‹ Vers les temps meilleursChapitre 11 sur 50 · LIGUE DES DROITS DE L'HOMME · texte numérisé non relu

LIGUE DES DROITS DE L'HOMME

qu'ils se montrent rodomonts ou papelards, qu'ils crient : a Vive le Roi I » ou a Vive la République ! » ce sont les mêmes gens et leur cœur n'est pas changé.

Citoyens, c'est la procession de la Ligue qui passe. Vous avez vu, il y a trois ans, défiler les premières bannières. Moines portant une cuirasse sur le froc retroussé, sorbonagres jetant à la foule ahurie des libelles démagogiques, capitans, fier-à-bras, avaleurs de charrettes ferrées et dépendeurs d'andouilles. Maintenant, ce sont les candidats qui défilent, doux, mielleux, onctueux et menus, menus, menus pour se couler par la fente des boîtes électorales.

C'est la procession de la Ligue qui passe. C'est l'armée des moines. Ces gens-là sont tous au service des moines. Quand ils vous disent qu'ils sont républicains, c'est la République des moines qu'ils entendent vous donner; quand ils réclament la liberté, c'est la liberté pour les moines d'échapper à la loi ; ce qu'ils appellent la liberté de l'enseignement, c'est la liberté pour les moines d'instruire les enfants dans la haine et le mépris de la société laïque, et s'ils vantent la tolérance, c'est qu'ils prétendent obliger la République à tolérer les attentats des moines.

Ils sont les candidats des moines de toute robe, noirs, blancs, mi-blancs, mi-noirs, noisette, figue et raisins secs. Leur liberté a un nom. C'est la liberté Falloux. Ils sont les candidats de ces moines qui ont dévoré l'Italie, dévoré l'Espagne, et que la Repu-

blique française, plus longanime que la vieille Monarchie, laissait pulluler sur elle. Ils sont les candidats des jésuites qui, avec une patiente adresse, en trente années, ont formé, dressé, instruit, armé une France romaine, dans la France, contre la France.

Ils sont les candidats de ces assomptionnistes, de ces frocards féroces des Croix qu'on vit, il y a trois ans, allumer la guerre civile dans la nation qui les avait accueillis. Ils sont les candidats des moines qui, pour payer les frais des pieuses candidatures, mendient à leur manière antique, amplement, universellement, catholiquement. Ils sont les candidats de la Patrie romaine. Ils sont les candidats de ce cléricalisme violent et sournois qui, lorsqu'il s'est emparé d'un peuple, le gouverne dans l'esprit du passé avec tous les instruments du passé, toutes les forces de réaction, forces de violence, forces de mensonge, forces d'ignorance et d'abêtissement.

Citoyens, prenons garde ! Quand le cléricalisme a mis la main sur un peuple, il le tient ferme. Voyez la Belgique. Il l'a surprise un jour. Voilà vingt ans de cela, et il la garde encore. Et qui sait au prix de quels efforts la nation qu'il étreint lui fera lâcher prise?

Citoyens, vous voterez, contre les nationalistes, pour les candidats vraiment et intérieurement républicains ; non pour ces tristes et pâles candidats qui flottent mollement entre le nationalisme et la République. Vous n'irez pas noyer vos suffrages dans les nimbes d'un libéralisme qui respecte toutes les op-

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