PORTRAITS DE FEMMES. 4I
Une âme habite ces beaux seins :
Elles concevront des desseins
Dont bien des hommes auraient crainte,
Et l'œil a beau rester moqueur,
Chez ces coquettes au grand cœur
La fierté de race est empreinte.
Mortes exquises, voulez-vous, Revivant ainsi parmi nous, Que ce temps-ci vous aime encore?
Voulez-vous nous rendre oublieux Des belles lèvres, des beaux yeux Dont notre âge aussi se décore?
Prenez notre cœur, mais pas tout, Reines de la grâce et du goût.
Dans vos toilettes surannées.
Le passé cruel a déteint Sur les roses de votre teint, Mais elles ne sont pas fanées.
Vos peintres n'eurent qu'à saisir Cette attirance de désir :
Ils ne vous ont pas embellies.
Méritant un culte d'amour, A laquelle faire la cour?
Vous êtes toutes si jolies !
Reynolds
Qu'importe, sans t'être enrôlé Sous aucun, que tu sois allé Voir les maîtres en Italie?
Près d'un canal vénitien, Causer avec le Titien Auquel mon culte te relie.
Véronèse était avec vous ;
Puis, cherchant un charme plus doux.
Tu t'épris aussi de Corrège.
On le vit bien quand ta couleur,
Comme dans une étrange fleur,
Mêla de la flamme à la neige.
Quand tes yeux éblouis encor Eurent recueilli ce trésor Sans embarrasser ton génie.
Tu sus, à la même hauteur.
Etre près d'eux un créateur Et connus la grâce infinie.