LE TRIOMPHE DE LA REPUBLIQUE
Au sculpteur Dalou.
C'est bien celle qu'on a rêvée, Belle, forte, juste, faisant Féconde la moisson levée Malgré les hommes d'à présent;
Dans un cortège magnifique, Le front tranquille et souverain, Étendant un bras pacifique De chair radieuse et d'airain ;
Immobile dans la durée, Elle va fixant son regard Vers quelque invisible empyrée, Et deux lions traînent son char !
L'un secoue et baisse la têie, Pour n'avoir pas le mouvement De l'autre symbolique bête Qui vous regarde simplement.
Sur celui de droite un génie, Un homme jeune, fier et beau, Vers une route indéfinie Guide la marche à son flambeau.
Aux deux côtés de la déesse Deux êtres de réalité, Droit et Force, double noblesse.
Marchent égaux dans leur beauté.
Torse et bras nus comme un athlète, Sans autre arme que son marteau, Un ouvrier dont l'œil reflète Le mirage d'un ciel plus beau;
Sereine, équitable, propice, Une jeune femme au cœur sûr, Et sur sa robe de justice L'hermine trace un ourlet pur;
Et, derrière, la Moisson nue, Emblème vivant des étés, Montrant sa poitrine ingénue, Mûre pour les fécondités.