WESTMINSTER
Ce peuple est grand, il faut le dire, Dût, sans préséance d'empire, Notre juste orgueil en souffrir.
Comme la nôtre, son histoire A poussé des moissons de gloire Et n'est pas près de défleurir.
Au cœur de leur ville infinie Ils ont ouvert pour le génie, Pour quelque sublime soldat, Art ou haut fait, pour tout apôtre, Pour leur Inde qui fut la nôtre, Dans un triomphal apparat,
Comme un autre ciel désirable, Leur Westminster incomparable, Splendeur de style et de décor, Où, dans des lointains qui flamboient, Leurs vieilles reines se coudoient Sous un dais de porphyre et d'or :
Elisabeth près de Marie, Bonnes sœurs que réconcilie La mort égale en son effroi.
Cromwell y fut, qui fit connaître Comment on a le droit, peut-être, De couper la tête d'un roi.
Dans les mêmes apothéoses Les Jacobites, les deux Roses, Mélange de pourpre et de sang :
Parmi ces ombres inquiètes, Le buste serein des poètes Moins superbes, mais à leur rang.
Toute l'histoire d'Angleterre, Donnant l'exemple salutaire D'un grand passé qui renaîtrait, Dresse le geste de ses marbres, Beaux et pressés comme les arbres D'une fabuleuse forêt :
WESTMINSTER. Sp
Tout ce qui fut jusqu'à cette heure, Ceux qu'on redoutait, ceux qu'on pleure, Qui ne vécurent pas en vain.
Non loin d'un prince qu'il efface, J'ai vu, trop grand pour cette place, Sceller la pierre de Darwin.
Si des vice-rois de Lahore, De bien d'autres Indes encore Ont un monument tout entier, Shakspeare pense, Milton rêve :
Leur regard de marbre se lève Vers ceux-là, simple mais allier.
Et nous dont la gloire est pareille.
Avec La Fontaine, Corneille, ^ Dans notre morne Panthéon Nous n'avons même pas Molière !
Hugo, grand comme la lumière, Sur la pierre n'est plus qu'un nom.
Dans quelque crypte solitaire Nous les rendrons presque à la terre Ces sublimes faiseurs de miel, Ces belles faces étouffées, Au lieu d'en faire des trophées Et de les dresser vers le ciel !