‹ Vers le cœur de l'AmériqueChapitre 25 sur 37 · UN JOUR A BETHANY-CHURCH III · texte numérisé non relu

UN JOUR A BETHANY-CHURCH III

Christ dans les relations ordinaires^ ce concours est précieux. Il apporte à Téglise cet appoint de Texpérience vivante et fraîche, qui corrige heureusement les vétustés des formules et la sécheresse des catéchismes. Les laïques américains sont un des trésors des Églises. Et parmi ces laïques qui savent joindre la parfaite simplicité de cœur au poids que leur confère une situation exceptionnelle, je donne une place toute spéciale à M. John Wanamaker. Puissent les générations nouvelles nous donner des hommes semblables, afin de continuer leur salutaire tradition de largeur d'esprit et de piété agissante.

Quand je regardai Técole du dimanche de Bethany-Church, il me sembla voir devant moi un jardin de Dieu. Plusieurs milliers d'enfants s'y pressaient; frais, vêtus de couleurs claires, depuis les petites filles et les petits garçons de six à sept ans, jusqu'à la jeunesse adulte de dix-huit à vingt ans.

La disposition de cette salle superbe permet de la diviser à volonté, pour isoler les groupes, et donner à chaque catégorie renseignement que comporte son âge. Je fus séduit par les tout petits, réunis en très grand nombre autour d'une dame qui les intéressait par de grandes images, des chants simples et alertes, des explications à la hauteur de leur compréhension.

Ces gentils bébés me chantèrent avec beaucoup de conviction une bienvenue où je distinguai le refrain : Good morning to you !

Lorsque vient le moment de la leçon générale, tous les enfants sont réunis par la suppression des cloisons. Cette manœuvre se fait avec rapidité et sans bruit. Dans certaines églises américaines, il suffit de presser un bouton ou de faire mouvoir un levier, pour établir ou supprimer les cloisons. A Bethany, aussitôt que tous les locaux particuliers sont mis en communication, on est frappé du bel ensemble que présente la salle.

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Un jet d'eau jaillit au centre, environné de bouquets de verdure. On a devant soi rimage gracieuse d'une jeune génération qui reçoit les enseignements de la tradition évangélique, dans le cadre le plus souriant.

Cette journée dont la paisible et caressante lumière me rappelait le vieux Psaume : « Un jour dans tes parvis vaut mieux que mille ailleurs », devait se terminer le soir par la communion. Vers les huit heures, nous revînmes à Bethany. Philadelphie s'enveloppait des voiles du couchant; le calme dominical régnait dans les rues et planait sur les demeures. Des groupes silencieux se dirigeaient partout vers les sanctuaires. Il y avait dans l'atmosphère un souffle d'adoration.

C'était l'heure crépusculaire où commencent à éclore, aux vastes et sombres champs de l'azur, ces fleurs d'éternité que sont les étoiles. Invinciblement, le regard se lève en haut. Je franchis le seuil du temple, silencieux, l'âme pleine d'un sentiment d'au-delà.

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Dans l'intérieur, le peuple s'assemblait sans bruit. Les lumières éclairaient sur la grande table la multitude des vases sacrés. Ici étaient les calices et là le pain. Après un hymne, l'ami John Wanamaker me dit à voix basse : « Vous êtes notre hôte ce soir au repas du Seigneur, parlez-nous comme un frère. y>

Je n'ai jamais rompu ce pain que le Maître nous apprit à rompre en souvenir de Lui, sans que mon âme fût consacrée à tous les chers morts et à tous les vivants. La grande question, le mystère de notre vie à tous, d'aimer et de souffrir, plane sur ce repas. Plus claire est la vision de la solidarité de la famille humaine, par dessus les barrières de la vie, et par dessus la barrière du tombeau, lorsque nous rompons le pain de l'esprit avec Celui qui marche d'âge en âge au milieu de nous, dans la sainte communion des épreuves et de l'espérance.

Ce soir là, je Le sentis présent, tout près. Comme Lui, étaient près de moi de chers êtres

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que j*ai perdus, et tous les absents aimés, demeurés au home lointain. Et le cercle s'élargissait de cette communion, devenant de plus en plus vaste. N*étais-je pas d'ailleurs à Philadelphie, dans la cité de l'amour fraternel, centre de tant de belles traditions, au milieu des fils de Penn et des descendants des Pilgrim-Fathers? Une invisible nuée de témoins s'amassait dans la pénombre^ au-dessus des têtes des vivants.

Au moment donc où je pris la parole, mon inspiration était faite de toutes ces choses-là. Il me fut donné d'interpréter comme je l'éprouvais, la grande solennité de cette heure. Les cœurs se sentirent touchés dans la corde d'or qui vibre sous les sentiments éternels, et nous devînmes vraiment, par un effet sensible de l'Esprit, une seule âme.

C'est au milieu d'un de ces silences où l'on entend passer les ailes des anges consolateur?, que le vénérable pasteur se leva pour prononcer les paroles sacramentelles et bénir le pain

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et le vin. « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » Comme au fond des calices altérés se ramasse la goutte de rosée, ces paroles tombaient rafraîchissantes, vivifiantes, sur la soif des âmes. Celui qui veut être tout en tous et qui nous a tous compris et aimés, nous répétait : Je vous nourris de ma substance, je vous abreuve de mon suc. Le fruit de son sacrifice se renouvelait en chacun, et Ton se sentait fortifié par la vertu qui ranime les genoux abattus, éclaire les esprits enténébrés.

La source secrète de la vie supérieure semblait ouverte, et des courants d'eau vive ruisselaient à travers les champs spirituels.

Il est des instants où le voile qui recouvre le grand mystère semble transparent. Nous saisissons la Vie éternelle d'un seul regard, par la foi.

Plus de crainte, ni de doute, ni de discordance, mais une confiance complète, la certitude tranquille, la plénitude de l'harmonie.

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