CHAPITRE m LE DÉPART DU BALLON
LE 28 décembre de cette même année, un navire à vapeur de faible tonnage, Y Amiral-Gervais^ jetait l'ancre par 13' 59' de longitude à Test du méridien de Paris et par 31^12' de latitude nord, en face de la côte déserte de la Grande Syrte méditerranéenne.
En cet endroit, la côte de la Tripolitaine, basse et sablonneuse, se relève un peu et forme un petit cap d'une largeur de cinq à six cents mètres. Des deux côtés de ce promontoire, le littoral se prolonge en une ligne droite immuable uniformément séparée des flots par de larges lagunes aux eaux verdâtres. Dans le sud, le désert des sables s'étend à perte de vue, moirtant en pente insensible jusqu'à l'horizon noyé d'une brume basse, transparente et lourde. Aucun être vivant n'anime cette morne solitude.
Depuis quelques heures seulement, le soleil était sorti des flots à l'est et une légère brise du nord se faisait sentir, tempérant l'ardeur des rayons de l'astre du jour réverbérés par les sables. A peine le navire eut-il mouillé qu'une embarcation fut mise h la mer et s'approcha rapidement du promontoire, seul point où un être humain pût prendre pied sans danger sur la côte inhospitalière.