D^ALGER A ORAN
DALGER A ORAN
Les crhemins de fer algériens font la joie des voyageurs qui ne sont pas pressés : leurs trains ne vont pas vite, s'arrêtent souvent et ne circulent d'ordinaire Cju'en plein jour. Voilà trois excellentes conditions pour voir le paysage ; il n'en fallait pas davantage pour nous décider, mes amis et mol, à prendre, un beau matin d'avril, le train d'Oran.
Aux premiers raj^ons du soleil, les maisons d'Alger étincellent. Elles sont étagées sur leur colline, en face de l'Orient. Nous fihms, entre la ville et la mer, au bas des quais, presque au niveau de l'eau; la ligne suit la courbure de la cote, comme pour nous permettre de jouir plus longtemps du merveilleux panorama. Ce sont d'abord les quartiers neufs, avec de hautes
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maisons et des hôtels luxueux qui passent devant nous ; et puis, dans Tëloignement, les vieux quartiers apparaissent, escaladant les pentes jusqu'à la Kasba, dressant dans le ciel bleu les pointes blanches de leurs minarets. Je leur dis : Au revoir ! Au revoir aussi aux villas cosmopolites de Mustapha et dHussein-De}^ campées dans un amphithéâtre de verdure et de fleurs.
Nous nous écartons de la mer et, après avoir contourné une montagne, nous nous engageons dans la plaine de la Mitidja, au milieu de bois d'oliviers et d'orangers, de champs immenses, de vignes et de prairies qui semblent sans limite. Blidah se montre à peine, derrière un rideau de mandariniers et d'eucalyptus. Nous sommes assez près de l'Atlas pour distinguer bientôt l'entrée béante des gorges de la Chiffa. Mais la plaine s'étale toujours à notre droite, avec des champs de blé et des prairies interminables, monotone à la fin tant elle est invariablement verte. Une bande de fleurs jaunes, anthémis et renoncules, se déroule tout le long de la voie ; et la vue se lasse aussi de cette bordure d'or que nous semblons traîner avec nous.
Des toufi'es de palmiers nains: plus bas dans
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le lit desséché d'un ruisseau, quelques lauriers roses: le sol deviendrait-il plus aride? La bande de fleurs jaunes a cessé de nous suivre, et la plaine vertea changédeton. Le terrain est moins plat; des pentes se dessinent, se couvrent d'une brousse épaisse et vont rejoindre les montagnes boisées c|ui coupent l'horizon. Les champs de blé et d'orge sont plus espacés et plus maigres. C'est la culture d'avant la conquête, par petits carreaux, par pièces morcelées, dont l'assiette varie chac{ue année, pour laisser à la terre un long repos. Les familles arabes c{ui ont ensemencé ces champs sont campées tout auprès, dans leurs gourbis entourés de palissades sèches ou de haies d'aloès et de figuiers de Barbarie. Ils n'appartiennent à aucune tribu, ces nomades qui, depuis des siècles, promènent leurs tentes dans les déserts de l'Afrique, refoulés par les envahisseurs, fuyant devant la civilisation. Comment vivent-ils, loin des villages, loin de tout? Ils ne plantent pas un arbre, ne bâtissent pas une maison. Une hutte, faite de branches et de broussailles, leur suffit; autour de la hutte, un cercle de cactus ou de lantisques épineux limite leur prtit enclos d'où la famille ne sort que pour les travaux du
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champ voisin. Et quels travaux rudimentaires! Jamais une fumure ; le grain est jeté sur la terre à peine grattée et ne germe que si les pluies sont assez abondantes pour détremper le sol. Pauvres récoltes et pauvres gens. De loin en loin, je vois ces gourbis, ces cercles de figuiers de Barbarie ou d'épines sèches, sur les pentes de la montagne, au dessus des carreaux d'orge et de blé ; et je songe aux temps anciens davant la fondation des premières villes, quand Ihomme, sans besoins et sans ambition, vivait isolé, ignorant des lois et des conventions sociales.
Ils ont pourtant un lieu commun, les nomades de r Algérie, qui est assez fort pour les unir tous dans une môme aspiration dindépendance et en faire un peuple puissant et dangereux ; ils ont une même foi religieuse.
La campagne est semée de coupoles blanches qui ressemblent à de petites mosquées : ce sont des marabouts, les tombeaux des saints de rislam, des fils du prophète. Il y en a dans les plaines les ^lus désertes et sur les crêtes des montagnes. Les Arabes les entretiennent pieusement et s'y rendent à certains jours de