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LE DEVOIR DES INTELLECTUELS

nous conduire à la ruine irréparable, trouvèrent, Dieu merci, leur compensation et leur correctif dans les richesses inaltérables de la race, dans cette faculté unique de rebondissement qui est le propre de l’ame française, dans ce qui fait la France éternelle, autant qu’indispensable à l’avenir de l’Humanité. Profonde vérité d’âme, entièrement méconnue de nos adversaires, parce qu’une race, comme un individu, ne comprend que ce qui déjà se trouve chez elle en germe : c’est l’idée qui sort victorieuse du conflit européen, et c’est la reconnaissance de cette idée qui commande l’orientation de tous les hommes de pensée parmi les neutres. Un personnage célèbre dont j’étais loin d’admirer, avant la guerre, les tendances intellectuelles, mais qui a bien mérité de notre pays pour la campagne active qu’il mène en notre faveur dans la presse américaine, Théodore Roosevelt a dit en termes impressionnants : « La ^France a occupé, dans le monde moderne, une position aussi unique que la Grèce dans l’antiquité. Si elle était brisée ou abattue, ce serait aujourd’hui une perte aussi grande que la perte qui fut soufferte par le monde quand le génie créateur des Grecs disparut avec leur pouvoir politique et leur grandeur matérielle. Le monde ne saurait se passer de la France. »

Belles et nobles paroles qui sonnent aujourd’hui

comme le talisman de la victoire ! Mais ce n’est pas assez de vaincre... il faut encore profiter de la victoire. Quand celle-ci aura été assurée, il faudra songer à l’organiser. Ce ne peut être alors — l’âme française n’étant souveraine qu’en période de crise —■ ce ne sera que par futilisation raisonnée des forces sociales, sans abstention ni ménagement. Ainsi nous assurerons à notre pays le rang qu’il doit occuper. Et la première organisation qu’il faudra lui appliquer, ne l’oublions pas, c’est cette organisation politique par où si longtemps il a pêché et qui représentera le plus impérieux devoir où il faudra que collaborent ses Intellectuels.

lia Hantise de la popee Allemande

Quand plus tard, beaucoup plus tard, la guerre européenne étant terminée depuis plusieurs années, et réglées les questions essentielles qui s’y rattachent, on voudra écrire l’iiistoire de cette période mémorable, on se trouvera en présence d’un fait de psychologie collective qui s’imposera à l’attention : la hantise de la force allemande. Cette hantise, on la savait réelle... mais pouvaiton l’imaginer aussi forte ?

Et d’abord, comment ne pas reconnaître qu’elle répondait à une réalité... à quelle puissante réalité ! Une nation qui, sur un front d’une telle étendue, résiste aux efforts combinés de trois peuples, affirme par là une formidable organisation, sur laquell^" notre erreur commune fut de n’être pas suffmmment documentés. L’esprit de discipline et. de hiérarchisation à tous les degrés qui constitue l’assise même de la puissance germanique, donne toute leur valeur de rendement aux irouiages d’une machine qui fonctionne comme

VLRS LA VICTOIRE

automatiquement. Quand je dis : notre erreur, je n’entends pas excepter de la critique un seul des Alliés. Erreur de la France rencontrant de telles résistances dans tout un parti pour le vote de la fameuse loi de trois ans qui, seule, pouvait lui donner le nombre nécessaire... Erreur de la Russie qui, en dépit de ses masses profondes de soldats, paya longtemps, malgré son héroïsme, la faute de n’avoir pas construit en assez grand nombre les voies ferrées nécessaires à leur rapide déplacement. Depuis combien de temps les Allemands seraient-ils repoussés de Pologne, et y auraient-ils même pénétré, si ces voies ferrées avaient existé?... Erreur de l’Angleterre ellemême, obstinée depuis des siècles dans cette conviction traditionnelle, ayant force de dogme, que la mer constituait pour elle la plus solide, la plus inexpugnable défense. Et la voilà contrainte de reconnaître la fausseté de cette conception, et sous la pression des circonstances, de voter des mesures qui, voici seulement un an, n’eussent pas trouvé une voix pour les soutenir ! Chacune des puissances alliées, sauf l’héroïque Belgique et la non moins héroïque Serbie, peut donc aujourd hui faire son mea culpü d’imprévoyance sur des points essentiels que l’ennemi entrevoyait comme autant d’éléments de succès pour ses armes, dont il escomptait l’avantage dans ses combinaisons. Tout

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