SÉPA RA TION DES EGLISES ET DE L'ETA T
Lamartine a dit un jour à la Chambre des députés que le Concordat fut une œuvre rétrograde et une faute politique. Il parlait noblement. Le Concordat, dépouillé de la pompe romaine et de la majesté consulaire, n'est qu'une bouffonnerie italienne jouée par un cadet d'Ajaccio avec un prêtre romain. Bonaparte sentait lui-même le comique de cette pièce. Quand il reçut du cardinal Caprara, dans une assemblée solennelle, un exemplaire authentique de la convention, enfin signée, on le. vit rire aux éclats et faire des grimaces. Pourtant le plus fin de la comédie lui échappait. Il pensait avoir dupé le vieux renard, et c'était lui qui était la dupe.
L'imprudent consul croyait rétablir à son profit l'Église gallicane, et il organisait en France une province de l'Église romaine. Il faisait un clergé sans force pour lui résister et sans force pour résister au pape, un clergé misérable et servile, soumis à deux maîtres, et contraint sans cesse de trahir l'un pour contenter l'autre. Il organisait le clergé qui, après avoir chanté des Te Deum pour toutes ses victoires, se détournera de lui dans les jours sombres, prendra la cocarde blanche en 1814, soulèvera contre lui la Vendée en 1815.
Cet homme pénétrant ne tarda pas à s'apercevoir qu'il avait été joué. Il ne cessait de dire à l'abbé de Pradt, son aumônier : « La plus grande faute de mon règne, c'est d'avoir fait le Concordat ».
Encore se flattait-il en disant qu'il avait fait le Concordat. Si vraiment une conv^ntion de cette
espèce veut l'entente et le consentement des deux parties contractantes, la loi du 18 germinal an X n'est pas un Concordat, Elle contient, il est vrai, les dixsept articles de la convention passée entre le gouvernement français et le pape Pie VII, le 26 messidor an IX. Mais elle contient aussi les soixante-seize articles organiques du culte catholique. C'est une question de savoir si le pape a connu ces articles. On peut en douter. Dans tous les cas, il ne les a pas acceptés. Ses successeurs ne les ont pas acceptés davantage. De Pie VII à Pie X, tous les papes ont protesté contre les Organiques.
Dans sa communication du 26 juillet 1904, au chargé d'afTaires de France, le cardinal Merry del Val a dit avec raison que le Saint-Siège n'avait « jamais cessé de protester contre les articles organiques », et il rappela qu'ils sont un acte unilatéral du gouvernement français, acte bien distinct du Concordat.
Il ne faudrait donc pas dire que la loi du 18 germinal an X est un Concordat. Il faudrait dire seulement que sur les quatre-vingt-treize articles de cette loi concernant le culte catholique, il se trouve dixsept articles d'un Concordat commencé.
On ne peut lire ces articles organiques sans une vive surprise. C'est un extraordinaire mélange et de droit civil et de droit canon, de politique et de théologie. C'est le sac où Bonaparte a mis malicieusement tout ce qu'il voulait cacher au pape. Le vingt-quatrième article organique, par exemple, renferme en lui toute la doctriro de l'Église gallicane de saint Ber-