LA HANTISE DE LA FORCE ALLEMANDE
cela est bon, tout cela est utile à dire, parce qu il ne sert à rien de masquer ses erreurs, surtout quand la force des événements les met en pleine lumière, et parce que, au surplus, il serait maladroit de diminuer des adversiares qui luttent avec une telle opiniâtreté.
Par une sorte d'application de la loi des compensations, à notre défaut commun de prévoyance s’est opposée chez les neutres, moitié instinctive, moitié raisonnée, une hantise pareillement commune de la force allemande. J’ai dit que cette hantise reposait à la fois sur l’instinct et sur le raisonnement. L’Instinct d’abord, corroboré par l’éducation. Quelques-uns de ces neutres, comme les Etats Scandinaves, eurent leur mentalité tellement marquée, tellement imprégnée de culture allemande, qu’il leur est difficile de penser en dehors de ce cadre, et que l’échec décisif des peuples germaniques leur apparaît une sorte d’échec personnel. Tels autres, comme les Etats- Unis, se sont laissés à ce point envahir par l’immigration allemande — quinze millions d’hommes au chiffre des dernières statistiques — que celle-ci y représente véritablement un Etat dans l’Etat, et par sa propagande crée un courant ininterrompu d’opinion dont il est impossible de ne pas tenir compte. C’est là, appliquée en grand, la méthode d'itivasion, d’infiltration progressive, que nous
avons conslalée en France, et qui nous fut si préjudiciable. Je crois avoir noté ici que, dans une seule maison de Paris, que j’ai toutes raisons de connaître, sur cinq locataires importants, on comptait trois Allemands et un Autrichien.
rourtant.
. instinct et 1 éducation combinés ne peuvent suffire à expliquer cette hantise de l.i force allemande qui se manifeste si évidente chez certains neutres : il y faut encore le raisonnement, et le raisonnement, on voit assez où il aboutit : il
est renforcé par la suite des images que maintiennent sous leurs yeux les atrocités commises en Belgique et dans le nord de la France. A en juger par la façon dont ils se comportèrent dans ces deux pays, et sur laquelle il ne saurait plus y avoir ancun doute, qu’adviendrait-il de nous le jour où, ayant pris parti pour les Alliés, nous nous retrouverions en face d’une Allemagne victorieusel Psychologie bien humaine, aussi vraie pour l’individu que pour la collectivité. C’est le mécanisme de la terreur, sur quoi repose toute la politique extérieure de l’Allemagne, et qui est un moyen cl action comme un autre, bien approprié à sa mentalité, plus puissant que les autres, songentils, puisque leurs intellectuels l’ont exalté comme la ressource suprême, et cela dès le début de la guerre !
Seulement, qu’ils y prennent garde, toute mé-