LE PRESTIGE DE LA VICTOIRE
intéressant, beaucoup moins cependant par les conséquences qu’il peut avoir que par la signification immuable qu’il implique ! Mais qu’ils y prennent garde ! ils ne tiennent point en mains — ils ne l’auront même pas à la fin de la guerre — la valeur de V'Inconnue qui, seule, pourrait leur permettre de faire la preuve de leur opération, comme on dit en arithmétique !
Au résumé, cette erreur de jadis qui dégoûta tant de Français d’exercer leur droit de suffrage, et qui consistait à placer, dans un plateau de la balance le vote d’un imbécile ou d’un alcoolique, dans l’autre celui de Taine ou de Pasteur, en ajoutant : « Ils auront une identique action sur la direction des affaires publiques », cette erreur va trouver son correctif, que vainement on lui cherchait, et le meilleur de tous, dans la fatalité d’événements qui, à la façon d’une force naturelle, emporteront comme fétus de paille toutes les combinaisons de couloirs et toutes les petites manigances auxquelles, si souvent, se réduisait la politique de notre pays.
Croit-on, par hasard, que les yeux ayant assisté aux spectacles grandioses et tragiques de la Guerre, ces yeux en qui se seront reflétées des images inoubliables, n’en demeureront pas im-
pressionnés pour la vie et ne sauront pas communiquer à qui les approchera quelque chose du frisson sacré, frisson d horreur et de vengaance,. qui les aura traversés? Par quel prodige ces âmes pourraient-elles rester les memes que celles demeurées au foyer, et qui n’ont que la puissance de rimagination sympathique pour se hausser à ce niveau î
Je disais, en une aulrc circonstance, et je nem en dédis pas, qu’un des devoirs les jdIus urgents des Français n’ayant participé à la guerre que de leurs bonnes volontés unies, ce- sera de viviüer cette sorte de communion d’âmes entre combattants et non-combattants qui doit contribuer à Fexaltation du sens national.Et le meilleur moyen me semblait être une visite, une sorte de pieux pèlerinage aux régions dévastées de notre territoire. Tous ceux qui, déjà, purent le faire, visiter Senlis, Soissons ou Reims, emportèrent de cette
démarche un ineffable souvenir, .j’y voyais.
faut-d le rappeler ? — une efficace médication préventive contre ce mal français : la iaculté d'oubli^ où les plus clairvoyants des Germains, un Henri Heine, un Frédéric Nietzsche, discernaient justement une conséquence de notre générosité natulelle.., toujours la suite du mot historique- de Fontenoy ! J’y vois, en outre, un motif déterminant de nous serrer davantage les uns contre les