‹ Vers le Tchad: roman aerostatiqueChapitre 16 sur 20 · OU FINALEMENT HÉNOCH TRIOMPHE · texte numérisé non relu

OU FINALEMENT HÉNOCH TRIOMPHE

GouRin ati lieu où le ballon avait été amarré fut pour les aéroimutcs consternés Taffaire d'un instant. Ils y retrouvèrent seulement un fragment du câble attaché la veille par Pennoël au Ironc d'un toundoub; il paraissait avoir été tranche au couteau h un mètre au-dessus de terre. Aucun doute n'était permis, un malfaiteur avait coupé cette amarre, et V Explorateur , entraîné par la brise persistante du ,sud, dérivait dans le nord.

fï Mais, s'écria d'Ex, si Farlhan est encore à bord et s'il y est vivant, il a dû s'apercevoir que l'aérostat était détaché et il a dû jeter Fanere à nouveau. Peut-être la brise trop forte ne lui a-t-clle pas permis de revenir ici en se ^servant du moteur. S 11 en est ainsi, V Explorateur se trouve dans le nord ii quelques milliers de mètres tout au plus, seuls les arbres qui nous entourent nous empêchent de l'apercevoir. »

Sur cette espérance vague, à laquelle aucun d'eux n'osait croire, les quatre amis gravirent rapidement les pentes qui, à rouest, montaient au plateau des steppes : dix minutes plus tard leur vue put s'étendre au loin dans la direction du septentrion.

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Alors une joie immense les saisit : VExplorateur^ immobile à une lieue d'eux, faisait, comme toujours, flotter dans les les airs les trois couleurs de la France.

En moins d'une demi-heure les aéronautes atteignirent l'endroit où le ballon était ancré, etFarlhan, qui avait salué leur arrivée de ses vivats, leur envoya la petite nacelle, au moyen de laquelle ils remontèrent successivement à bord.

Après les premiers instants consacrés à laisser déborder leur joie de se retrouver tous ensemble, les quatre amis pressèrent Farlhan de leur raconter à la suite de quels événements le ballon avait eu son amarre coupée, et le mécanicien fit le récit suivant :

« Peu après votre départ, ma blessure, calmée momentanément par les soins du docteur Pennoël, recommença à me faire souffrir : en même temps je sentis une telle lassitude m'cnvahir que je rentrai dans ma cabine et m'étendis sur mon lit, où, malgré les couvertures dont je m'étais couvert, je ne tardai pas à grelotter de fièvre. Un quart d'heure se passa environ pendant lequel je cherchais de mon mieux à me réchauffer, quand j'entendis à l'étage supérieur M. Hénoch m'appeler. Je montai auprès de lui et le trouvai se tordant en gémissant sur son lit : il prétendait ressentir de violentes crampes d'estomac et paraissait tant souffrir que, le croyant sincère, je relâchai ses liens. Il me pria alors d'aller lui chercher dans notre pharmacie de voyage un calmant dont il m'indiqua la nature, de l'éther, je crois. Je redescendis donc et m'empressai de préparer le breuvage demandé. Comme je montais le lui porter, je vis tout à coup notre prisonnier au-dessus de moi, complètement libre de ses liens, dont grâce à mon imprudence il avait pu se débarrasser. Il bondit sur moi, me jeta au bas de réchelle et se précipita au dehors. Je me mis à sa poursuite; mais avant que j'eusse pu le rejoin-

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dre, il avait enjambé le bordage de la nacelle et, au péril de sa vie, se laissait glisser jusqu'à terre le long de notre amarre- Je pensai tout d'abord à le poursuivre, car le sentiment de la responsabilité que mon imprudence me faisait encourir m'avait rendu toute ma force, mais je réfléchis heureusement qu'une fois descendu je ne pourrais plus rentrer à bord, puisque personne ne serait là pour me remonter au moyen du treuil.

« Arrivé à terre, le fugitif trancha à coups de couteau l'amarre de V Explorateur^ et le ballon, entraîné par la brise, prit aussitôt la route du nord. Alors, fou de colère, je me précipitai dans la tente et y saisis un fusil chargé, décidé à faire feu sur le misérable : mais quand je revins il avait disparu sous bois,

« Pendant les quelques secondes que je venais de perdre, l'aérostat avait parcouru déjà plusieurs centaine^ de mèlres, et, délesté de vos poids et de celui de M. Hénoch, il s'était élevé trop haut pour qu'une ancre jetée pût toucher terre; je dus commencer par ouvrir la soupape pour l'amener plus près du sol. Le temps que j'employai à exécuter cette manœuvre, et ensuite à préparer et à larguer une ancre permit à V Explorateur de franchir plus d'une lieue et l'amena où il se trouve en ce moment. Fort heureusement mon ancre, après avoir traîné quelques instants sur le sol nu, rencontra un bouquet d'acacias nains où elle fit prise solidement, et V Explorateur s'arrêta, à ma grande satisfaction.

« J'essayai bien ensuite, en mettant le moteur en marche, de revenir à notre premier lieu d'ancrage, mais le vent soufflait trop fort et je dus y renoncer. Alors, le fusil à la main, j'ai veillé, craignant toujours une attaque et attendapA^ votre arrivée avec une grande impatience. Je savais qu'îl vous serait facile de rejoindre V Explorateur ^ visible de fort

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