CHAPITRE XI
LE champ de bataille vivement éclairé était jonché des cadavres d'une vingtaine de singes de moyenne taille, dont la race était indiscutable maintenant que la lumière inondant leurs corps velus laissait voir que les prétendus nains étaient tous munis d'un appendice caudal de trente à quarante centimètres de longueur.
De larges flaques de sang tachaient tout à bord ; elles provenaient de ceux des ennemis dont la mort était due aux coups de hache qui avaient fendu les têtes ou à demi séparé les membres. Six de ces cadavres portaient la trace des coups puissants portés par la crosse de Sbâdjeri, et un des singes gisait . la gorge à demi arrachée par les crocs de Stop. Mais, chose terrible, la victoire des aéronautes était payée chèrement : Farlhan, encore évanoui, avait au-dessus de l'œil une blessure qui saignait abondamment, et René, disparu d'une façon inexplicable avant même le commencement de la lutte, restait toujours introuvable.
D'Ex avait arrêté la machine, et l'arc électrique s'éteignant presque aussitôt laissa seule à nouveau régiler à bord la clarté triste de la lune à son déclin à laquelle commençaient à se mêler les tons blafards de l'aube naissante*
Le docteur Pennoël, aidé de Sbâdjeri, transporta Farlhan sur sa couchette et le fit assez rapidement revenir à lui; puis, après un examen consciencieux de la plaie, il crut pouvoir déclarer à ses compagnons, délivrés par ses paroles d'une partie de leurs angoisses, que cette blessure peu grave se cicatriserait rapidement et sans complications.
« 11 faudra seulement, dit-il au mécanicien, prendre garde à la fièvre, dont dans cette contrée les atteintes sont souvent pernicieuses. Quand vous la sentirez venir, reposez-vous et ne cherchez pas à lutter contre elle. Avec cette précaution et grâce aux fébrifuges dont notre petite pharmacie est abondamment pourvue, je ne vous défends pas de vaquer à vos occupations habituelles dans les intervalles des accès, mais ménagez-vous.
« Vous l'avez échappé belle, mon brave Farlhan, ajoutat-il : deux lignes plus à gauche, vous étiez assommé sur le coup; deux lignes plus bas^ vous aviez l'œil crevé. » ^ Tranquillisés sur les suites de la blessure du mécanicien, les aéronautes étaient mortellement inquiets de René et se per^ daient en conjectures sur les causes de sa disparition.
D'Ex fit une sorte d'enquête et recueillit le témoignage de ses compagnons; comme lui ils avaient entendu le cri : « Au secours! » poussé d'une voix étouffée, mais ils ne savaient rien de plus.
Pennoël émit l'opinion, seule plausible, que René avait été enlevé par une première bande de singes, sorte d'avant-garde de celle contre laquelle les voyageurs avaient lutté.
Ces animaux avaient dû l'emporter assez loin, car les environs de l'aérostat, battus soigneusement, ne contenaient aucune trace du jeune homme.
En remontant à bord après leurs inutiles recherches, les aéronautes rapportèrent quelques-uns des instruments qui^