LA BIBLE AUX ÉTATS-UNIS
Lorsque les anciens quittaient leur patrie pour établir quelque part une colonie nouvelle, ils emportaient; avant toutes autres choses, les divinités du Foyer. Car il y a des divinités hautes et lointaines et des divinités familières. On a bien besoin que les faits de la vie domestique, les devoirs, les joies et les douleurs de tous les jours, se passent sous un regard vénéré, sous une protection sanctifiante et rassurante.
Les premiers colons d'Amérique, ceux surtout qui ont le plus contribué à la faire ce qu'elle est devenue, apportèrent la Bible. Beau-
LA BIBLE AUX ÉTATS-UNIS iSy
coup d*entre eux étaient des victimes de l'étroitesse sectaire. Des persécutions violentes les avaient obligés à quitter le sol natal. Étrangers sur une terre nouvelle où tout était à créer, ils s'étaient arrachés des antiques traditions. C'étaient des déracinés. Mais, heureusement pour eux, ils emportaient le Livre qui est à lui seul une tradition et une patrie.
Lorsqu'ils l'ouvraient, le soir, sous les abris récents que leur activité créait en défrichant les solitudes, des sentiments s'emparaient de leurs cœurs, analogues à ceux qu'éprouve l'homme séparé de son pays et des siens, quand il regarde les étoiles. Il voit ce qu'il avait vu autrefois dans sa patrie. Le même sourire qui rayonnait sur son enfance, et qui rayonne encore sur le pays qu'il a quitté, le salue à cette heure. Tout a changé autour de lui. Comme il est doux pour lui de regarder à ce qui ne change jamais!
En ouvrant la Bible, au centre de la famille,
l38 VERS LE CŒUR DE l' AMÉRIQUE
les colons du Nouveau Monde rallumaient leur foyer, ils y retrouvaient les plus doux souvenirs, les pensées les plus réconfortantes. Ce livre ne pleure- t-il pas de toutes les douleurs des hommes? Ne chante-t-il pas de toutes leurs espérances? N'est-il pas une carrière inépuisable d*où se peut extraire du granit et du marbre, pour bâtir des cités nouvelles?
Sans traditions, sans lois publiques, sans organisation, livrés à eux-mêmes, en face de l'immensité des territoires inexplorés, ces premiers colons américains trouvèrent dans le Livre tout ce qui leur manquait. Il les rendait riches, au sein de la pauvreté. Ils l'ont donc aimé plus que d'autres, lui devant davantage, et se trouvant amenés par des circonstances exceptionnelles à mieux mesurer ce qu'ils lui devaient. Et cet amour pour le Livre qui leur a fourni les pierres de leurs cités, la base de leur Constitution, le toit de leur maison, le pain de leur âme, cet amour, où la reconnaissance se mêle à la
LA BIBLE AUX ÉTATS-UNIS iSç
Foi pieuse et à rexpérience évidente; ils Tont transmis à leurs successeurs.
Des flots de populations ont beau se déverser sans cesse sur les États-Unis et y apporter du sang et des idées de toutes les contrées, à la racine de la vie nationale, au cœur du pays se trouve, fortement constituée des meilleurs éléments d'une religion large et harmonieuse et des plus solides essences d'une morale foncièment droite et sûre, la mentalité biblique. Tout le monde comprend le langage de la Bible et ses grandes et impressives images. Dans le langage quotidien, dans le style des écrivains et des journalistes, dans l'enseignement des professeurs, dans les discours des hommes d'État, partout se retrouvent non point des citations textuelles, ni l'odieux patois de Canaan, qui est presque toujours un signe d'hypocrisie, mais d'involontaires réminiscences de la poésie biblique, des couleurs empruntées aux paysages bibliques, aux montagnes de la Bible, des
bouffées d'air vivifiant venant du Thabor ou de Golgotha.
Non seulement l'Amérique a ses Sociétés bibliques, ses Bible-houses^ ses Bible-classes, pour lire et commenter les Écritures; elle a fondé les Bible Teachers Training schools (écoles pour former des professeurs bibliques). J^ai visité celle de New-York, qui est une petite Université. Le but de ces écoles est de faire connaître le Livre à ceux qui désirent l'interpréter ou l'enseigner.
Parmi les idées directrices de la méthode employée dans ces écoles, se trouvent quelques points dignes d'être notés. Je les transcris du bulletin de l'école de New-York.
« Le plus grand besoin de l'Église est la connaissance des Écritures. L'Unité si désirable de la chrétienté pourrait venir, non de considérations sentimentales ou pratiques, mais d'une plus profonde initiation aux vérités de la foi qui résulterait de l'étude de la Bible elle-