RÉVEIL DANS LE PORT
Tout est changé; plus de feux; ils sont éteints! Cest le jour ! a La Lorraine » dort encore sur ses ancres. Par le hublot de ma cabine, je vois un gracieux tableau. Cest une colline verte où se remarquent des villas parmi des bouquets d'arbres.
Mais, du pont, un horizon grandiose frappe la vue. Le port de New- York est colossal. La statue de la Liberté que nous avons vue jadis dans un chantier de Paris, et dont la tête dépassait le toit de toutes les maisons voisines, n'est ici qu'une figure de taille ordinaire, malgré la hauteur du piédestal, tant les lignes alentour sont larges et les proportions gigantesques.
Des vaisseaux de toute grandeur circulent dans tous les sens. Des Ferry-boats, reliant les lignes ferrées d*une rive à l'autre, transportent ensemble: hommeS; chevaux, voitures de maître et de charge; automobiles. On voit passer, alignés sur des enfilées de bateaux plats, des portions entières de trains de marchandises. Tout cela fume, halète, siffle et se signale à coups de sirène. Cest la circulation active de produits de toute nature sous des pavillons du globe entier. En levant les yeux au-dessus de ce mouvement du port, on est frappé par l'aspect de la ville. Les maisons les plus élevées sont celles bâties dans la partie de la Cité qui avoisine les quais. De loin, ces bâtiments ressemblent à des tours féodales. Ils sont étranges. A les regarder, à mesure que l'on s'approche davantage, on les trouve même franchement laids. L'idée de beauté n'a rien à faire dans cet entassement d'étages. Ce sont, avant tout, des tours de force de l'art de construire ; mais je serais bien étonné