I.I.- PRESTIGE DE L.\ VlC rOlRE
ne pas se trouver à rhoniieur ? Et vous imaginez de quel prestige ils seront auréolés le jour où, victorieux, ils reviendront au poste qu’ils occupaient avant la guerre dans l’existence civile ! Inconnus avant elle, ou, du moins,.noyés dans, la masse, désormais ils auront un nom : ils auront été les participants à la Grande Guerre, et les anonijn'ies désormais, ce seront les autres, ceux que l’âge ou les circonstances auront retenus loin de l’ennemi.
Faut-il ajouter qu’une telle observation s’applique à toutes les classes de la société, chacune dans sa sphère propre, et avec les moyens d’action qui lui sont particuliers ? Je pense qu’on me comprend,. sans insister davantage. Depuis le pavoun qui, d’une démarche plus assurée, posera le pied sur son sillon —■ ce sillon que sa constance et sa valeur devant l’ennemi auront contribué à préserver de la souillure étrangère et à maintenir français —■ depuis ce simple paysan qui en tirera un prestige inégalable dans le sein de son Conseil municipal, jusqu’à l’homme de haute culture : médecin,, savant, écrivain, qui aura couru des risques identiques sous la mitraille de l’ennemi, et de qui l’opinion sera écoutée avant toute autre dans les conseils de sa profession, tous auront une influence décisive sur la direction des affaires, et leur voix, — prenez-y garde vous tous qui, jus-
qu’à la folie mystique avez la religion de l'égalité, — ne comptera plus pour une unité, mais pour cinq, pour dix, que sais-jo I pour un chiffre qu’à l’heure actuelle nous ne 'saurions fixer.
, Et c’est précisément parce qu’à l’heure actuelle ils ignorent de quel coefficient il faudra multiplier ces unités, oui, c’est bien cette incertitude qui crée l’état d’inquiétude que nous discernons chez ceux qu’il nous faut qualifier encore de ce titre : les Derniers Politiciens de France. Car il y a encore toute une catégorie d’impénitents, de qui la mentalité, douloureusement retardataire, résiste avec énergie aux leçons de la Guerre et semble bien n’avoir pas évolué d’un pas quand les autres se pliaient aux circonstances ! Tardigrades enlêtés qui demeurent sur leurs positions quand tous les autres ont marché ! Comme ils nous semblent vieux et déjà marqués pour la déchéance, eux qui furent seuls à ne point observer la trêve généreuse des partis, à concevoir des idées de profit à l’heure où tous les autres n’en imaginaient que de sacrifice ! Ah ! que ne donneraient-ils, ceux-là, pour savoir, pour la connaître, cette belle Inconnue, à laquelle, comme les plus passionnés des amants, ils subordonneraient leur destin ! Aux deux pôles extrêmes on les voit, qui, d’un identique mouvement d’approche, tentent d’exploiter la situation, chacun avec ses armes propres. Et le geste est