LES DEUX POLES DE L’AME.. IIUMAIXE
heurte plus rudement que cette doctrine, et cepen dant, sans ce mystère, le plus incompréhensible de tous, nous sommes incompréhensibles à nousmêmes. Le nœud de notre condition prend ses replis et ses formes dans cet abîme, de sorte que riiomme est plus inconcevable sans ce mystère, que ce mystère n’est inconcevable à l’homme. » Pascal vivait à une époque où le Dogmatisme théologique tranchait toutes les difficultés. Depuis lors, l’esprit humain qui s’est affranchi de liens désormais trop étroits, se retrouve en présence de problèmes identiques, pour la solution desquels les meilleurs cerveaux admettent que nous sommes en présence d’un Inconnaissable, qui dépasse les limites de notre entendement. Le Dogmatisme catholique a[[irtïie, comme c’est sa raison d’être et son intérêt temporel. L’esprit simplement religieux, sans attache confessionnelle, s'incline 'devant les origines qu’il se reconnaît impuissant à pénétrer. Est-il besoin, d’ailleurs, de rechercher une raison métaphysique à cet expressif contraste des deux natures : les natures royales et les natures bestiales ? Ne suffît-il pas d’une explication historique ou d’une explication ethnique ?
Voyez les traits successifs que nous livre la clïro-
nique dans une sorte d’Au /our le iour, alternativement repoussant ou sublime. Ici, c’est l’affreuse coopération d’une horde teutonne, précipitant au milieu de meules enflammées des femmes et des enfants... Mais là, c est un petit soldat français recueillant un bébé abandonné, l’emportant avec lui comme la mère la plus vigilante, et n’ayant de cesse qu il ne 1 ait mis à l’abri du danger et confié à des mains sûres ! Ici, c’est le meurtre, l’incendie et le viol, avec les complications qu’un effroyable sadisme vient ajouter à la bestialité ! Et puis en face, se dresse l’image inoubliable du jeune soldat breton, resté seul de son bataillon décimé, et qui s’enfuit dans la nuit glacée en serrant sur son cœur la hampe sacrée du drapeau î Petit soldat de 1914, dont le nom, hélas î périra tout, mais de qui le geste demeure inoubliable, c’est à toi >que la France devra la victoire, car, si naïf sois-tu, sous ta capote bat le cœur d’où partent les impulsions héroïques, le cœur qui fait les grandes choses ! Et l’ame inquiète, l’âme qui doute de sa céleste origine, se demande avec angoisse ce qui doit l’emporter dans la balance : ou bien la douleur, l’humiliation qu’une créature à face humaine puisse descendre si bas, ou bien la joie et la fierté qu’elle puisse s’élever si haut ! N’avais-je pas raison d’écrire que ce sont là les deux pôles extrêmes de Famé humaine ?
LES DEUX POLES DE l’aME HUMAINE
Le fruit inappréciable do cette lutte épique aura été d’opposer en pleine lumière une double catégorie de créatures à face humaine, portant le nom d'hommes, mais n’y ayant pas des droits égaux, et cela non plus seulement dans le domaine individuel, mais aussi dans l’ordre collectif. Et comment ne pas évoquer ici la figure de Gobineau et son fameux essai sur VInégalité des Races humaines ? Le principe de son idée était juste et sans doute y avait-il quelques éclairs de génie dans cette cervelle fumeuse modelée par un impénitent germanisme. Mais combien d’erreurs dans la mise en œuvre et quel douloureux démenti les événements se chargent d’apporter à son application ! Combien surtout il eut tort de repousser les autres facteurs du développement humain, la religion par exemple, et l’individualité des grands hommes ! Ce n’est pas ici le lieu d’insister sur l’idée, mais simplement de l’indiquer — et le prodigieux développement de la race japonaise marque assez ce qu il y avait d’insuffisant dans ses vues ! A 1 issue de cette guerre —' c’est pour cet idéal qu avant tout nous combattons — le monde entier qui suit les phases de la lutte, et non pas seulement les neutres, de qui la neutralité est, jusqu’ici, contestable, mais ceux encore qui, à aucun titre, ne sau-
raient prendre part à l’action, le monde entier, dis-je, saura opposer, dans nn saisissant contraste,, les races justement qualifiées royales, et dignes de ce nom parce quelles auront incarné la civilisation, à celles que guette l’inévitable déchéance, parce que de leurs propres mains elles ont signé cette déchéance !
Ite Ûevoip des Intellectuels
Une idée sort d’une autre, logiquement, implacablement ; par conséquent un développement se détache d’un autre, comme un fruit mûr de la branche qui trop longtemps l’a porté, avec la même nécessité. Quand je notais la conclusion de mon étude sur rinstitut et la Guerre, j’indiquais déjà ce que pourrait être le Devoir des Intellectuels. Le thème se trouvait marqué, qiie je rappelle aujourd’hui, sur quoi il ne reste plus qu’à développer les variations. Au résumé, disais-je, en dépit de quelques défaillances fâcheuses, attribuables sans doute à la timidité d’esprit, et que leurs auteurs doivent aujourd’hui regretter, la France peut être fière de ses écrivains et de ses penseurs. Tous, ou prescfue tous ont compris qu’ils avaient à combattre avec leurs armes propres, qui sont la plume et la parole,parallèlement à ceux qui dans la tranchée tiennent le fusil ou le sabre. Ils ont
compris égfiilcmciit icju’ils prcriciicnt leurs positions, donc leur responsabilité, sous les regards du monde et pour l’édification des neutres, de ce qui reste encore comme neutres dans 1 univers civilisé.
Voilà un point de vue fécond : celui de la timidité des Intellectuels, dès qu’ils sont mis en face de l’action nécessaire. On le constate, on 1 a constaté mille fois;-jamais on n’aura eu l’occasion de le remarquer plus souvent qu’au début de cette o’uerre, où les plus « aplatis » furent presque toujours les plus cultivés. Mais constater un fait, ce n’est pas l’expliquer. Je crois qu’il trouve sa raison, du moins la principale, dans une sorte de phénomène de Dédoublement, assez commun chez l’homme qui pense et se regarde penser et qui, au moment d’agir, se regarde agir pareillement, en même temps qu’il esquisse le geste nécessaire. Et c’est cette absence de dédoublement qui, dans l’action, fait la force des simples, des impulsifs, par opposition avec les défaillances des raisonneurs et des analystes. Chez les impulsifs la période de délibération est inexistante, ou à peu près nulle : l’image qui produit le déclanchement de la volonté se confond avec l’acte, ou tout au moins avec le geste initial. Tout intellectuel est, plus ou moins, un analyste, c’est-à-dire un homme chez qui la