‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 7 sur 105 · NEW-YORK · texte numérisé non relu

NEW-YORK

Le 27 février, 1909.

Bien d'autres que moi ont écrit leurs impressions sur la grande ville américaine. Tous, je n'en doute pas, s'étonnent de çette immensité où tout grouille et tout remue. Dans deux jours j'ai parcouru presque toute la ville. On fait beaucoup de chemin en peu de temps au moyen de l'électricité. Il faut goûter de tout: le subway, le tramway et l'Elevated m'ont tour à tour fait circuler dans New-York, m'arrêtant ça et là pour voir, pour admirer. Quelle gigantesque structure que ce fameux pont de Brooklyn suspendu au-dessus de la East-River! C'est une des merveilles du monde. C’est par milliers que les gens y passent, surtout à l’heure du travail fini. A perte de vue sont les édifices principaux; ce sont bien, à la vérité des gratte-ciel puisque au trente-cinquième étage on se trouve presque dans l'au-delà.

La rencontre du KR. P. Valès, 0. M. I, curé de Fort-Alexandre au Manitoba, partant pour la France, me vaut la bonne fortune d’une chambre, pour moi et mon petit montréalais, au «Mater Misericordiæ Hospital » dirigé par les Sœurs de la Miséricorde de Montréal.Après quelques courses en ville, il fait bon de se retirer au couvent, on se sent plus à l'aise qu'à

l'hôtel. I1 faut bien tenir compte de deux belles veillées en compagnie de nos sœurs canadienn A la cathédrale Saint-Patrice, j'ai assisté à un off religieux. J'ai pu admirer le massif autel de marbre blanc, resplendissant sous les mille feux des ampoules électriques. Tout est richesse et splendeur. Le très saint Sacrement exposé sur un autel latéral m'invite à dire à Jésus-Hostie que je désire un bon et heureux voyage. C'est de là que je dis adieu à la famille, à la paroisse et au pays que je quitte, demandant à Dieu de tout conserver sous sa sainte garde.

Je me rends au port. Le « Roma » dans sa fraîche toilette blanche est prêt pour la traversée. Mes bagages sont déposés à la cabine n° 4, en première, où nous habiterons quinze jours durant. Comme c'était notre.lieu de rencontre, Mgr Hébert y était déjà rendu en compagnie de son frère, M. Placide Hébert, grand manufacturier de chaussures de Lynn, qui était venu l'accompagner jusqu'au bateau. M. Hébert nous quitte au souhait du «good speed » américain! Bon et heureux voyage.

Pour ceux qui n’ont jamais quitté leur pays, ils ne sauraient dire tout ce qui se passe dans l'âme au moment du départ. La sirène vient d’annoneer par un cri strident, deux fois répété, qu'il faut appareiller, l'officier du bord avertit les gens du pays de quitter le navire, les matelots enlèvent les passerelles, les amarres sont retirées et voilà que l'immense

palais flottant se met en marche. Le cœur se serre,

se brise: les yeux laissent couler des larmes. On dit: adieu à tous ceux que l'on aime, et si l'espérance est au plaisir de se revoir, il y a bien l’appréhension de cette mer terrible qui nous offre tant de dangers.

Les mouchoirs s agitent de part et d'autre: du bateau au quai, du quai au bateau, on échange pendant longtemps des signés d'amitié. Il est quatre heures et dix-hu't du soir lorsque nous sortons du havre de New-York. Nous dépassons le bateau-phare à Sandy- Hook qui s'appelle depuis peu «Ambrose Channel ». Bientôt, amis, villes, paysages disparaissent, pour ne nous laisser que l'horizon d’ azur et les flots de la grande mer.

Je jette un coup d'œil autour de moi, j'y vois des héroïnes qui quittent leur pays pour aller se consacrer à Dieu: trois demoiselles, des jeunes Canadiennes doivent entrer chez les religieuses franciscaines de Rome; des religieuses qui après dix et quinze ans d'absence retournentdans leur chère Italie; des malades qui vont aux pays chauds demander un peu de santé; des touristes qui vont aux grandes villes d'Europe pour faire la vie et s'amuser; nous, nous y allons en pèlerins, puisque notre but est de voir la Rome des papes et les Lieux sanctifiés par la présence de notre Divin Sauveur.

Nous sommes vingt passagers de première : un prélat, un curé, neuf religieux et quelques laïques.

Déjà nous sommes tous bons amis, s'efforçant de s’aider les uns les autres à se faire oublier les petits ennuis qui ne sauraient qu'arriver durant une longue traversée de douze jours.

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