LE DÉPART DU BALLON
Outre Tofficier qui le commandait et les huit rameurs dont les efforts cadencés le poussaient en avant, le canot contenait cinq Européens adultes, un jeune homme de geize à dixsept ans, un Arabe aux formes herculéennes et un chien de la race des sloughis algériens. Parmi ces passagers étaient le capitaine d'Ex, le mécanicien Farlhan, le docteur Pennoël et le polyglotte Hénoch, interprète de l'expédition envoyée par voie aérienne au secours du commandant Gœrmain. Le jeune homme, d'apparence un peu tréle, bien qu'annonçant par tous ses mouvements une pratique, journalière des exercices du corps, répondait au nom de René et semblait tout heureux d'apercevoir cette terre de la Tripolitaine de laquelle V Explorateur devait s'envoler quelques jours plus tard* L'Arabe, qui échangeait parfois quelques mots en sa langue maternelle avec Hénoch et plus rarement avec d'Ex, moins accoutumé à son idiome, caressait la tête intelligente du chien assis à côté de lui, et lui redisait une phrase dont il n'était pas peu fier, car il l'avait composée lui-même avec quelques-uns des rares mots français de son répertoire : « Stop, bon chien du capitaine, bientôt chasser là-bas avec bon ami arabe Sbâdjeri. .»
Six des passagers de l'embarcation et le chien constituaient le futur équipage de l'aérostat VExplorateur^ le septième était un savant météorologiste dont les conseils seraient des plus précieux pour déterminer le moment le plus favorable au* départ.
Par sa situation de voisin des Gœrmain, Hénoch avait été à même de se concilier leurs bonnes grâces, et, bien que la femme du commandant eût toujours conservé envers lui une certaine défiance dont elle ne pouvait s'expliquer la pause, il était devenu un des amis de la famille. Cet Hénoch était en effet un véritable charmeur, quand il jugeait nécessaire de s'en
donner la peine ; il avait beaucoup lu et beaucoup voyagé ; il savait conter d'une façon admirable et décrire d'une manière saisissante les pays quMl avait traversés, les incidents de ses voyages et les mœurs des peuples qui avaient reçu sa visite. Sa dernière excursion dans le Fezzftn, poussée au delà de Mourzouk, surtout, était pour lui un sujet intarissable de causerie dont il savait mettre en lumière l'intérêt, rendu plus grand parce qu'il s'agissait d'une contrée au-dessus de laquelle Y Explorateur devait passer. Bref, quand il demanda à participer à l'expédition en faisant valoir les services qu'il pourrait rendre comme possédant la plupart des idiomes sahariens et mauritaniens, sa requête n'étonna personne, elle était altendue, et Pennoël lui avoua avoir déjà songé à lui en qualité d'interprète. Présenté par Pennoël, Hénoch fut accepté par d'Ex les yeux fermés, quoique la physionomie peu franche du postulant eût déplu au premier abord au perspicace capitaine.
Le docteur avait eu plus de peine à faire agréer par d'Ex, comme futur passager de VExploi^ateiir^ le jeune garçon qu'il lui présenta à Marseille peu de jours avant l'embarquement. D'Ex consentit cependant à le prendre à son bord sur l'affir^ mation de Pennoël que le commandant Gœrmain avait autorisé formellement René à partir.
Ces deux derniers passagers agréés, une place restait libre à bord de VExplorateur, et d'Ex demanda à Pennoël s'il avait quelque autre candidat à lui proposer. Sur sa réponse négative, il lui dit alors, à son grand étonnement, que, puisqu'il en était ainsi, il emmènerait avec lui son chien Stop, jeune sloughi algérien.
« L'une des plus grandes causes de fatigue pour les voyageurs, dit à ce propos le capitaine pour expliquer sa détermi-nation, est l'obligation de veiUer à tour de rôle pendant la
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