champlain. Des grandes fêtes se préparent pour la célébration de ce grand événement, qui aura lieu en juillet prochain, dans plusieurs villes riveraines.

Nous traversons les Adirondacks: du sommet des rochers, nous tombons dans des ravins profonds ; tantôt nous sommes à la cime des monts, tantôt nous longeons le flanc d’un côteau qui sert de falaise au lac. En été, ce doit être un enchantement que ce pittoresque pays. J'ai appris avec chagrin la nouvelle du grand feu de Bouctouche. J'ai pensé combien il devait être pénible pour Mgr Hébert de quitter sa paroisse en de si tristes circonstances. Comme notre Voyage est tout tracé d'avance, il ne saurait retarder. Je dois le rencontrer à New-York samedi, et j'aurai des nouvelles fraîches du pays de Cocagne.

À la prochaine lettre, nous serons en mer puisque samedi,à deux heures, les amarres retenant captif le « Roma », étant enlevées, nous partirons pour l’Italie. Que Dieu etla Bonne Vierge d’Acadie protègent aotre vaisseau. Adieu les Amis et priez pour nous !

Page 1