OBSTACLES
Je ne suis pas un écrivain de carrière. L* écrivain, aussi bien que le prédicateur^ ne viennent en moi qu'après Thomme. Et l'homme est enraciné dans sa famille et dans son œuvre, enraciné de telle façon que l'idée n'était jamais venue ni à moi, ni à aucun des miens, de ceux de la petite famille ou de la grande, que je puisse partir pour longtemps. Autrefois, à travers la France, l'Alsace, la Bel- ^ gique, la Suisse, j'avais entrepris quelques tournées de prédications et conférences toujours suivies du plus encourageant succès. Mais les deuils de famille, le travail de plus en
plus considérable, à Paris, dans l'œuvre religieuse; sociale, éducationnelle, avaient peu à peu restreint le nombre des tournées. Aucune d'elles d'ailleurs n'avait jamais duré plus d'une quinzaine. Finalement elles s'étaient réduites à deux ou trois jours. Encore, ces absences si brèves ne se produisaient-elles qu'à de longs intervalles. J'étais donc devenu l'homme qui ne part jamais; Thomme dont c'est le devoir de rester là, toujours. Ainsi pensaient mes amis autour de moi et même certains en Amérique. La revue « Craftsman j? de Syracuse ', ayant entendu parler de mon voyage probable en Amérique, en manifesta de l'étonnement, un étonnement amical certainement, mais un étonnement réel « Laissez, disait-elle, cet homme où il vit: on ne déracine pas les chênes pour les promener. »
En moi-même la clarté s'était faite sur ce point :
1 Syracuse, État de New-York.