‹ Vers les steppes et les oasis: Algérie-TunisieChapitre 11 sur 12 · SOUSSE · texte numérisé non relu

SOUSSE

Couchée sur le revers d'une colline, en face de l'Orient, Sousse ne perd pas un rayon de soleil. Elle est d'une blancheur immaculée. La mer, si transparente et si bleue au fond de ce golfe d'Hammamet, vient mourir à quelques mètres de ses remparts. Dans les bois d'oliviers séculaires qui couvrent la côte, on dirait qu'une large échancrure carrée a été découpée, pour y poser la ville. Le vert cendré des bois et l'azur de la Méditerranée l'enveloppent ainsi de toutes part et elle brille comme une perle dans un écrin.

Qu'on la voit bien du port ! On la voit telle qu'elle était autrefois, quand nos vaisseaux la bombardèrent au XVIIL siècle. Le nouveau quartier français, installé sur la droite, en

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dehors des remparts, ne la touche pas. La superficie de la ville indigène, assez restreinte et presque quadrangulaire, permet de Tembrasser tout entière d'un seul coup d'oeil. Elle est étroitement enserrée dans une enceinte crénelée, flanquée de tours aussi hautes que les plus hautes terrasses des maisons, d'une régularité parfaite que rompent seulement les fortifications des portes et les bastions de la kasba. Et dans cette ceinture blanche festonnée par des créneaux arrondis, les maisons plates, les coupoles et les minarets s'entassent, laissant à peine aux ruelles la place de passer, de se glisser en serpentant, de grimper jusqu'à la citadelle.

On la croirait bâtie d'un seul trait, à une même époque, tant elle est bien emboîtée dans sa muraille, tant elle paraît uniforme et semblable dans toutes ses parties ; et on la croirait construite d'hier, tant l'éclat de ses remparts et de ses maisons donne l'illusion d'une chose neuve.

Elle a pourtant un grand passé derrière elle. La Sousse que nous voyons, flambante au soleil, a été plusieurs fois bâtie et rebâtie, ruinée et

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restaurée. Ses maisons sont faites de débris antiques que recouvrent d'épais badigeons de chaux. Elle s'appelait Hadrumète au temps des Phéniciens et des Carthaginois. Hannibal y réunit ses armées pour les mener contre Scipior . Trajan Térigea en colonie et conserva son nom en y ajoutant le surnom de frugifera. Hadrumète frugifère devint alors une des villes opulentes de l'Afrique; ses édifices étaient ornés de statues et de mosaïques ; ses temples rivalisaient par leur luxe avec ceux de la métropole. Transformée par Justinien, elle reçut le nom de Justinianopolis et fut un des plus importants centres chrétiens de l'Afrique. Les Arabes s'en emparèrent et n'y laissèrent que des ruines. Sousse prit alors la place d'Hadrumète et fut tour à tour conquise et perdue par les Siciliens et les Espagnols.

Après tant de vicissitudes, on comprend que Sousse soit peu riche en monuments antiques. Le café du dôme, des citernes et les pans de mur d'un fort byzantin sont peut-être dans l'intérieur de l'enceinte, les seuls témoins des temps un peu reculés. Mais la ville primitive s'étendait en dehors des murailles mauresques et on en retrouve les vestiges en fouillant le

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sol. Le camp établi près de la porte de l'Ouest occupe remplacement d'une nécropole phénicienne. Dans le voisinage, on relève les traces d'un amphithéâtre romain; enfin, on a retrouvé du même côté des catacombes chrétiennes dont nos officiers dirigent les fouilles.

Je suis entré dans les galeries nouvellement déblayées de ces catacombes et j'ai suivi le dédale des corridors souterrains. Voilà douze cents ans au moins que ce cimetière est abandonné, et il conserve encore ses tombes et ses morts. Ce n'est pas, comme à Paris, une ancienne carrière transformée en ossuaire; il a été creusé par les chrétiens pour servir de lieu de sépulture. Taillées dans le tuf, ses allées n'ont guère plus d'un mètre ou deux de largeur; mais des espaces plus grands, des chambres, ont été ménagés de distance en distance. Toutes les parois sont percées de plusieurs rangs superposés de tombes. Derrière les tuiles plates qui ferment ces cavités, le corps du défunt était étendu ; et quand les tuiles sont tombées ou ont été remplacées par des parois de verre, on voit le squelette intact, dans sa niche horizontale. Le linceul, les vêtements, la plupart des

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petits objets mobiliers placés dans le tombeau, ont été consumés par cet ensevelissement de tant de siècles. Le squelette est seul avec un peu de poussière jaune qui le recouvre.

Ma visite aux morts est faite. Comme je sortais des catacombes, je remarquai quune nécropole païenne avait été établie au-dessus des galeries chrétiennes etque certaines fosses, trop profondément creusées, communiquaient avec les tombes du dessous ; des squelettes païens et chrétiens gisaient côte à côte. C'est ainsi que, dans Téternel repos, tout se mêle et se fond, que, dans Téloignement du passé, tout se rapproche et s'apaise.

La muraille de Sousse, avec ses créneaux festonnés, est si haute que, du point où nous sommes, nous n'apercevons de la ville, ni maisons, ni mosquées. Mais la porte de l'Ouest n'est pas loin et elle donne accès dans le quartier de la Kasba. Des fenêtres de la citadelle, on a la vue sur les terrasses blanches de la ville, sur le port et sur la mer. A cette heure de l'après-midi, les terrasses sont désertes. Les femmes restent à l'ombre des galeries, dans

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