‹ Vers le soirChapitre 47 sur 108 · AUX FEMMES. III · texte numérisé non relu

AUX FEMMES. III

L'amour à base de mépris Est légitime comme l'autre; Notre cœur a, pour être pris, Des raisons qui valent la nôtre.

Pareille cause, même effet; Pensifs, les sages nous envient.

Est-ce qu'on sait ce que l'on fait Lorsque des lèvres vous convient?

L'homme n'est que fragilité, Incertitude de soi-même.

Telle est la loi de la beauté :

Sublime ou basse, il faut qu'on l'aime.

Égales dans la trahison,

Châtaines, blondes, brunes, rousses,

Cela n'est pas une raison

Pour que leurs lèvres soient moins douces.

Qu'est-ce qu'aimer sinon trahir, Tant cette misère est la nôtre !

Acceptons donc, sans les haïr, L'espoir ou le regret d'un autre;

Le partage, le plus souvent...

Qu'importe alors et que fait l'heure, Si leur baiser simple ou savant Nous est l'extase la meilleure?

AUX FEMMES. I l3

J'ai bien trop longtemps médité,

Parmi les déesses du Louvre,

A Tunique bien, la beauté,

Porte du ciel que l'homme entr'ouvre.

Hanté du rêve éblouissant Et des soirs roses de la^ Grèce, J'oubliais qu'un mot caressant Vaut les lèvres comme caresse.

J'ai connu des temples d'amour, Mais je n'ai pas connu la flamme Qui fait la lumière du Jour :

L'argile m'a caché son âme.

Confession ou testament, Je veux dans ce tout petit livre Avouer, hélas ! qu'en aimant Je n'aurai su qu'à moitié vivre.

Atteint d'une plasticité Aiguë à la fois et chronique, Je ne voyais pas la beauté Me faire une moue ironique.

La courbe pure d'un beau sein Fut ma coupe de poésie, Mais l'âme oubliée à dessein Valait parfois qu'on l'eût choisie.

A l'amie. ii5

Page 1