‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 89 sur 105 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

Le 28 mai, 1909.

Le rapide de Lausanne nous amena à Paris ên 5 heures, en gare du P.-L.-M. (Paris-Lyon-Méditerranée.)

Perdus parmi 12. foule des voyageurs, nous franchissons le quai de la gare, et, avec de grands yeux, nous scrutons cet éblouissant Paris, la ville de grandes choses et des grandes merveilles. La première vision est celle de la tour Eiffel qui domine de beaucoup toute la ville, le Trocadéro, les massives tours de Notre-Dame, et, dans le lointain, sur le sommet de Montmartre, l'imposante basilique du Sacré- Cœur de Jésus.

Il faut se rendre d’abord à notre pension; nous avons l'embarras du choix de locomotion : il y a des. omnibus, des autobus, des automobiles, le Métropotain, le chemin de ceinture et enfin des fiacres de toutes sortes ; nous prenons une voiture ouverte

nous accucillent de Srand cœur.

Vite,après notreinstallation et un brin de toilette,

nouvelles de chez nous. Tout va bien, écrit on; con-

solante pensée qui nous rendra le séjour encore plus agréable à Paris.

très facile de S'écarter. Nous p journée d'orientation : un voyag le Métropolitain, long souterrain qui traverse Ja ville en tous sens » une descente de l'Arc de l'Etoile

Tenons une bonne

Course à Montmartre en autobus, et, enfin, un tour de ceinture Pour arriver à Ja Porte-Maillot où nous

Mn

capitale de la France. Chaque objet, chaque incident prend des formes spéciales et l'ima gination qu'on peut s'être faite de tout ce qu'ilyaici ne saurait parvenir à la réalité ; c'est du merveilleux sur toute la ligne. On appelle Paris, la Ville-Lumière: c'est bien d'ici que rayonne par tout le monde ce puissant solcil des arts; c’est un centre de grandeurs et de beautés, c’est aussi un centre. de laideurs.

Pour écrire sur Paris, il faut y avoir séjourné ongtemps. Il faut avoir vu, connu et étu- Idié la vie parisienne, ot, comme je n’y suis que pour que.jues jours, je ne puis écrire autre chose que ce que je remarque en passant.

Le dimanche 30 mai, jour de la Pentecôte, nous allons assister à la grand’messe à Notre-Dame, l'église métropolitaine de Paris. Les cérémonies sont grandioses ; Sa Grandeur Monseigneur Amette, archevêque de Paris et successeur de Son Éminence le Cardinal Richard, officie en grande pompe. Après le chant de tierce,le pontife fait une procession autour de la cathédrale et tous les étrangers sont admis au baisement de l'anneau, au passage de Sa Grandeur. Les ornements précieux en usage à cette messe du Saint-Esprit sont ceux que portait le Pape Pie VII, lors du sacre de l’empereur Napoléon dans cette même église de Notre-Dame.

La maîtrise de l'église, composée de fraîches voix d'enfants, exécute en plein-chant la messe ro-

yale. La cathédrale est bien loin d'être remplie, et il faut ajouter que ceux qui sont présents paraissent des étrangers. C'est avec un profond chagrin qu'on remarque le peu de religion de nos frères français : la fille aînée de l'Eglise oublie ses destinées et le courant actuel l'entraîne loin de Dieu. C'est triste! C’est. désolant !

La visite des églises est ce qui nous intéresse le plus. Nous allons à la Madeleine ; cet édifice quoiqu'étant destiné Pour une église, fut fait sur les plans du Panthéon de Rome. La révolution ayant interrompu les travaux, Napoléon Ier en ordonna le parachèvement pour en faire un temple de la Gloire et y fit mettre l'inscription suivante : «L'Empereur Napoléon aux soldats de la grande armée ». Après plusieurs difficultés. l'église fut ouverte au culte en 1842. L'intérieur est très Curieux : les murs latéraux n'ont pas de fenêtre et la lumière ne pénètre que par trois claires-voies dans la voûte.

Dans cette demi-obscurité, le bel autel de marbre, surmonté du groupe de sainte Madeleine s'éle- Vant au ciel sur les ailes des anges, apparaît d'une blancheur plus pure et d’une élégance plus grande.

Nous arrivons à l'église gothique de Saint- Germain l’Auxerrois, au moment d’une prédication qui se termine par une imposante bénédiction du très saint Sacrement. J'ai vu là des enfants de sanctuaire bien disciplinés: leur tenue et leurs ma-

nières élégantes au service de l'autel :u’ont bien édifié. C'est du petit campanile de ce sanctuaire que fut donné le signal du massacre de la Saint- Barthelémy, du 24 au 25 août 1572; la cloche ne cessa de tinter toute la nuit. ,

Une petite chapelle qui attire tout le monde est celle dédiée à Natre-Dame des Victoires. Elle fut bâtie en 1629 par Louis XIII pour l'accomplissement d’un vœu. On a agrandi l'édifice en 1656, c'est celui qui existe aujourd’hui et qui voit fleurir, dans Paris, le culte de la sainte Vierge par l'archiconfrérie du Saint-Cœur de Marie. Cette église est la plus fréquentée de la capitale; à quelque heure du jour que ce soit, il y a affluence devant l'autel de Marie. Des lampes votives et des cierges brûlent continuellement devant la statue couronnée de Notre-Dame des Victoires.

Nous avons visité aussi la belle église de Saint- Eustache; elle est remarquable par son ancienneté, ses riches sculptures et ses vieux vitraux. Ici, comme dans plusieurs autres églises, s’il y avait un peu moins de poussières sur les boiseries des stalles, sur les draperies des statues, cela n'ôterait rien au mérite de ces antiquités et la valeur artistique serait mieux goûtée.

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